‹ Contes populaires de la Grande-BretagneChapitre 15 sur 134 · Hunt, Contes de la Vieille Cornouailks · texte numérisé non relu

Hunt, Contes de la Vieille Cornouailks

rain,puis les célèbres épées : Galland, Hauteclère, Joyeuse, etc. Le nombre des contes où se rencontrent des armes douées de facultés merveilleuses est incalculable. L'épée. qui ne manque jamais son coup devient même souvent une épée qui frappe d'elle-même les ennemis et qui retourne ensuite dans la main du héros. Ainsi l'Edda donne cette propriété merveilleuse au glaive de Freya,et,dans la fable grecque, le javelot magique de Céphale, fatal présent de Diane, fit de Procris une victime prédestinée; dans la légende de Robin des Bois, les balles enchantées ne manquent jamais leur coup.

Voici quelques contes en dehors de ceux qui se trouvent dans ce livre, dans lesquels on rencontre des épées merveilleusement tranchantes, ou agissant d'elles-mêmes.

France. — Contes bretons de Luzel : le Poirier aux poires d'or (arc atteignant le but qu'il vise); le roi Serpent. Foyer breton d'Emile Souvestre : Peronik l'Idiot. (Boule de fer qui, après avoir frappé, revient d'elle-même à sa place, et une lance de diamant qui tue ou brise ce qu'elle touche.)

Allemagne. — Contes de Grimm : Le Roi de la Montagne d'or. (Le roi possède une épée qui coupe les têtes sans bouger de la main, au seul mot : tt Têtes à bas ! »)

Pays slaves. — Contes de Chodzko : le Nain, le Tapis volant (massue agissant d'elle-même). Impérissable (glaive tuant tout seul). Nappe nourricière (verge fouettant d'elle-même). Esprit des steppes (massue invisible et merveilleuse).

NoRWÉGE. — Abjôrsen (traduct. Basent): Shortshanks.

Inde. — Mais les armes merveilleuses de tous les contes ci-dessus, que sont-elles à côté de celles qui figurent dans les grands poèmes indiens? De pâles reflets. Ainsi le Raniayâna nous montre des armes douées de vie ; elles parlent à Rama, prennent ses ordres et s'inclinent respectueusement devant le héros. Dans le Harivansa (traduct. Langlois), l'éclatante poésie indienne se déploie dans toute sa magnificence. Les armes des dieux sont des traits animés et vivants; c'est d'abord le disque terrible de Vichnou; puis la foudre qui gronde dans le temps sec, et celle qui éclate dans le temps humide ; le trident redoutable ; l'os de mort de Siva, dont le cou est orné d'une guirlande d'os humains, les traits formés de feu, de froid, de vent, de frimas; les armes qui causent l'évanouissement, qui dessèchent, qui brûlent, qui font pleurer, bâiller, etc. Ailleurs (p. 469 et autres) une lutte s'engage entre Sambara et le fils de Crichna. Le premier tire de son arc et envoie à soft rival des traits qui se changent en lions, en léopards, en éléphants furieux, en sangliers, en hyènes, en ours, en singes, etc.; ensuite il lui lance des flèches qui, à son ordre, deviennent des serpents enflammés et entraînent le char, les chevaux et l'écuyer du fils de Crichna. Celui-ci

riposte par des flèches qiii se transforment en animaux à huit pieds, s'élancent sur les serpents et les anéantissent !

20 et 3" Le manteau d'invisibilité et les souliers de vitesse appartiennent aussi aux traditions de tous les pays aryens. La plupart du temps, le même récit contient le vêtement qui rend invisible et l'objet qui permet au héros des contes de franchir l'espace. Le mythe symbolisé semble être le vent. Dans la fable grecque, les cyclopes fabriquent pour Hadès (Pluton) un casque qui rend invisible. Mercure, la tête couverte de ce casque, aida Jupiter dans sa lutte contre le géant Encelade. Une autre fois, les nymphes prêtent à Persée ce fameux casque, ainsi que lies talonnières de vitesse pour fendre les airs; de son côté, Vulcain lui confie l'épée Harpe. Ainsi armé, Persée se rend auprès des Gorgones, et, invisible pour elles, il tranche la tête de Méduse. Nous voyons aussi dans rOdyssée Minerve chausser à ses pieds des sandales d'or afin de traverser l'espace. Les mythologies Scandinaves et germaniques contiennent également les mêmes mythes ; ainsi Loki s'échappe du Walhalla avec des souliers de vitesse ; dans le poëme des Xibelungcn, le nain Alberich remet à Siegfried le fameux Nebelkapp, grâce auquel il peut aider le roi Gunther dans des tâches bien différentes, entre autres celle de dompter sa femme! Les traditions celtiques, à leur tour, nous offrent ces mêmes merveilles; ainsi les vieilles légendes du pays de Galles citent, dans l'énumératiou des treize miraculeuses productions de la Bretagne, le char de Morgan, qui porte où. il le désire et en un instant celui qui y prend place, et le voile qu'Arthur n'avait qu'à poser sur sa tête pour devenir invisible. Si nous passons dans l'Inde, les Mille et une nuits nous présentent le tapis enchanté du prince Ahmed; dans le recueil indien du Kathasaritsagara par Somadeva Batta, le roi Poutraka porte des pantoufles qui transportent à travers les airs ; dans les contes tartares de Sidi Kur, on voit à la fois un chapeau d'invisibilité et des bottes de vitesse; dans le Gesta Romanorum, conte CXX, il est question d'un tapis de même nature; dans les pays slaves, Chodzko rapport;' plusieurs contes où se rencontrent des machines similaires, entre autres : — nappe nourricière, chapeau fulminant; le tapis isolant. En Bretagne, Luzel nous montre des guêtres de cent lieues et un chapeau d'invisibilité dans le Poirier aux poires d'or; enfin notre petit Poucet complète le cycle avec ses fameuses bottes de sept lieues*. Inutile de

1. On vuii dus bottes de sept lieues dans les Contes de Bechstein : le Rêve du jeune berger; dans les Contes de Grimm Hansel et Grethel; le Roi de la montagne d'or (à la fois des bottes de vitesse et le manteau qui rend invisible). Le récit d'Abjûrsen intitulé Lillekort (Thorpe's i'ule TiJe Stories] nous présente une forme très-curieuse des souliers de vitesse. Le héros reçoit en présent un vaisseau qui vogue sur la mer et court sur la terre avec la vitesse de l'oiseau et mène en un instant à l'endroit désiré. En outre, il possède une épée qui lui permet comme â Jack, de tuer successivement des géants ayant cinq, dix et jusqu'à quinze têtes; un autre conte suédois : le Beau Palais à l'est du soleil et au nord de la terre, montre un héros qui possède des bottes faisant cent milles à chaque pas, un manteau d'invisibilité, une épée qui tue tout ce qu'elle touche.

continuer cette énumération,qui serait indéfinie, surtout si des vêtements d'invisibilité nous passions aux anneaux semblables à ceux de Gygès. Bien d'autres figures que le tapis volant et les souliers de vitesse étaient employées encore pour exprimer la rapidité du vent. L'une dos plus répandues est celle des chevaux héroïques, et le cycle s'étend de la fable grecque : le cheval Pégase, au cheval de bronze des Mille et une nuits.

Épisode N° VII. — Il est probablement tiré des romans de chevalerie du moyen âge, où on le rencontre fréquemment; voir entre autres : l'Arioste, Roland furieux. Le magicien qui a transformé les prisonniers en animaux rappelle Médée et plusieurs personnages des Mille et une ^^uits.

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