LES MAUVAISES ŒUVRES DES CURÉS
BJf-%8 L y **«ft, une foîsj tro ' s curés assemblés au r0«5 bord d'un chemin. Ils se consultaient, pour SâitSïî savoir comment ils pourraient faire le malheur du peuple.
— ii Les gens, disaient-ils, sont devenus bien glorieux et bien fiers, depuis qu'ils sont riches. Châtions-les comme ils le méritent. Faisons tout périr par la grêle, a
Aussitôt, les trois curés s'en allèrent vers une mare tout proche. Ils en troublèrent l'eau, la mêlèrent avec la vase, et en pétrirent un levain de grêle. Ensuite, ils firent descendre un nuage, y mirent le levain de grêle, et le lancèrent vers le ciel. Ce nuage empoisonna les autres. Bientôt, la grêle emporta le pain et le vin.
Tous les curés du pays furent très contents de ce malheur. Ils. voulaient s'assembler en grande.
troupe, pour savoir comment ils pourraient encore faire le malheur du peuple. Mais ils eurent peur d'être surveillés, et ils nommèrent trois d'entre eux, afin de tenir conseil pour tous les autres.
Les trois curés nommés s'assemblèrent dans un clocher.
— « L'an passé, dit l'un deux, nous avons fait périr toutes les récoltes par la grêle. Empoisonnons encore les nuages.
— Non, dit un autre. Les gens s'en prendraient à nous. Faisons tout périr par la pluie.
— Non, dit le troisième. La pluie donnerait des maladies. Nous pourrions en pâtir comme les autres. Faisons tout périr par la brume. »
"Alors, les trois curés prirent de l'eau pourrie. Avec un grand goupillon, ils la jetèrent aux quatre vents du ciel. Cette eau pourrit tous les nuages, et les mit en brume. Pendant trois ans le pays demeura sans récoltes. Voilà les mauvaises œuvres des curés (i).
(1) Écrit sous la dictée de mon onde, l'abbé Prosper Bladé, curé du Pergain-Taillac (Gers). Mon oncle ajoute que ce récit, fort répandu dans l'Armagnac, la Lomagne, et les pays voisins, avant 1789, fut renouvelé, en 1830, par les bourgeois libéraux, qui voulaient ainsi exciter les paysans contre le clergé. J'ai constaté que cette déclaration est parfaitement exacte.
wvb iy a des gens qui n'osent pas attaquer
EiwRj pas non plus les empoisonner, par crainte de la justice. Celui qui tue mérite la mort, et le bourreau lui coupe la tête.
Qjie Font alors certains vauriens? Us s'en vont trouver des sorcières, pour faire donner du mal a leurs ennemis. Autrefois, les sorcières étaient brûlées vives, par ordre des juges. Maintenant, ces gueuses peuvent tout faire, sans que les gens en place s'en mêlent. P.ir bonheur, plus d'une de ces carognes a été mise au four, sans que la justice en ait jamais rien su, ni lait ouïr des témoins, qui se seraient mal trouvés d'avoir parlé.
11 7 a aussi d'autres moyens de se garder contre cette vermine, sans qu'on soit en droit de vous châtier. Si vous savez qu'une sorcière veut vous donner du mal, surveillez-la bien. Quand elle
passera près de vous, et quand elle étendra le bras, pour faire sa mauvaise œuvre, dites en vousmême :
— « Que le Diable te souffle au cul (i). »
Aussitôt, la sorcière pâtira cent fois plus que vous n'auriez pâti, et vous n'aurez plus rien à craindre (Telle. Pareille chose arrivera, quand vous la verrez venir de loin, si vous dites, toujours en vous-même :
— « Je te doute) Je te redoute.
Pet sans feuille, Monte en-haut la cheminée (2). »
Maintenant, vous êtes averti, et vous savez ce qu'il faut faire»
Il y a quelque chose de bien plus rare, mais aussi de bien pire que le mal donné par les sorcières. C'est la Messe de saint Sécaire. L'homme à l'intention de qui on la fait dire sèche peu à peu, sans qu'on sache pourquoi ni comment» et sans que les médecins y voient goutte.
(1) En gascon : Que lou Diable te boube au §u. (1) En gascon :
TV iouti, Te redouti.
Pet sensé hoiillo, Mounlo cap-sus la ehamiuéio.
Bien peu de curés savent la Messe de saint Sécaire ; et les trois quarts de ceux qui la savent ne la diront jamais, ni pour or, ni pour argent. Il n'y a que les mauvais prêtres, damnés sans rémission, qui se chargent d'un pareil travail. Ces prêtres ne demeurent jamais deux jours de suite dans le même endroit. Ils marchent, toujours la nuit, pour s'en aller, aujourd'hui dans la Montagne (1), demain dans les Grandes-Landes de Bor- . deaux ou de Bayonne.
