ET L ESPRIT POSSESSEUR
Le récit renferme une donnée fréquente dans les littératures populaires : un esprit, entré au corps d’une princesse, lutte avec succès contre les exorcistes chargés de l’expulser, et ne s’en va qu’à de certaines conditions. La rédaction égyptienne nous fournit la forme la plus simple et la plus ancienne de ce récit. Un Égyptologue moderne l’a reprise pour en faire le sujet d’une petite nouvelle :
H. Brugsch-Bey, Des Prieslers Rache, Eine historkch beglauhigie Er^àhlung aus der agyptischen Geschichte des \wôlften Jahrhunderts vor Chr., dans la Deutsche Revue, t. V, p. 15-41.
M. Erman a signalé dans notre document une recherche d’archaïsme et des incorrections de langage assez graves. On comprend que les prêtres de Khorsou aient cherché à imiter le langage de l’époque à laquelle ils attribuaient le monument. On comprend également qu’ils n’aient pas pu soutenir partout avec autant de fidélité le ton vieillot et qu’ils aient pris parfois l’incorrection pour l’archaïsme. Les propositions sont gauchement construites, l’expression de l’idée est pauvre, la phrase courte et sans reliet. Enfin, ils ont prêté à un roi de la xix* dynastie des procédés de gouvernement qui n’appartiennent qu’aux souverains de la xx®. Ramsès II, dévot qu’il était, ne se croyait pas obligé de soumettre à l’approbation des dieux toutes les affaires de l’État : ce sont les derniers successeurs de Ramsès III qui introduisirent l’usage de consulter la statue d’Amon en toute circonstance. Ces réserves faites, on peut avouer que le texte ne présente plus de difficultés à l’interprétation et se laisse traduire s.ans peine, avec un peu d’attention : comme le Coule des deux Frères, on peut le mettre avec avantage entre les mains des débutants en Égyptologie.
La stèle est surmontée d’un tableau où l’une des scènes du
214 la fille du prince de bakhtan
conte est mise en action sous nos yeux. A gauche, la bari de Khonsou, le bon conseiller, arrive sur les épaules de huit porteurs et suivie de deux prêtres qui lisent des prières : le roi, debout devant elle, lui présente l’encens. A droite, la bari de Khonsou, qui règle les destinées en Thèbes, est figurée, portée par quatre hommes seulement, car elle est plus petite que la précédente : le prêtre qui lui présente l’encens est le prophète de Khonsou, qui régie les destinées en Thèbes, Khonsouhânoutirnibit. C’est probablement le retour du second dieu à Thèbes qui est illustré de la sorte : Khonsou le premier vient recevoir Khonsou le second, et le prêtre et le roi rendent un égal hommage chacun à sa divinité.