I I BON TOUR JOUÉ PAR LE SCULPTEUR PÉTISIS
en égyptien abordait à Memphis : il y avait sur ce bateau un grand trône, et sur le trône était assise la glorieuse, la bienfaisante, la distributrice bienfaisante des fruits de la terre, la reine des dieux, Isis, et tous les dieux de l’Égypte se tenaient debout autour d’elle, à droite et à gauche (i). L’un d’eux s’avança au milieu "de l’assemblée, celui dont la hauteur est estimée de vingt coudées, celui qu’on nomme Onouris en égyptien (2) Ares en grec, et, se prosternant, parla ainsi : « Viens à moi, déesse, toi qui as le « plus de puissance parmi les dieux, toi qui com- « mandes à tout ce qui est dans l’univers, toi qui « préserves tous les dieux, ô Isis, et écoute-moi « dans ta miséricorde. Ainsi que tu l’as réglé, « j’ai gardé le pays sans faillir, et, jusqu’à « présent, le roi Nectonabo a tout fait en ma « faveur; mais Samaous, entre les mains de qui « tu as constitué l’autorité, a négligé mon temple
(1) C’csi la description exacte de certaines scènes assez fréquentes dans les temples d’époque ptolémaïque et romaine.
(2) L’orthographe adoptée aujourd’hui pour ce nom est Anhour ou Anhouri. Anhouri est une des nombreuses variantes du dieu soleil ; il était adoré, entre autres, dans le nome Thinite et à Sebennytos. On le représente de forme humaine, la tête surmontée d’une couronne de hautes plumes et perçant de la pique un ennemi terrassé.
AU ROI NECTONABO
« et s’est montré contraire à mes ordres. Je suis « hors de mon propre temple, et les travaux du « sanctuaire sont à moitié inachevés par la mé- « chanceté du gouverneur. » La reine des dieux, ayant ouï ce qui vient d’être dit, ne répondit rien.
î E songe dissipé, le roi s’éveilla et ordonna en ^ hâte qu’on envoyât à Sebennytos, dans l’intérieur des terres, mander le grand-prêtre et le prophète d’Onouris. Quand ils furent arrivés au palais, le roi leur demanda : « Quels sont les trace vaux qui restent à faire dans le sanctuaire « appelé Phersô (i)? » Ils lui dirent : « Tout est « terminé, sauf la gravure des textes hiéroglyphi- « ques sur les murs de pierre. » Le roi ordonna en hâte qu’on écrivît aux principaux temples de l’Égypte pour mander les sculpteurs sacrés. Quand ils furent arrivés, selon l’ordre qu’ils avaient reçu, le roi leur demanda : « Qui est parmi vous le (( plus habile, celui qui pourra terminer promp- « tement les travaux qui restent à exécuter dans « le sanctuaire appelé Phersô? » Cela dit, un
(i) L’équivalent hiéroglyphique de ce nom n’a pas encore été retrouvé dans les textes.
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homme de la ville d’Aphrodite, du nome Aphroditopolite, se leva et dit qu’il pourrait terminer tous les travaux en cent jours(i).Le roi interrogea de même tous les autres, et ils affirmèrent que Pétisis disait vrai, et qu’il n’y avait pas dans le pays entier un homme qui l’approchât en ingéniosité. C’est pourquoi le roi lui adjugea les travaux en question et ensemble de grandes sommes et lui recommanda d’être à l’ouvrage sous peu de jours, car il avait à terminer l’entreprise selon la volonté du dieu. Pétisis, après avoir reçu beaucoup d’argent, se rendit à Sébennytos afin de se divertir avant de se mettre à l’œuvre.
OR, comme il se promenait avec le roi dans la partie méridionale du temple, selon..., le 5 d’Athyr, il vit une fille, la plus belle des quatorze qui étaient au service...
(i) La reine Hatshopsitou se vante d’avoir fait extraire de la carrière,, près d’Assouan, transporter à Thèbes, sculpter, polir, ériger, le tout en sept mois, les deux grands obélisques de granit rose dont l’un est encore debout à l’entrée du sanctuaire du temple de Karnak. La rapidité avec laquelle on exécutait des travaux de ce genre était une marque d’habileté ou de pouvoir dont on aimait à se vanter. L'auteur de notre conte est donc dans la tradition purement égyptienne lorsqu’il nous représente son architecte fixant un délai très bref à l’accomplissement des travaux.
AU ROI NECTONABO
E récit s arrête au moment même où Vaction
^ s’engage. La rencontre faite par Pétisis et par le roi dans la partie méridionale du temple rappelle immédiatement à l’esprit celle que Satni avait faite sur le parvis du temple de Phtah. On peut en conclure, si l’on veut, que l’auteur avait introduit dans sou rofnan une héroïne du genre de Tbouboui. Peut-être l’action du roman reposait-elle entière sur la promesse un peu fanfaronne que l’architecte avait donnée de terminer les travaux en cent jours. Le dieu Onouris, mécontent de voir Pétisis débuter par le plaisir dans une œuvre sainte, ou simplement désireux de lui infliger une leçon, lui envoyait une fille d’origine surnaturelle qui lui faisait perdre tout son temps et tout son argent. Peut-être encore est-ce un rival, qui, jaloux de ne pas avoir obtenu l’entreprise des travaux, tend un piège à Pétisis et le détourne de son devoir par les séductions d’une jeune fille attachée au temple. Si l’on n’accepte pas l’une ou Vautre de ces hypothèses, on peut être amené à croire qne Pétisis abusait de la confiance qu’on lui témoignait pour tromper le roi : peut-être se mènageait-il , à l’exemple du maître maçon qui figure dans l’histoire de Rhampsinitos, les moyens de parvenir secrètement, quand bon lui semblerait, au trésor du temple. Il y a place pour
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bien des conjectures. Le plus sûr est de ne s'arrêter à aucune d’elles et d’avouer que rien, dans les parties conservées, ne nous permet de déterminer avec une certitude suffisante V quelles étaient les péripéties de l’action ou le dénoûment.
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