‹ Contes populaires dAfriqueChapitre 77 sur 107 · LXXII. — XOSA OU KAFIR (i · texte numérisé non relu

LXXII. — XOSA OU KAFIR (i

MLONJALONJANI. SA SŒUR ET UN MBOULOU (2)

JL y avait une fois un garçon appelé Mlonjalonjani qui était bossu. Sa sœur lui dit :

— Tel que vous êtes, êtes-vous réellement bossu ?

Elle ajouta :

— Venez, que je coupe votre bosse.

— Non, je mourrais, dit-il.

— Non, mon frère ; que ferez-vous quand vous devrez être circoncis ?

— Bien, dit-il, coupez-la.

Alors elle la coupa avec une hache.

— Ma chère, ma chère, s'écria-t-il, je meurs, ma sœur.

— Patience, répliqua-t-elle, cela va être fini. Elle coupa encore :

— Ma chère, ma chère ! je meurs.

(i ; Le Xosa est parlé sur la côte du Natal, au sud de Durban, dans l'Afrique australe anglaise.

(2; J. Torrend, A ccmparaiive Grammar of the Soulh-African Bantu languages. Londres, Kegan Paul, 1891, iii-8, p. 300-305.

— Patience, cela va être fini ; c'est près d'être terminé.

Elle coupa encore et la bosse tomba. Mais quand elle fut tombée, il mourut.

La sœur courut et alla dire à son père et à sa mère que Mlonjalonjani était mort. Alors le père et la mère vinrent en versant des larmes. Quand ils atteignirent leur hutte, ils allumèrent du feu, s'y placèrent et se brûlèrent.

Alors les filles partirent en criant. Elles poussèrent en avant le bétail et allèrent à la recherche de leur mère.

Tout à coup, la terre fut couverte d'un brouillard épais, et il fit sombre.

Elles chantaient :

— Ouvrez-vous, terre : hélas ! hélas !

Nous avons perdu notre mère. Hélas ! hélas !

Elle s'est brûlée elle-même avec la hutte, hé-" las ! hélas !

Nous avons tué Mlonjalonjani ; hélas ! hélas !

En lui coupant sa bosse ; hélas ! hélas !

Alors la terre s'ouvrit.

Elles marchèrent et marchèrent tant et tant qu'elles entendirent un bruit comme roqo, ''oqo, roqo qui venait de dessous une pierre dans une colline. Alors cette chose sortit et demanda :

— Après quoi regardez-vous ?

Elles chantèrent :

Nous avons perdu notre mère, etc.

Cet être était un Mboulou (sorte de monstre). Il leur dit :

— Allez, je vais vous guider sur la route et vous amener à votre mère.

Alors elles se mirent en marche. Le Mboulou leur dit :

— Si vous êtes touchées par l'eau, vous devez y entrer et vous baigner.

Alorselles marchaient en chancelant, de pierre en pierre. Tout à coup, le Mboulou frappa l'eau avec sa queue et les éclaboussa. Puis il leur dit :

— Entrez dans l'eau et baignez-vous, puisque vous avez été touchées par elle.

Elles y entrèrent. Alors le Mboulou prit leur* vêtements et les mit sur lui.

— Laissez-nous nos vêtements, dirent-elles. II répondit :

— Avancez un peu. De quoi vous plaignezvous ?...

Elles avancèrent. Quand elles approchèrent du village, elles dirent :

— Laissez-nous nos vêtements.

Il répondit :

— De quoi vous plaignez-vous ?

Alors elles couvrirent leur corps avec de l'argile et avancèrent.

Elles arrivèrent à ce village. Alors l'être qui était un Mboulou avec une queue dit :

— Donnez à manger à ces enfants de chien. Elles reçurent de la nourriture. On' leur dit

d'aller garder les jardins qui étaient dévorés par les oiseaux. Elles allèrent les garder le lendemain matin.

Un vieil homme dit :

— Tsayitsayibom. 11 y a des oiseaux près de vous, race de chiens !

Les filles répondirent :

— Tsayitsayibom. Ils sont près de vous, Mabelengambonge !

