LES PICTES
CHAMBERS. — (Ecosse.)
Jadis il y avait clans ce pays des habitants appelés Pietés; c'étaient des hommes petits aux cheveux rouges; ils avaient de grands bras et leurs pieds étaient si larges que quand il pleuvait, ils pouvaient les tenir au-dessus de leurs têtes et s'en servir comme de parapluies ! Les Pietés étaient de grands bâtisseurs ; c'est eux qui ont élevé les vieux châteaux du pays et savez-vous comment? Je vais vous le dire : ils se mettaient à la file l'un de l'autre depuis la carrière jusqu'à l'endroit où on bâtissait, et chacun passait les pierres à son voisin jusqu'à ce que le château fût fini. — Les Pietés possédaient aussi le secret de faire de l'aie à bon marché avec de la bruyère. Chacun se transmettait ce secret de père en fils et ils s'étaient fait serment de ne le révéler à qui que ce soit.
A la fin, les Pietés eurent de grandes guerres; beaucoup y périrent et ils se réduisirent bientôt à une poignée d'hommes. Il arriva même qu'après une grande bataille avec les Scots, tous les Pietés furent tués sauf deux, le père et le fils. Alors le roi des Scots fit amener ces hommes devant lui, espérant les forcer par ses menaces à lui livrer leur fameuse recette. Il les menaça de la torture jusqu'à ce qu'ils eussent parlé et leur dit qu'ils feraient bien mieux de se soumettre tout de suite. Le vieillard répondit au roi : « Je vois qu'il est inutile de résister, mais je ne veux dire le secret qu'à une condition. — Laquelle? dit le roi. — Voulez-vous me promettre de m'accorder ce que je demande si vous n'y voyez
1. Le conte ci-dessous est un exemple des traditions vagues qui subsistent dans les Lowlands d'Ecosse au sujet des Pietés.
rien de contraire à vos intérêts? — Volontiers, dit le roi, je le promets. » Alors le Picte dit : « Sachez que je désire la mort de mon fils, bien que je ne veuille pas la lui donner moimême. Faites périr mon fils, avant que je révèle comment nous tirons l'aie des clochettes de bruyère. »
Le roi fut fort étonné d'une proposition aussi barbare, mais comme il l'avait promis, il fit aussitôt mettre le garçon à mort. Quand le vieillard vit que son fils était mort, il s'écria : « Maintenant, vous pouvez faire de moi ce qu'il vous plaira. Mon fils n'était qu'un faible jeune homme, vous eussiez pu le forcer à parler ; quant à moi, vous pouvez me tuer, je ne vous dirai pas comment se brasse l'aie avec les clochettes de bruvère^ »