La Messe de saint Sécaire ne peut être dite que dans une église où il est défendu de s'assembler, parce qu'elle est à moitié démolie, ou parce qu'il s'y est passé des choses que les chrétiens ne doivent pas faire. De ces églises, les hiboux, les chouettes et les chauves-souris font leur paradis, et les Bohèmes y viennent loger. Sous l'autel, il y a tout plein de crapauds qui chantent.
Le mauvais prêtre amène avec lui sa maîtresse, pour lui servir de clerc. Il doit être seul dans l'église, avec cette truie, et avoir fait un bon souper. Sur le premier coup de onze heures, la messe commence par la fin, et continue tout à rebours, pour finir juste à minuit. L'hostie est noire, et à trois pointes. Le mauvais prêtre ne consacre pas de vin. Il boit l'eau d'une fontaine, où on a jeté
(1) Les Pyrénées.
un enfant mort sans baptême. Le signe de la croix se fait toujours par terre , et avec le pied gauche.
Il se passe encore, à la Messe de saint Sécaire, beaucoup d'autres choses que nul ne sait, et qu'un bon chrétien ne pourrait voir, sans devenir aussitôt aveugle pour toujours.
Voilà comment certaines gens s'y prennent, pour faire sécher peu à peu leurs ennemis, pour les faire mourir* sans qu'on sache pourquoi ni comment, et sans que les médecins y voient goutte.
Vous comprenez de reste que les mauvais prêtres, et les gens qui les paient pour ce travail, auront un grand compte à rendre, le jour du dernier jugement. Aucun curé, ni évêque, pas même l'archevêque d'Auch, n'a le droit de leur pardonner. Ce pouvoir n'appartient qu'au pape de Rome, qui ordonne alors, pour toute la vie, des pénitences plus terribles que le plus profond des enfers. Mais bien peu de ces misérables veulent s'y soumettre, et la plupart meurent damnés sans rémission.
Il y a pourtant un moyen de se garder contre la Messe de saint Sécaire ; mais je ne sais pas la contre-messe qu'il faut dire. Vous pouvez croire, Monsieur Bladé, que si on me l'avait apprise, je vous l'enseignerais de bon cœur. Votre pauvre père (Dieu lui pardonne !) était un brave homme, qui m'a fait service plus d'une fois. Tâchez de le va-
loir. J'ai ouï dire que vous parliez le français aussi bien que les avocats d'Auch, et même d'Agen.
Pourtant, vous n'êtes pas un francimant (i), et il n'y a pas de métayer qui sache le patois mieux que tous. Aujourd'hui, force "bourgeois de Lectoure, qui ont vingt-quatre heures de loisir par jour, en passent plus de la moitié à lire les nouvelles, et à se disputer, pour savoir qui on nommera ans élections. Ils font semblant de ne pas croire aux sorciers et aux loups-garous. Mais j'en connais qui, la nuit, tremblent de peur dans leur lit, quand ils ont soufflé leur chandelle.
Tout cela, Monsieur Bladé, est pour vous dire que si je savais la contre-messe de saiut Sécaire, je vous la réciterais de bon cœur, pour la mettre par écrit, parce que je vous crois incapable d'en usage. Marquez pourtant que ,t le pouvoir de faire sécher peu s prêtre, et les gens qui l'ont payé, ns qu'on sache pourquoi ni comment, et sans que les médecins y voient goutte (2).
(i) Se dit d'un homme ^a\ affecte ta langage el la manières du Fuiiïnil éa Nord.
(i) Dicté par fen Cazwx, de Lectonre. La croyance a 11 Messe de saini Sècairc est encore fori répandue en Gascogne.
LE YEXIHU&I
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|L ne faut jamais rien entreprendre un vendredi, parce que, ce jour-là, Notre-Seigneur Jésus-Christ est mort. Les gens qui se mettent alors en voyage, risquent de tomber de cheval, ou de se noyer* en passant à gué les rivières.
Les femmes qui font la lessive le vendredi, risquent fort de perdre leur temps. Ceux qui tirent le vin au fin ce jour-là, courent la maie chance de le trouver piqué, et trouble comme de la bouillie de maïs. Il est même arrivé que ceux qui ont fait alors cuire du pain un vendredi, ont trouvé du sang dans le four, et les miches toutes rouges.
Pourtant, le vendredi est un bon jour pour faire le vinaigre. Les barrils que l'on augmente, à trois heures du soir, sont bien plus forts que ceux
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