PRÉFACE IX
que, vers la fin du règne de Louis-Philippe, le comie de Salvandy, ministre de lInstruction publique, aurait eu pareil dessein. Mais chacun sail que nos gouvernements, de tout principe et de toute forme, décrètent plus souvent qu’ils w’exécutent.
Entre temps, une science nouvelle, la mythosraphie comparée, naissait, bientôt illustrée par les Licbrechi, les Max Müller, les Compareiti, les Gubernalïs, en attendant les Khüler, les Gaster, les d’Ancona, les Ralston, les Bréal, les Gaston Paris, etc. Par-dessus les différences de races, d’idiomes, et de consfitutions politiques, apparaissait déjà la fréquente communauté des traditions orales. Plus de systèmes étroits et jaloux. La littérature populaire entrait dans la période scientifique. -
Et. voilà comment, aujourd’hui, dans les chansons, comme dans les légendes en prose, l'unité de bien des thèmes populaires s’'accuse déjà si nettement, sous la riche diversité des détails. Voilà comment il est déjà permis, pour force données distinctes, de former autant de cycles d'importance inégale, mais visiblement marqués par la conununauté du fond.
recueil anonyme ne sont guère antérieures au XVIII siècle. En l'adressant au préfet Pieyre, l’auteur, qui demeurait d Tournon (Lot-et-Garonne), signe « Le vieux invalide Charbel ». Le même dossier, dont il ne faudrait pas d’ailleurs s'exagérer l’importance, contient quelques airs notés, et d’autres poésies, les unes populaires, ct les autres littéraires.
Ces conditions toutes nouvelles, et quelques indices précurseurs, laissaient espérer enfin que les savants français allaient sortir de leur longue apathie, pour s'inquiéter des traditions orales de la France.
Le 16 septembre 18$2, le Moniteur universel publiait un rapport au Prince Président de la République, daté du 13 du même mois, ef relatif à la publication d'un grand Recueil des poésies populaires de la France. Le texte de cette pièce témoigne officiellement de l’incompétence du signataire, H. Fortoul, ministre de l’Instruction publique. Tout ce qu’il m'importe de rappeler à ce sujet, c’est que l'initiative de l’entreprise part de Louis-Napoléon, et qu'avec le concours de ses subordonnés, dirigés par un Comité, Fortoul se déclare en état « d'élever un vaste monument à notre gloire littéraire. »
Le décret présidentiel, rendu en conformité du rapport, règle les voies el moyens à prendre pour élever le « vaste monument. »
L'année suivante (1853), un érudit pourtant spiriluel, Rathery, publiait, dans le Moniteur universel (7),
(x) Moniteur universel de 1853, N°S des 19 mars, 23 et 27 avril, 27 mai, IS juin, 26 et 27 août.
* PRÉFACE XH
une série d'articles intitulés : Des chansons populaires et historiques de la France. Durant le mois
d’ociobre, même année, J. ]. Ampère faisait paraitre, toujours dans le Moniteur universel, les Instructions du Comité de la langue, de l’histoire et des arts de France, institué par le Ministère de l’Instruction publique (7).
Je viens de relire ces deux travaux, dont le mérite actuel consiste suïiout à marquer les progrès accontplis chez nous, depuis 1852, dans les recherches sur la littérature populaire.
Pour être vrai, je dois confesser que je ne pris pas Jort au sérieux le décret du 13 octobre 1852. Je n'ai pas lieu de le regretter. Après dix-huit ans de règne, le «.vaste monument » rêvé par Napoléon III, sur l'inspiralion de son ministre Fortoul, se réduit tout bonnement à l’utile, mais très incomplète compilation des Poésies populaires de la France, dont le manuscril, en 6 volumes in-folio, se trouve à la Bibliothèque Nationale, Fonds français, Nouvelles acquisitions, Nos 3338 à 3343. Ainsi, beaucoup de bruit pour une médiocre besoone, comme il ne manque jamais d’advenir, chaque fois que les gouvernements se mêlent de ce qui ne les regarde pas.
(1) Moniteur universel de 1853, N°S des 19, 21, 23 et 2$ octobre, Les Instructions d'Ampère reparurent bientôt en brochure.