‹ Contes populaires de la Grande-BretagneChapitre 14 sur 134 · w. Scott, Quarlerly Reuiew, n° xli, H · texte numérisé non relu

w. Scott, Quarlerly Reuiew, n° xli, H

2. Le mont de Cornouailles, dont il est parlé dans le premier épisode de Jack, est le Mont Saint-Michel anglais. Le géant Cormoran, ou plutôt Corinoran, est le même qui figure dans le romande Tristan; il est aussi le même que le géant Corineus du roman de Brut.

La chronique latine de Geoffroy de Monniouth, moine gallois du xW siècle, d'où a été tiré le fameux roman de Brut, contient plusieurs éjnsodes que nous transmet le récit de Jack. On y lit, entre autres, la lutte du prince troyen Brutus avec le géant Gogmagog et le géant Corinens K Le roi Arthur passe à son tour pour un tueur de géants, il combattit également le géant du Mont Saint-Michel et le tua comme il avait tué auparavant le géant Rithor, qui présentait cette particularité, que sa robe était faite avec les barbes des rois qu'il avait vaincus.

D'autres versions de Jack insistent surtout sur ses ressources d'esprit. Ainsi, dans la version erse relatée par Campbell, et qui ressemble an valeureux petit tailleur des Contes de Grimm, Jack est berger, un géant paraît et menace de le tuer, mais l'entant lui donne à comprendre qu'il est très-vigoureux quoique petit. Le géant, pour l'éprouver, prend une pierre et, fermant la main, il la réduit en poussière; puis il dit à Jack d'en faire autant. Or Jack avait dans sa poche quelques grumeaux de lait «aillé ; en les roulant dans la poussière, il donne à cette boule l'apparence d'une pierre, puis il les presse entre ses doigts, et fait couler un ruisseau de petit-lait. Le géant se reconnaît incapable d'en faire autant ■'. Comme seconde épreuve, le géant lance un lourd marteau à une grande distance, et invite Jack à l'imiter. « Je suppose, lui dit l'enfant, que vous ne tenez pas à votre marteau, et que peu vous imijorte de le revoir ou non ! — Qu'est-ce que cela veut dire ? grogna le géant. — Cela signifie que si je lance le marteau, il ira s'engloutir dans la mer en un clin d'œil. — Ah! mais non! s'écrie le géant, je tiens à mon marteau qui me vient de mon grand-père. » Le géant préféra alors renoncer à la lutte.

Une autre histoire gaélique de Campbell, Mac-A-Busgaich, appartient au cycle de Jack, et relate des tours plus ou moins ingénieux du héros à son fermier, dans le genre de ceux qui précèdent. Ce conte contient un trait intéressant. Mac-A-Rusgaich met une paille dans sa bouche et s'en va à la foire pour se louer. Le fermier fait avec lui plusieurs conventions et il est arrêté que celui des deux qui rompra le marché devra avoir une lanière de peau arrachée de la tête aux talons. Cet épisode est fréquent dans les contes norwégiens; il se trouve entre autre dans le Pipeau d'Osborn (Abjôrsen, traduction Dasent). M. Morin^ cite la

I.Le nom de Brutus, prince troyen, arrivant en Angleterre, semble étrange. Mais il faut se rappeler qu'au moyen âge, c'était une maladie générale, chez tous les peuples de race germanique, de se fabriquer des généalogies qui les rattachaient aux nations les plus célèbres de l'antiquité, et surtout aux Troyens. Ainsi les Francs prétendaient descendre de Francus; dans l'Edda, les guerriers Scandinaves se disaient de la race de Prium, enfin les Gallois anglais tenaient i avoir pour ancêtre un Brutus, fils de Priam.

2. Cet épisode se retrouve dans le conte suédois : le Pâtre et le Géant (Thorpe's Yule Tide Stories) et dans le conte norwégien (traduction Dasent) : la lutte de Boots et des Trolls.

i. Voy. l'intéressante brochure de M. E. Morin, professeur à la Faculté de Rennes : Remarques 3ur les contes des Gaels, in-S", 32 pages.

même tradition, en Bretagne, de l'enlèvement d'un ruban de peau rouge. La convention de Shylock avec Antonio est analogue à celle-ci. Shakespeare l'avait-il empruntée à la tradition populaire ou ailleurs? On ne saurait le dire. Ce qu'il y a de certain, c'est que des contrats de cette nature sont rapportés dans le roman de Dolopathos, le Gesta Romanorum, le Pecorone, de Fiorentino, et ailleurs.

Observations sur l'épisode N" 111. — L'aventure qui y est relatée est la reproduction d'un passage du Voyage de Gijlfe, poëme eddaïque conservé par Snorrœ Sturleson : « Tlior, de son marteau divin Miôllner frappa le géant Skrymer endormi. Le géant se réveilla et demanda si une feuille d'arbre était tombé sur sa figure. Yers minuit, Thor entendit ronfler Skrymer et le frappa sur le crâne avec son marteau. Skrymer s'éveilla, disant : « Un gland serait-il tombé sur mon front? » Une troisième fois Thor frappa, et son marteau s'enfonça jusqu'au manche. Skrymer se leva, passa la main sur sa joue et dit : « Il m'a semblé que de la fiente d'oiseau était tombée de ce chêne. » Et plus loin : Thor apprend qu'il n'a frappé qu'un rocher invisible que, par son art, Skrymer a placé entre lui et le marteau Miôllner ». Les Gaëls d'Ecosse ont conservé une tradition semblable, rapportée dans le conte intitulé Cuchullin de la collection Campbell.

Dans ce même épisode n° III, le géant trompé, par la supercherie de Jack, s'ouvre lui-même le ventre*. Hunt- nous donne un exemple analogue de stupidité de la part du fameux géant Bolster. Ce géant était amoureux de sainte Agnès. Ne pouvant se débarrasser de ses obsessions, la sainte lui demanda comme preuve de son amour de remplir de son sang un trou de rocher. Le géant s'ouvre une veine, le sang coule, mais l'excavation ne se remplissait pas, car elle communiquait avec la mer. Bolster périt ainsi, victime de sa trop grande crédulité.

Observations sur l'épisode N" IV. — Nous y trouvons plusieurs machines appartenant au fonds commun des récits aryens : 1° l'épée merveilleusement tranchante ; 2° le manteau d'invisibilité ; S» les souliers de vitesse.

1" L'épée que le géant donne à Jack est de celles que, dans la Saga de Vœlundr, fabriquait le célèbre forgeron Vœlundr. De la même famille sont aussi : l'épée de Sigmund, dont les morceaux servirent plus tard à forger l'épée Gram de la Vœlsungasaga, l'épée Balmung du héros des Niebelungen, Siegfried; l'épée d'Olaf de Norwége, l'épée Caliburn, qui apparut un jour au roi Artliur tenue par un bras qui s'élevait au milieu d'un lac, et dont Merlin lui fit présent ; l'épée gaélique de Fingal, l'épée Mimung de Dietrich de Berne, la Durandal de Roland, l'épée Floberge (d'où notre mot flamberge) dans le roman de Garin le Lohe-

1. Cet épisode et le précédent se retrouvent dans les contes suédois de Cavallius et Stephens (trad. Thorpe) : le Pasteur et le Géant; la Lanterne d'or, la Chèvre d'or et le Manteau d'or.

Page 1