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CONTE LXXVII

LINN-NA-PAYSHTHA (Très-Abrégé).

CROKER. — (Irlande.)

Le vieux manoir des O'Rourke, dont les sombres ruines sont couvertes de lierre, domine un précipice au fond ducfuel roule une grande rivière. A cinquante yards du château, au beau milieu de la rivière, se trouve une île; d'un côté, le courant est rapide ; de l'autre côté, l'eau s'étend en un lac profond, sombre et tranquille, sans aucune ride à la surface. Cette partie de la rivière se nomme le Linn-Na-Payshtha.

Un vieil ivrogne nommé Marins O'Rourke, descendant dégénéré de la vieille famille des O'Rourke, rêva une nuit que s'il plongeait dans le Linn-Na-Payslitha à minuit, la veille de la Toussaint, il trouverait un trésor. La nuit suivante il eut le même rêve, et la nuit d'après également. Sans rien dire à personne, quand vint la veille de la Toussaint, Marius se glissa hors du lit, et à minuit il était au bord de la rivière, non sans une bouteille de whisky cependant. Il •traversa la rivière jusqu'à l'île, et là il plongea bravement. Il vit devant lui le Payslitha,qui était étendu semblable à un grand congre de sept yards de long, le corps aussi gros que celui d'un taureau, avec une crinière de cheval. Le Payshtha s'approcha de Marius, et, le regardant comme s'il voulait le dévorer, lui demanda ce qui l'amenait en ce lieu. « Je cherche ma vie, répondit Marius, tremblant comme un chien dans

un sac mouillé. — Eh bien, comme vous avez clans les veines du sang des O'Rourke, je vous pardonne pour cette fois; mais si jiimais vous revenez ici, je pendrai chacun de vos membres à un arbre du bois. Allez-vous-en! Cependant, puisque vous êtes venu, je veux vous montrer quelque chose dont vous vous souviendrez jusqu'au tombeau, et même au delà. » Puis il ouvrit une porte de fer dans le lit de la rivière, et pas une goutte d'eau n'y pénétra. Marins vit une longue grotte, le Payshtha l'y entraîna et ferma la porte derrière lui. Bientôt le monstre devint de plus en plus petit et se changea en un petit homme brun de quatre pieds de haut.

— Votre Honneur, dit Marins, serait-elle quelqu'un des « Bonnes Gens? » — Que vous importe? ce qu'il vous faut savoir, c'est que je suis chargé de garder cette grotte et tout ce qu'elle contient, jusqu'à ce que les seigneurs de Brefîin reviennent de nouveau régner sur ce pays. »

Marins se frotta les yeux et regarda à droite, à gauche, devant et derrière. Il vit la vaisselle d'or et la vaisselle d'argent, les assiettes, les coupes, les aiguières des thiernes (seigneurs) de Breffin. Là se trouvait le hanap d'or que chaque thierne, le jour de ses noces, faisait remplir d'usquebaugli et vidait d'un trait. Là se voyait tout l'argent qui avait été conservé dans la famille depuis les jours des Fir-Bolgs. Le petit homme montra ensuite à Marins des armes pour trois cents guerriers, l'épée enrichie de diamants, et le casque d'or des O'Piourke ; il lui fit voir aussi le sceptre taillé dans une dent d'éléphant et enrichi de rubis et d'or, que le thierne avait coutume de tenir en sa main, lorsque dans la grande salle de son château, il rendait la justice et donnait des lois à tout son clan. Dans la dernière pièce étaient les livreSj les parchemins, les sceaux et les titres de la famille.

« Maintenant, Marins, dit le petit homme, vous avez tout Vu ; suivez votre chemin, mais ne revenez plus jamais^ Je Veillerai sur ces trésors jusqu'au jour où l'étranger sera chassé de l'Irlande et où les thiernes de Bretïln reviendront dans leur gloire. » En disant ces mots, le petit homme lança Marins à la surface de l'eau. Le lendemain Marius se

retrouva endormi, au bord de la rivière, sa bouteille vide à côté de lui.

Le gardien de toutes les légendes de trésors est toujours un dragon ou un serpent. Dans la Saga des Vœlsungs, le gardien du trésor des Niebelungcn est un brochet qui prend à volonté la figure d'un nain. Les anciens Celtes enfouissaient souvent leurs trésors au fond des lacs. César (Commentaires, livre VI), raconte que les Gaulois conservaient leurs trésors dans les bois, les cavernes, sans autre gardien que la terreur des vengeances célestes ; en d'autres termes, ils les mettaient sous la protection de la divinité locale qui, selon eux, protégeait les lieux sacrés. Chacun sait enfin que les Yolkes du Midi avaient caché au fond du lac sacré de Toulouse? le butin qu'ils avaient enlevé lors du pillage du temple de Delphes.

CONTE LXXVlll.

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