LE BŒUF ET LE LION
jv jour un bœuf et un lion recherchaient la même fille en mariage. Le lion dit au bœuf:
— Tu n'entreras pas ici.
Le bœuf demanda:
— Et pourquoi?
— Parce que tu es un bœuf et que je suis un lion.
(i) Les Landoumans habitent sur le cours supérieur du Rio- Nunez.
(2) Ce conte est inédit : je l'ai recueilli à Boké.
— Oui, mais qu'importe ?
La mère de la jeune fille les entendant se disputer leur dit:
— Il faut que vous régliez votre querelle. Le bœuf reprit :
— Qu'on nous enferme ensemble pendant la nuit et je dévore le lion!
— Comment! un lion, d'ordinaire, mange un bœuf et celui-ci voudrait manger un lion !
On les enferma. Le lendemain, quand on ouvrit la porte, on trouva le bœuf en train de dévorer le lion. Il épousa la fille.
XXX vil. — TEMNÉ (i)
l'enfant et l'oiseau (2)
iT/^L )• avait une fois un'enfant qui plaça un piège sous une racine et prit un oiseau. Bien. Quand il l'eut mangé, il revint, remit le piège et prit encore un moineau ; il courut le délier et le porta dans la case, mais sa mère
(i) Les Temné habitent sur les bords des Squarcies,en Guinée, près de Sierra- Leone.
(2) Schlenker, A ColUclion of itmne Iradilions ,Loiiion, Chutcb Missionarj- Society, 1S61, in-S, p. 56-61.
igO CONTES POPULAIRES D AFRIQUE
renvoya à l'extrémité de la ferme pour aller chasser des oiseaux. L'enfant lui dit:
— Mère, fais-moi rôtir l'oiseau.
— Oui, répondit-elle.
— Bien.
Quand l'enfant fut parti, la mère tua l'oiseau, le pluma, alla le faire rôtir et le mangea complètement Quand l'enfant vint lui demander l'oiseau, elle lui dit :
— Je l'ai mangé.
Alors il cria :
— Mère, donne-moi l'oiseau que j'ai tué sous la racine, près dé la cascade, sous la racine.
— Bien.
La mère lui donna du maïs. Il le plaça en haut d'un tronc d'arbre et quand les termites l'eurent mangé, il leur dit :
— Termites, donnez-moi le maïs ! Termites, donnez-moi le maïs que ma mère m'a donné. Ma mère a mangé l'oiseau que j'avais tué sous la racine, près de la cascade, sous la racine.
— Bien.
Les termites lui firent des pots de terre ; il les porta au ruisseau, à la cascade, pour vider l'eau. Mais lorsque la chute d'eau eut brisé ces pots de terre, il lui dit :
— Cascade, donne-moi mes pots de terre ! Cascade, donne-moi mes pots de terre que les
termites m'ont donnés! Les termites ont mangé mon maïs que ma mère m'avait donné; ma mère a mangé mon oiseau que j'avais tué sous la racine, près de la cascade, sous la racine.
La cataracte lui donna un poisson et comme un faucon l'enlevait, il lui dit:
— Faucon, donne-moi mon poisson ! Faucon, donne-moi mon poisson que la cataracte m'avait donné. La cataracte a brisé mes pots de terre que les termites ont faits pour moi ; les termites ont mangé mon maïs que ma mère m'avait donné ; ma mère a mangé mon oiseau que j'avais tué sous la racine, près de la cascade, sous la racine.
— Bien.
Le faucon laissa tomber une plume pour lui.
— Bien.
Quand le vent l'emporta il lui dit:
— Vent, donne-moi ma plume ! Vent, donnemoi m.a plume que le faucon m'a donnée. Le faucon a mangé mon poisson que la cataracte m'avait donné ; la cataracte a brisé mes pots de terre que les termites avaient faits pour moi; les termites ont mangé mon maïs que ma mère m'avait donné; ma mère a mangé mon oiseau que j'avais tué sous la racine, près delà cascade, sous la racine.
— Bien.
Le vent fit tomber pour lui quelques fèves du pays.
— Bien.
Quand le babouin eut mangé les fèves, il lui dit:
— Babouin, donne-moi mes fèves que le vent a fait tomber pour moi. Le vent a emporté ma plume que le faucon m'avait donnée ; le faucon a mangé mon poisson que la cataracte m'avait donné: la cataracte a brisé mes pots de terre que les termites avaient faits pour moi; les termites ont mangé mon maïs que ma mère m'avait donné ; ma mère a mangé mon oiseau que j'avais tué sous la racine, près de la cascade, sous la racine.
