XLVII. — PETIT NAMAaUA
l'arrêt du babouin (i)
)N jour, raconte-t-on, il se passa ce qui suit :
La souris avait déchiré les vêtements du tailleur: Celui-ci alla trouver le babouinet se plaignit delà façon suivante:
— Vois, voici pourquoi je viens à toi. La souris a déchiré mes vêtements, mais elle ne veut rien savoir de cela; elle accuse le chat; le chat proteste également de son innocence et dit: C'est le chien qui doit l'avoir fait. Mais le chien It nie et prétend quec'est le bois qui l'a fait; le
(i) Bleck, Rcivch Ftichs m Afriha, p. 26-28.
CONltS POPULAIRES D AFRIQUE 227
bois rejette la faute sur le feu et dit: C'est le feu qui l'a fait. Le feu dit: Non, je ne l'ai pas fait: c'est l'eau. L'eau dit : L"éléphant a déchiré les vêtements et l'éléphant prétend que c'est la fourmi qui les a déchirés. C'est ainsi qu'ils s'entrequerellent. C'est pourquoi, moi, le tailleur, je viens te proposer ceci: Convoque les gens et interroge-les pour me procurer un dédommagement.
Il parla ainsi et le babouin les appela tous à l'interrogatoire. Alors ils s'excusèrent avec les mêmes prétextes que le tailleur avait mentionnés, chacun rejetant la faute surles épaules de l'autre.
Le babouin ne put trouver de meilleur châtiment que de les faire punir les uns par les autres.
Il parla ainsi :
— Souris, veux-tu donner un dédommagement aa tailleur ?
Elle protesta de son innocence. Alors le babouin dit:
— Chat, mords la souris.
Le chat mordit la souris. Le babouin posa la même question au chat et, comme il s'excusait de même, il cria au chien :
— Toi, mords le chat.
Alors le babouin les interrogea tous successivement : tous s'excusèrent. Le babouin prononça alors ces mots :
228 CONTES POPULAIRES d'aFRIQUE
— Bois, frappe le chien!
— Feu, brûle le bois !
— Eau, éteins le feu!
— Eléphant, bois l'eau!
— Fourmi, pique l'éléphant.
Ils firent ainsi, et depuis ce temps-là, ils nî peuvent plus se supporter.
La fourmi pique l'éléphant là où cela lui fait le plus mal.
L'éléphant boit l'eau.
L'eau éteint le feu.
Le feu brûle le bois.
Le bois bat le chien.
Le chien mord le chat.
Le chat mange la souris.
Ce fut le dédommagement que le tailleurreçut par ce jugement.
— Oui, dit-il, maintenant je suis content, puisque j'ai reçu ce dédommagement et je te remercie de tout cœur, ô babouin, de ce que tu m'as rendu justice et que tu m"as adjugé un dédommagement.
— Désormais, dit le babouin, je ne veux plus m'appeler Yan, mais on m'appellera babouin.
Depuis ce temps-là, le babouin marche sur les quatre membres. Par ce jugement insensé, il a perdu la faculté de marcher debout.
XLVin. — NAMA LA LUNE, LE POU ET LE LIEVRE (l)
(J^ï^Qn raconte que la lune envoya un jour le ïtr'r*! P°" ^^■^ hommes et lui dit:
^^^'■^ — Va trouver les hommes et dis-leur de ma part:
— J'ai coutume de mourir et ensuite de revivre, vous aussi, vous mourrez et vous revivrez.
Il se mit en route. Le lièvre le rencontra en chemin et lui demanda :
— Que vas-tu chercher ?
— Je suis envoj'é par la lune vers les hommes pour leur annoncer de sa part :
— Moi-même, je meurs et je revis ; vous aussi, vous mourrez et vous revivrez.
Le lièvre lui dit:
— Tu marches difficilement; j'y vais.
En parlant ainsi, il courut vers les hommes et lear dit :
— Je suis envoyé par la lune pour vous mander: Moi, j'ai l'habitude de mourir et de revivre.
(i) Hahn, Die Sprache der Nama, Leipzig, 1870, in-8,p.57 ; — F.. Millier, Grundriss der Sprachwissenschafl, t. I, Vienne, HœlJer, 1877, in-8, p. 21-22.
230 CONTES POPULAIRES d'aFBIQUE
^'ous VOUS mourrez et vous resterez morts.
Il revint vers la lune et lui rapporta ce qu'il avait dit aux hommes.
— Je ne t'ai pas chargé de rien dire aux hommes, dit la lune, et, en colère, elle prit un bâton et le frappa sur le nez.
Depuis ce jour, le lièvre a le nez fendu.