LES PIERRES DANSANTES
HU.NT. — (COR.NOCAILLES
Un dimanche, dans l'après-midi, plusieurs jeunes villageoises trop frivoles, au lieu de se rendre aux vêpres, partirent se promener dans les champs. Deux esprits mahns, prenant la figure de ménétriers, vinrent à leur rencontre en jouant des airs de danse. Les jeunes filles, oublieuses de la sainteté du jour, cédèrent à la tentation et se mirent à danser. A mesure qu'elles sautaient, leur animation augmentait; bientôt musique et danses devinrent extrêmement sauvages. Tout à coup, bien que le ciel fût sans nuages, retentit un coup de tonnerre, et les tentateurs aussi bien que les jeunes impies furent changés en pierres que l'on montre encore aujourd'hui.
Parmi les traditions populaires relatives aux rochers, l'une des plus intéressantes est celle qui concerne les pierres de Stonehenge. Situées dans une plaine non loin d'Amesbury, elles faisaient partie jadis d'un temple druidique colossal environné de nombreux tumulus'. Ces ruines sont, avec les pierres du champ de Carnac, les vestiges les plus imposants des antiques monuments celtiques. Quoi qu'il en soit, Geoffroy de Monmouth raconte que Merlin voulant élever une sépulture à des guerriers bretons massacrés par les conquérants saxons, Hengist et Horsa, conseilla d'aller chercher en Irlande les rochers nommés Danse des Géants. A ces paroles, le roi et ses courtisans se mirent à rire. « Ne riez pas, dit Merlin, ces pierres sont mystiques. Les géants les apportèrent jadis des côtes les plus lointaines d'Afrique, afin d'y creuser des bains quand ils seraient malades. 11 n'est pas une de ces pierres qui n'ait une \ertu curative. »
Les Bretons entendant ces paroles envoyèrent chercher les pierres, mais ils ne purent les bouger. Alors Merlin prenant pitié de leurs efforts, plaça ses machines et transporta aisément les rochers jusqu'à Stonehenge.
Le vieux poëme de Robert de Gloucester est cité par Warton ^ comme mentionnant cette légende.
1. Voy. Roget de Belloguet, p. 517 et suiv., Ethnogénie gauloise. J. Warton, Histoire de la poésie anglaise, vol. II, p. 36.