‹ Contes populaires de la Grande-BretagneChapitre 124 sur 134 · N^ XCVII · texte numérisé non relu

N^ XCVII

AUTRES FABLES CAMPBELL. — (HiGHLANDS.1

Un jour le renard réussit à attraper une belle oie grasse qui s'était endormie au bord d'un lac ; il la tint par son aile, et la plaisantant sur son gloussement et sur ses craintes, il lui dit : « Si tu me tenais dans ton bec comme je te tiens maintenant, dis-moi, que ferais-tu? — Ah! dit l'oie, tu me poses une question à laquelle il est facile de répondre ; voici ce que je ferais : je croiserais les pattes, je fermerais les yeux, je dirais mes grâces et je te mangerais. — C'est précisément ce que je vais faire, » dit Rory. Puis, croisant ses pattes, prenant un air modeste et fermant les yeux, il dit pieusement ses grâces. Mais, pendant ce temps, l'oie étendit ses ailes, et elle fut bientôt au milieu du lac. Le renard n'eut plus qu'à lécher ses lèvres pour souper. « Désormais, s'écriat-il furieux, je me ferai une règle de ne plus jamais dire mes grâces que quand je sentirai la viande chaude dans mon ventre. »

Un jour le renard aperçut un beau coq et une poule grasse dont il eût volontiers fait son dîner; mais à son approche, ceilx-ci s'envolèrent dans un arbre. Le renard ne perdit pas courage et entama la conversation avec eux, les invitant à faire un bout de chemin en sa compagnie. « Il n'y a aucun danger, dit-il, aucune crainte que je vous fasse du mal, car la paix est signée entre les bêtes et les hommes, et entre tous les animaux. » Enfin, après avoir beaucoup parlementé, le coq dit à la poule : « Ma chère, ne vois-tu pas venir là-bas une couple de chiens à travers la plaine ? — Oui, dit la poule.

et ils seront bientôt ici. — S'il en est ainsi, il n'est que temps de décamper, dit le Renard, car je crains que ces stupides chiens ne soient pas au courant de la trêve. » Et ce disant, il prit ses jambes à son cou et ne commença à respirer que lorsqu'il eut atteint sa tanière.

Tout le monde reconnaît ici. ]a fable de la Fontaine intitulée : le Coq et le Renard.

Un renard fit un jour la rencontre d'un coq; et ils se mirent à causer.

— Combien sais-tu de tours? dit le renai^d,

— Ah! dit le coq, j'en sais trois; et toi?

— Moi, dit le renard, j'en sais soixante-treize.

— Voyons ce que tu sais faire, dit le coq.

— Eh bien, dit le renard, mon grand -père avait coutume de fermer un œil et de pousser un grand cri.

— Je puis bien en faire autant, dit le coq.

— Essaie un peu, dit le renard.

Alors le coq ferma un œil et chanta de toutes ses forces ; mais il avait fermé l'œil qui était du côté du renard ; et le renard l'attrapa par le cou et s'enfuit avec lui. La propriétaire du coq se mit à crier au renard : « Veux-tu bien laisser ce coq ! il est à moi. » Le coq dit au renard : « Mais répondslui donc que je t'appartiens. » Alors le renard ouvrit la bouche pour obéir au conseil du coq, et il lâcha le coq, qui s'envola sur le toit d'une maison. Arrivé là, le coq ferma un œil, et chanta le plus haut qu'il put. — Vous voyez d'ici la mine du renard !

Ces trois lubies, outre qu'elles sont des plus fines et des plus spirituelles, présentent celte particularité que le renard y joue un rôle de dupe qui ne lui est pas habituel. La troisième est la contre-partie de notre fable du Renard et du Corbeau.

En NoRWÉGE. — Absjôrnsen donne le niênie récit sous le litre : Le Renard et Chante-Clair.

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