‹ Contes populaires dAfriqueChapitre 81 sur 107 · LXXVI. — OTYI-HERERO (i) l · texte numérisé non relu

LXXVI. — OTYI-HERERO (i) l

l'É[,éphant et la tortue (2)

EUX êtres, l'éléphant et la pluie disputaient l'un contre l'autre. L'éléphant dit : — Quand tu dis que tu me nourris, de quoi me nourris-tu donc ?

La pluie lui répondit:

— Comment peux-tu dire que je ne te nourris pas Psi je m'éloignais, ne mourrais-tu pas ?

Alors la pluie s'éloigna.

L'éléphant dit : .

— Vautour, jette le sort pour moi pour me procurer de la pluie.

Le vautour répondit :

— Je ne veux pas jeter le sort.

L'éléphant dit à la corneille :

— Jette le sort, toi.

La corneille répondit :

(i) L'Otyi-herero est parlé sur la côte occidentale d'Afrique, dans le Damaraland, dans l'Afrique australe allemande.

(2) Bleek, Reinehe Fuchs in Afriha, Weimar, Boelau, 1870, in-8, p. 21-23.

CONTES POPULAIRES d'aFRIQUE 35g

— Donne-moi ce qu'il faut pour pouvoir jeter le sort.

Elle jeta le sort et voici qu'il plut. Par la pluie se formèrent des étangs qui se desséchèrent sauf un.

Quand l'éléphant voulut aller à' la chasse, il dit à la tortue :

— Reste ici, près de l'eau.

Alors la tortue resta près de l'eau et l'éléphant alla à la chasse. La girafe vint dire à la tortue :

— Donne-moi de l'eau.

La tortue lui répondit:

— L'eau appartient à l'éléphant.

Le zèbre vint et dit à la tortue :

— Donne-moi de l'eau. La tortue répondit :

— L'eau appartient à l'éléphant.

Le chamois vint dire à la tortue :

— Donne-moi de l'eau.

La tortue répondit :

— L'eau appartient à l'éléphant.

Le gnou vint dire :

— Donne-moi de l'eau.

La tortue répondit :

— L'eau appartient à l'éléphant.

L'antilope rouge vint dire à la tortue :

— Donne-moi de l'eau.

La tortue répliqua :

— L'eau appartient à l'éléphant.

36o CONTES POPLLAIRES d'aFRIQUE

Le springbock vint dire à la tortue :

— Donne-moi de l'eau.

La tortue répondit :

— L'eau appartient à l'éléphant.

Le chacal vint et dit :

— Donne moi de l'eau.

La tortue répondit:

— L'eau appartient à l'éléphant.

Le lion vint et dit:

— Petite tortue, donne-moi de l'eau.

Comme elle voulait dire quelque chose, le lion

la saisit et la mordit. Ensuite il but de l'eau, et après lui tous les animaux.

Quand l'éléphant revint de la chasse, il demanda :

— Petite tortue, où est l'eau ?

La tortue répondit:

— Les animaux l'ont bue.

Alors l'éléphant répondit :

— Petite tortue, dois-je te broyer avec mes dents et t'avaler ?

— Je t'en prie, avale-moi, dit la tortue. Quand l'éléphant l'eut avalée et qu'elle fut

dans son ventre, elle lui mordit le foie, le cœur et les reins.

— O petite tortue, disait l'éléphant, tu me tues. Ainsi mourut l'éléphant. La tortue sortit et

s'en alla où elle voulut.

CONTES POPULAIRES d'aFRIQUE 36i

TYARATYONDYORONDYONDYO (l)

iL y avait une fois une femme qui avait une fille d'une beauté extraordinaire.

Tous les regards se reposaient pleins d'admiration sur elle: elle était dorlotée par tout le monde. Aussi était-elle très fière. Le village dans lequel elle vivait était grand et il y avait beaucoup de jeunes filles qui étaient belles aussi. Elles allaient ensemble faire paitre les brebis et tous ceux qui voyaient la jeune fille disaient :

— Qui est cette belle fille?