Nous avons perdu notre mère, hélas ! hélas !

— Qu'est-ce que cela ? dit le vieil homme. Elles rentrèrent le. soir à la maison. Le vieil

homme ne dit rien.

Quant au Mboulou, il était demeuré à la maison. Elles lui demandèrent des nouvelles. Il leur dit :

— Notre santé est encore bonne.

Elles ne voyaient pas que ce n'était pas une filL>, mais un Mboulou. 11 sortit avec le chef et s'en alla dormir avec lui dans sa hutte. 11 dit qu'il avait mal au ventre. Alors il dit :

— Neineinou, j'ai besoin d'une médecine. Alors une souris vint. Le vieil homme était

tranquille là. 11 dit :

CONTES POPULAIRES d'aFRIQUE 333

— C'est un Mboulou ; sa queue cherche des souris.

Mais il ne le dit à personne.

Le matin arriva, les jeunes filles allèrent garder les jardins. Le vieil homme dit :

— Tsayitsayibom ! il y en a là, race de chiens. Il y a déjà longtemps qu'ils dévorent le jardin; ils vont l'achever complètement.

Elles répondirent :

— Tsayitsayibom ! ils sont près de vous, Mabalengambonge.

Nous avons perdu notre mère, hélas ! hélas !

Elle s'est brûlée avec sa hutte, hélas ! hélas !

Nous avons tué MIonjalonjani, hélas ! hélas !

En lui coupant sa bosse, hélas ! hélas !

Nous allions à la recherche de notre mère, hélas ! hélas !

Nous rencontrâmes un 'Mboulou; hélas! hélas!

Il nous a volé nos vêtements ; hélas ! hélas !

Maintenant, nous sommes assises dans la mangeoire des chiens, hélas ! hélas !

Alors elles allèrent à la maison. Mabelengambonge dit au roi :

— Qu'est-ce que vous me donnerez et je vous dirai une chose ?

Le roi lui dit :

— Je vous donnerai une vache.

334 CONTES POPULAIRES d'aFRIQUE

— Qu'est-ce qui me reste de dents pour manger une vache ?

Le roi reprit:

— Je vous donnerai un bouc.

— Qu'est-ce qui me reste de dents pour manger un bouc ?

— Je vous donnerai un pagne.

— Quels reins me reste-t-il pour les couvrir d'un pagne ?

— Je vous donnerai du millet.

— Voyons, dit l'homme.

Alors on lui versa du millet et il le mangea. Puis il dit:

— Ces filles disent qu'ellesontperdu leurmère, qu'elles sont allées à sa recherche et qu'elles ont rencontré le Mboulou qui leur a volé leurs vêtements.

Alors on dit à ce Mboulou:

— Va prendre du grain dans la fosse.

Il descendit dans la fosse : on versa sur lui de l'eau bouillante, mais il bondit dehors en disant :

— J'ai plus d'une fois joué des toursaux jeunes filles.

C'est la fin.

CONTES POPULAIRES d'aFRIQUE 335

HISTOIRE DE l'oiseau MERVEILLEUX DU CANNIBALE (l)

)SE fois, plusieurs jeunes filles s'en allèrent de bon matin de chez elles, dans le but de recueillir de l'imbola (argile rouge colorante). Parmi elles était l'enfant d'un chef: une très jolie fille. Après qu'elles eurent recueilli de Z'/mèo/a, elles songeaient à revenir chez elles, quand l'une d'elles leur proposa de se baigner dans un vaste étang qui était là. Cela leur plut à toutes : elles entrèrent dans l'eau et y jouèrent longtemps. A la fin, elles se rhabillèrent et partirent à la maison.

Mais comme elles avaient déjà parcouru une certaine distance, la fille du chef remarqua qu'elle avait oublié un de ses ornements qu'elle avait ôté, quand elle était allée se baigner. Alors elle demanda à sa cousine de retourner avec elle le, chercher. Celle-ci refusa. Elle s'adressa alors à une autre jeune fille, puis à une autre;

(i) Mac Call Theal, Kaffir Folk-lore. Londres, Swan Soniienchein, 1897, in-S", p. 125-128.

