‹ Contes populaires de la GascogneChapitre 33 sur 64 · LE CURE AU SABBAT · texte numérisé non relu

LE CURE AU SABBAT

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)L y avait, une fois, une servante de curé que les gens accusaient d'être sorcière.

Son maître finit par le savoir.

— « Mie, lui dit-il un samedi soir, les gens t'accusent d'être sorcière.

— Monsieur le curé, ils en ont menti.

— Voyons, mie, dis-moi la vérité.

— Monsieur le curé, ils en ont menti.

— Mie, si tu es sorcière, tu peux te fier à moi. Je veux t'accompagner au sabbat. Dis-moi comment il faut m'y prendre.

— Eh bien , Monsieur le curé, je vais tout vous dire. Mettez le pied sur ce balai en criant :

« Hardi, balai, Jusqu'à l'heure et demie (i). »

(i) En gascon cela forme deux vers.

Hardit, barejo, Diuqu'a l'ouro t miijo,

Le curé prit son eau bénite et son goupillon, mit le pied sur le balai, et cria :

— « Hardi, balai, Jusqu'à l'heure et demie. »

Le balai partit, à travers les nuages, cent fois plus vite que le vent. En cinq minutes, le curé et sa servante étaient rendus au lieu du sabbat. C'était un beau château, comme le roi n'en a pas de pareil. Sorciers et sorcières, dansaient au son des violons. Quand ils étaient las, ils allaient s'asseoir à de grandes tables, chargées de plats et de vins de toute espèce.

Le curé, à moitié mort de peur, secoua l'eau bénite avec son goupillon.

Tout disparut aussitôt . Le curé se trouva porté, sans savoir comment, dans un nid de pie, à la cime d'un peuplier, entre les rivières du Tara et de l'Aveyron (i).

(1) Dicté par Antoinette Sant, née Cousturian, de Sarrant (Gers).

II l6

LES; TROIS ttUITS

iN jour, un curé donna son mouchoir tout taché de sang à une jeune fille, et lui dit:

— «Mie, va me laver ce mouchoir au ruisseau. » La jeune fille s'en alla laver le mouchoir au

ruisseau ; mais elle ne put jamais en ôter le sang. Alors, elle revint chez le curé.

— « Monsieur le curé, j'ai lavé le mouchoir au ruisseau ; mais je n'ai jamais, pu en ôter le sang.

— Mie, ceci est un signe de grand malheur.

Pour le conjurer, tu vas passer trois nuits dans l'église, sans que personne le sache.

— Monsieur le curé, je les y passerai ; et je veux commenter ce soir. »

Le même soir, le curé enferma secrètement la jeune fille dans l'église. Elle y passa la nuit

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sans rien voir. Mais la malheureuse ne put s'empêcher de tout conter à sa mère.

La seconde nuit, la jeune fille revint à l'église. Sur le premier coup de minuit, elle vit tous les morts, qui étaient enterrés là, sortir de terre, et se ranger en procession. En passant devant la pauvre enfant, un mort la couvrit d'un- linceul ; et elle demeura ainsi jusqu'à la pointe de l'aube. Alors, elle retira le linceul, le cacha derrière l'autel, et retourna chez elle. Mais, cette fois, elle ne souffla mot à personne de ce qu'elle avait vu.

La troisième nuit, la jeune fille revint à l'église, Sur le premier coup de minuit,, elle sfenvelopga du linceul,, et attendit. Elle vit tous, les mocts» qui étaient enterrés là, sortir de terne,, et se ranrger en procession- En passant devant la pauvre enfant, un mort secoua l'autre linceul qu'elle avait caché, la veille, derrière, l'autel. Aussitôt, en sojctirent par milliers des araignées, des crapauds, et. des chauves-souris.. Ils emportèrent U. malheureuse dans une fosse,, et: l'y mangèrent, toute vive (i>

(i) Dicter par Alexandre Dupony, du Pbrgam-rlAillfcc (Gens)»,

maintenant âg£ d'environ vingt-huit ans.

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