Les passants brûlaient du désir de la connaître et de s'attirer sa faveur. Un jour, toutes les jeunes filles du village s'étaient réunies, parmi lesquelles Tyaratyondyorondyondyo ; c'était le nom de la jeune fille.

Elles allèrent ensemble vers les bergers et leur demandèrent:

— Nous savons bien que toutes nous sommes balles, mais quelle est la plus belle d'entre nous?

lis répondirent:

— Certainement vous êtes toutes belles, mais

(i) Seidel, Prnhiische Gramnialil; des Namci, des Otyiherero uvd des Oshindoiiga, Vienne, Hartleben, s.d., in-i2, p. 99-103.

362 CONTES Populaires d'afrique

la beauté de Tyaratyondyorondyondyo surpasse la vôtre, comme le doigt du milieu les autres doigts.

Alors elles allèrent toutes avec les bouviers et leur dirent :

— Nous savons bien que nous sommes toutes belles, mais quelle est la plus belle parmi nous?

Ceux-ci répondirent:

— Certainement vous êtes toutes belles, mais Tyaratyondyorondyondyo est plus belle que Mbazouva et Routagaraouana.

Les jeunes filles posèrent encore la même question aux ramasseurs de baies qu'elles rencontrèrent, et reçurent la même réponse. Tyaratyondyorondyondyo en devint de plus en plus fière. Les jeunes filles.se firent naturellement des signes et dirent :

— Laissez-la jusqu'à ce qu'on soit à demain matin.

Tyaratyondyorondyondyo remarqua bien qu'elles avaient quelque dessein secret.

Le lendemain, elles se rassemblèrent de nouveau, allèrent la trouver, l'appelèrent et lui dirent:

— Viens, allons jouer.

Elle leur répondit:

— Excusez-moi, je ne peux pas venir; j'aimai à la tète.

CONTES POPULAIRES d'aFRIQUE 363

Elles reprirent:

— Nous t'en prions, laisse-nous jouer avec toi ; nous voulons jouer à cache-cache.

Sa mère qui entendait cela dit :

— N'entends-tu pas ce que disent tes amies ? Cela ne te fera pas de mal si tu te lèves.

Alors elle alla avec elles. Elles descendirent au fleuve et se dirent:

— Jouons à cache-cache.

Tyaratyondyorondyondyo avait une sœur plus

jeune et une amie; mais la plus jeune sœur était dans le chantier et Tyaratyondyorondyondyo avait sa servante avec elle. Alors les jeunes filles lui dirent :

— Cache-toi.

Elle se coucha sur la terre ; alors une jeune fille lui monta sur le creux de l'estomac.

— Tu me tues, cria-t-elle.

L'autre n'écouta pas. Son amie et sa servante criaient :

— Qu'y-a-t-il ? N'entendez-vous pas ? Le faitesvous à dessein ?

L'autre demeura ainsi sur son corps et lui pressa tellement le cœur qu'elle mourut. La servante et son amie la portèrent en terre et pleurèrent. Les autres les menaçaient et leur dirent:

— Gardez-vous de le faire savoir.

Quand elles arrivèrent dans le village, les gens

304 CONTES POPULAIRES d'aFRIQUE

demandèrent après Tyaratyondj'orondyondyo : Elles répondirent :

— Voilà longtemps qu'elle est revenue, car elle disait qu'elle avait mal à la tête.

— Elle n'est pas venue ici, dirent les gens.

Ils la cherchèrent sans la trouver et interrogèrent la servante : celle-ci ne dit rien.

Un jour ils interrogèrent des voyageurs :

— N'avez-vous pas vu un cadavre?

— Oui, près du fleuve, nous avons vu le cadavre d'une très belle jeune fille.

On y alla : sa mère pleura tout le longduchemin jusqu'à ce qu'on trouva la morte. Elle l'enleva, l'emporta en pleurant à la maison et l'enterra.

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