336 CONTES POPULAIRES d'aFRIQUE

mais toutes refusèrent de revenir sur leurs pas. Elle fut obligée de s'en retourner seule à l'étang, tandis que les autres allaient à la maison.

Quand elle arriva à l'étang, un gigantesque et effroyable cannibale qui n'avait qu'un seul pied, vint à elle, la saisit et la mit dans son sac. Elle fut si effrayée qu'elle se tint tranquille. Alors le cannibale lui fit faire le tour de différents villages et la fit chanter pour lui. Il l'appela son oiseau. Quand il arrivait à un village, il demandait de la nourriture et, quand on la lui avait donnée, il disait :

— Chante, mon oiseau.

Mais il ne voulait jamais ouvrir le sac pour qu'on pût voir quelle espèce d'oiseau il avait.

Quand les jeunes filles furent arrivées à la maison, elles dirent au chef que sa fille avait atteint l'âge de puberté; etalors elles choisissaient l'une d'elles pour l'emmener dans une hutte. -Le chef crut à cette histoire: il tua un grand bœuf et dit au peuple qu'il fallait le manger. Ce jour-là, les gens mangèrent du bœuf gras et furent très joyeux. Les garçons prirent de la viande et sortirent du village pour la manger.

Le cannibale, qui ne savait pas que le père de la jeune fille était chef en cet endroit, y vint juste à ce moment. Il dit aux garçons que s'ils voulaient lui donner à manger, il ferait chanter son

CONTES POPULAIRES d'aFRIQUE 33/

oiseau pour eux. Ils lui donnèrent sa nourriture et il dit :

— Chante, mon oiseau.

Le frère de la jeune fille était parmi ces garçons et pensa que l'oiseau chantait comme sa sœur, mais il eut peur de demander au cannibale de le lui montrer. Il l'avertit d'aller dans le village où étaient les gens et lui dit qu'il y avait ce jour-là abondance de viande.

Alors le cannibale alla au village et fit chanter son oiseau. Le chef désira beaucoup le voir, mais le cannibale refusa d'ouvrir son sac. Le chef lui offrit un bœuf pour l'oiseau, mais le cannibale repoussa cette offre. Alors lechef fitun plan. Il demanda au cannibale d'aller lui chercher un peu d'eau et lui dit qu'il lui donnerait beaucoup de bœufs quand il reviendrait. Le cannibale dit qu'il irait si on lui promettait de ne pas ouvrir le sac quand il serait parti. Tous lui promirent de ne pas y toucher. On lui donna un pot qui fuyait pour y rapporter de l'eau, de façon qu'il fût longtemps absent. Dès qu'il fut hors de vue, lechef ouvrit le sac et en fit sortir sa fille. D'abord, il ne put croire que c'était elle, car il croyait qu'elle observait Vintonjane (réclusion imposée aux filles qui atteignent l'âge de puberté). Mais quand il sut que les autres filles l'avaient trompé, il déclara qu'elles devaient toutesmourir etelles

338 CONTES POPULAIRES d'aFPIQUE

furent tuées. Alors on mit des serpents et des crapauds dans le sac et on le referma.

Quand le cannibale revint, il se plaignit du pot troué : on lui donna beaucoup de viande pour le satisfaire. Il reprit son sac et s'en alla. Il ne savait pas ce qui était arrivé tandis qu'il était absent. Quand il s'approcha de sa propre maison, il cria à sa femme :

— Dépêche-toi de faire cuire ceci.

Il envoya chercher les autres cannibales pour venir au festin et ils arrivèrent espérant trouver quelque chose d'agréable. 11 les fit attendre un peu pour qu'ils eussent bien faim. Alors il ouvrit le sac, pensant en tirer la jeune fille, mais il n'y trouva que des serpents et des crapauds. Les autres cannibales furent si furieux envoyant cela qu'ils le tuèrent et se régalèrent de lui.

CONTES POPULAIRES d'aFRIQUE SSq

Page 1