— Bien.
Le babouin dit :
— Je n'ai rien à te donner.
Alors l'enfant le lia et l'apporta à la ville.
l'iguane et le chien (i)
Il y avait une fois un iguane et un chien.
L'iguane était dans un buisson près de
LV^-^U 1^ ville. Le chien était dans la ville. L'i-
(i) Schlenker, A Colleclion oj lem)ie traditions, p. 41-45.
CONTES POPULAIRES d'aFRIQUE IqS
guane entendait toujours la voix du chien dans la ville ; il l'entendait toujours appeler par son nom. Quand il le vit, il lui dit :
— Ami, tu es heureux dans la ville ?
— Oui, dit le chien , allons-y.
Ils y allèrent. Le chien reprit :
— Je vais te porter sur mon dos, car tu ne saurais pas comment te retourner dans la ville.
Il le porta sur son dos et le transporta à une cuisine ; ils trouvèrent les gens qui mettaient de la viande dans une écuelle. Le chien prit la viande dans l'écuelle. L'enfant cria :
— Ma chère mère, le chien a pris la viande !
La femme prit un bâton allumé et frappa l'iguane sur le dos du chien. Celui-ci courut; ils s'en allèrent et s'assirent dehors. On mit un peu de riz cuit dans une écuelle et on alla le donner au chien. Mais comme il n'y en avait pas beaucoup, il ne suffisait pas pour tous deux. Quand on eut mangé la viande, on retira les os et on les jeta au chien. Celui-ci dit à l'iguane :
— Frère, mangeons la viande.
L'iguane répondit :
— Ce n'est pas de la viande pour moi ; je n'ai pas de dents pour manger des os.
Quand le chien eut mangé les os, il lui dit :
— Allons là-bas.
Ils s'en allèrent dans une autre cour; ils trou-
vèrent les gens en train de manger. Le chien alla lapper la soupe: on prit un fouet et on battit l'iguane ; comme il était sur le dos du chien, le fouet ne pouvait atteindre ce dernier. Le chien s'en alla et ils s'assirent dehors.
— Je vais m'en retourner, dit l'iguane.
— Ne t'en vas pas, mon ami, dit le chien ; je suis heureux: tu recevras un présent aujourd'hui.
On avait des os ; on alla les leur jeter. Le chien lui dit :
— Viens, ami, nous allons manger de la viande. L'iguane répondit :
— Mange seul ; pour moi je n'ai pas de dents. Quand le chien eut mangé les os, il lui dit:
— Allons là-bas à l'autre cour.
Ils y allèrent et trouvèrent qu'on y servait du riz bouilli. Le chien renversa la soupe ; on prit un fouet et on le battit, ma:s l'iguane seul recevait les coups. On poursuivit le chien; il courut. Alors l'iguane lui dit :
— Je vais m'en retourner.
— Ne t'en vas pas, dit le chien ; notre cadeau est devant; allons.
Ils partirent pour une autre cour; ils trouvèrent les gens en train de manger. L'iguane était sur le dos du chien. Celui-ci alla renverser la soupe ; on le saisit fortement, on le battit et on le tira dehors en le frappant. Le chien courut et
CONTES POPULAIRES d'aFRIQUE ig5
alla dans la brousse d'où ils étaient venus, lui et l'iguane.
— Allons, dit-il. , L'iguane répondit :
— Je ne retourne pas ; c'est dur à la ville. Il courut se cacher.
— Je m'en vais, dit le chien.
— Va, dit l'iguane ; c'est dur à la ville, je n'y retourne pas.
— Viens, allons, dit le chien, puisque tu disais que j'étais heureux à la ville !
— Je n'y retourne pas.
C'est pour cela que l'iguane n'ose plus s'approcher de personne, qu'il ne vient pas dans la ville ; il demeure seulement dans la brousse. Quant au chien, aussitôt qu'il voit l'iguane, il le saisit, le porte à la ville ; alors on vient et on le mange complètement. On demanda au chien :
— Pourquoi tourmentes-tu l'iguane ?
Il répondit :
— Je lui ai montré ce que c'est que le bonheur car il disait que j'étais heureux.
C'est pourquoi l'iguane ne s'aventure plus à s'approcher de personne. Il ne s'aventure plus à s'approcher du chien; il ne s'aventure plus à la ville.