LE CONTRAT PERDU
jfitSt frère Jïsputaït un champ en justice. Pour ï#HR3 gagner son procès, l'homme avait besoin d'un contrat qui appartenait à son oncle. Mais l'oncle était mort, sans dire où se trouvait ce pa-
Alors, l'homme appela le Diable à son aide.
— h Diable, j'ai besoin de parler à mon onde. Sais-tu s'il est au ciel, au purgatoire, ou en enfer?
— Homme, ton oncle est en enfer.
— Diable, porte-moi donc en enfer.
— Homme, je t'y porterai. Mais j'entends Être bien payé.
— Diable, je te paierai bien. Veux-tu mon cheval?
— Homme, je n'ai pas besoin de ton cheval.
— Diable, veux-tu ma femme ?
— Homme, si ta femme doit être à moi, il faut qu'elle se donne elle-même. Dis : « Diable, je suis à toi. » Aussitôt, je te porte en enfer, et tu parleras a ton oncle.
— Diable, je ne ferai pas cela. Si je me donne à toi, l'enfer m'attend quand je serai mort.
— Homme, renier n'est pas un mauvais pays.
— Diable, prouve-moi que tu dis vrai. Si tu n'a pas menti, je sais ce que je dois faire. »
Alors, le Diable mena l'homme dans un grand château, où il trouva son oncle attablé, en compagnie de force gens.
— « Bonjour, mon oncle.
— Bonjour, mon neveu. »
L'homme s'approcha de son oncle, pour lui toucher la main. Il se sentit brûler, comme par une barre de fer rouge.
— « Souffrez-vous, mon oncle ? Pourtant, vous avez l'air de mener ici bonne vie.
— Mon neveu, je souffre mort et passion.
— Eh bien, mon oncle, puisque rien ne peut vous tirer d'enfer, dites-moi vite où est le contrat qui me fait maître du champ que mon frère me dispute en justice.
— Mon neveu, il est caché dans un trou de mur, derrière la grande armoire de la chambre où je suis mort.
— Merci, mon oncle. »
Alors, le Diable s'approcha.
— « Eh bien , homme , tu vois que Ter n'est pas un mauvais pays.
— Diable, c'est égal. J'aime autant retour chez moi. »
L'homme sortit de l'enfer, et s'en alla dans maison de son oncle. Le contrat qui le faû maître du champ était à l'endroit marqué (i).
(i) Dicté par Pauline Lacaze, de Panassac (Gers). P<
rccit me fut fait auparavant, par deux servantes de ma fam Marie, de Montréjeau (Haute-Garonne), et Bernarde Duba de Bajonnette (Gers).
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|L y avait, une fois, un jeune homme qui avait épousé une fille belle comme le 'jour, sage comme une sainte, avisée plus que personne. Tous deux s'aimaient mieux qu'on ne peut dire. Après trois ans de mariage, ils avaient déjà trois jolis enfants.
Pourtant, l'homme n'était pas content, et il pensait nuit et jour :
— « Ah ! Pourquoi faut-il que je sois si pauvre ? Je gagne tout juste ma vie et celle des miens. Si j'étais riche, bien riche, je ferais bâtir une belle maison, et j'y vivrais heureux, avec ma femme et mes trois enfants. »
Un soir que l'homme revenait de son travail, en pensant comme de coutume, il trouva le Diable assis au bord d'un chemin.
— « Homme» je connais ta pensée. Nuit et
jour tu penses : k Ah I pourquoi faut-il que je sois « si pauvre î Je gagne tout juste ma vie et celle « des miens. Si j'étais riche, bien riche, je ferais o bâtir une belle maison, et j'y vivrais heureux, « avec ma femme et mes trois enfants. »
— Diable, tu as dit la vérité.
— Homme, écoute. Veux-tu avoir ta belle maison ? Dis seulement : « Diable, je suis à toi, « si tu me bâtis ma belle maison, depuis minuit a jusqu'au premier chant du coq. »
— Diable, je suis à toi, si tu me bâtis ma belle maison, depuis minuit jusqu'au premier chant
Le Diable partit, et l'homme rentra chez lui.
— « Qu'as-tu, mon homme? lui dit sa femme.
Tu es pâle comme un mon.
— Tiens, mon homme, avale cette assiette de
— Je n'ai pas faîm.
— Tiens, mon homme, avale au moins ce verre de vin.
— Je n'ai pas soif.
— Mon homme, tu es malade. Mets-toi au lit.
Je ne tarderai guère à me coucher près Je loi.
— Tu as raison. »
L'homme se mit donc an ht, et sa femme ne tarda guère jt se coucher près de lui. Mais la fine
chatte se méfiait,
i faisant semblant de dor-
Quand minuit fut proche, l'homme se leva doucement, doucement, ouvrit la fenêtre, « regarda dans la campagne. La lune brillait dans son plein. L'homme cuit si bourrelé de ses pensées, qu'il n'entendit pas sa femme sauter du lit doucement, doucement, et venir regarder derrière lui.
Sut !e premier coup de minuit, le Diable arriva, avec force mauvais esprits, chargés de pierres, de briques, de bois, de chaux, de sable, enfin de tout ce qu'il faut pour bâtir une belle maison. Les bous outils ne manquaient pas aux ouvriers. Aussi, la bâtisse montait, montait d'heure en
Et pendant que la bâtisse montait, montait d'heure en heure, l'homme regardait toujours et
— «Ah ! mon Dieu. Je suis damné. Le travail sera fini avant que le coq ne chante. Malheur! J'ai dit au Diable : « Diable, je suis â coi, « si tu me bâtis une belle maison, depuis minuit ■■ jusqu'au premier chant du coq. »
,s la femme ne faisait que rire, et pensait : o Pauvre homme, tu n'es guère avisé. Traille, Diable. Travaillez, mauvais esprits. Si vous tous payer sur l'âme et le corps de mon , je sais comment vous faire banqueroute. »
Déjà, le Diable et les mauvais esprits avaient presque couvert la maison, et travaillaient à poser les dernières tuiles. Aussitôt, la femme courut ouvrir toute grande la porte de son poulailler.
— « Kikiriki. »
Au premier cri du coq, le Diable et les mauvais "esprits détalèrent, juste au moment où ils n'avaient plus qu'une seule tuile à poser. Voilà comment la femme dupa le Diable, et lui fit bâtir pour rien la maison où elle vécut heureuse, avec son mari et ses enfants (i).
(i) Cette légende, plus ou moins modifiée dans ses détails, est populaire, non seulement dans la Gascogne, mais dans tout le Midi de la France. Je l'ai écrite sous la dictée de Pauline Lacaze, de Panassac (Gers).