‹ Contes populaires de la Grande-BretagneChapitre 27 sur 134 · y a probablement là un mythe phallique · texte numérisé non relu

y a probablement là un mythe phallique

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La Fille de la mer se dressa au bord de sa barque et lui demanda : « As-tu amené ton fds? — Non, dit le pêcheur, j'ai oublié que c'était aujourd'hui. — Eh bien, je te donne quatre autres années. » Au bout des quatre ans, le pécheur laissa encore son fds à la maison. La fille de la mer consentit à lui accorder un nouveau répit de sept ans. Le pécheur s'en fut joyeux, espérant qu'au bout des sept ans il serait mort, ou qu'il ne reverrait plus la Fille de la mer.

Néanmoins, quand le terme approcha, le vieillard n était pas sans souci. Son fds aîné lui dit : « Père, pourquoi es-tu triste?» Le vieillard hésitait à répondre, mais pressé de questions, il se décida à révéler à son fds la convention qu'il avait faite avec la Fille de la mer. Son fils lui dit alors : « Cesse de te chagriner; tu trouveras en moi un enfant obéissant. — Jamais, reprit le pécheur, je ne consentirai à te livrer à la Mermaid quand même de ma vie je ne devrais plus prendre du poisson. — Si telle est ton idée, repartit le jeune homme, va me choisir chez le forgeron une grande et forte épée afin que j'aille au loin tenter la fortune. » Le père se rendit chez le forgeron et celui ci forgea une vaillante épée. Quand le pêcheur revint avec elle, son fds voulut aussitôt l'essayer et lui donnant une secousse il la brisa en cent morceaux. «Mon père, retourne chez le forgeron ; je veux une épée deux fois plus pesante que celle-ci. » Mais dès que le jeune homme l'eut entre les mains, il la rompit aussitôt en deux morceaux. Le vieillard retourna une troisième fois à la forge, et le forgeron fit une grande épée, telle qu'il n'en avait jamais encore fabriqué. «Voici l'épée, dit le forgeron, et le poing sera solide qui maniera ce glaive (c). » Le vieillard donna l'épée à son fils. «Celle-ci fait mon affaire, dit le jeune garçon ; il est grand temps maintenant que je prenne ma route.» Le lendemain, il sella le cheval noir qu'avait eu la jument, et son chien noir le suivit en courant. A quelque distance, il rencontra la carcasse d'un mouton au bord du chemin. Un grand chien, un faucon et une loutre étaient auprès de ce cadavre. Le jeune homme descendit de cheval et partagea la carcasse entre les trois animaux. Le chien lui dit : « Si jamais un pied agile ou une dent aiguë peut

t'être utile ; souviens-toi de moi, je viendrai à ton appel. » La loutre dit à son tour : « Si tu as jamais besoin de quelqu'un qui nage le pied au fond d'un marais, souviens-toi de moi et je serai à ton côté. » Le faucon prit aussi la parole et dit : « Si dans un danger une aile rapide ou une serre recourbée t'est nécessaire, souviens-toi de moi, et je vole à ton secours. » Sur ces mots, le jeune homme suivit sa route, et il arriva au palais d'un roi. Là on lui proposa de servir en qualité de berger et de lui donner des gages proportionnés à la quantité de lait que produiraient ses vaches. Le premier jour, il mena paître ses bêtes dans un pré où l'herbe était si maigre que lorsque le soir il revint au logis, leurs pis étaient presque à sec. Le pauvre garçon dut se contenter dès lors d'une chétive pitance.

Le lendemain, il poussa plus loin, et se trouva dans un vallon d'une fertilité sans pareille. Il ramenait, le soir, son troupeau en marchant derrière ses vaches, quand, tout à coup s'avança un grand géant qui brandissait une épée : « Hou! hou! fit le géant; il y a longtemps que mes dents se rouillaient et qu'elles attendaient de la chair fraîche ; ce troupeau est à moi, il est sur ma terre ! tu es un homme mort ! » Le berger répondit : « Tu es bien hardi de me parler ainsi et je saurai me défendre si tu m'attaques ! >■> Sans plus attendre, il saisit son redoutable glaive et se porta à la rencontre du géant. Pendant le combat, le chien noir s'élança sur le dos du géant. Tout d'un coup, le berger fit un pas en arrière afin de prendre du champ et, d'un revers d'épée, il trancha la tête de son ennemi, puis il sauta sur le cheval noir et courut à la maison du géant. Les portes en avaient été laissées ouvertes. Le berger entra : la demeure regorgeait d'objets magnifiques, de vêtements de toutes sortes d'or et d'argent, et de choses plus belles les unes que les autres. A la tombée de la nuit, le berger revint au palais du roi, mais il avait eu soin de ne pas toucher aux trésors du géant. Et quand le bétail fut trait, il y eut du lait en quantité ! En récompense, le berger put, ce soir-là, boire et manger tant qu'il voulut, et le roi témoigna sa joie de

posséder un si fidèle serviteur. Pendant quelque temps, le jeune homme retourna au même vallon ; mais bientôt l'herbe s'y fit rare. Alors il alla plus loin, et vit un grand parc d'herbe bien grasse. Ses vaches purent paître à loisir.

Soudain s'élança sur lui un géant énorme et furieux, et déjà celui-ci croyait tenir la victoire, quand le chien noir lui sauta à la gorge. Le berger, profitant de ce secours, trancha la tête du monstre, puis il se hâta, malgré sa fatigue, de ramener ses bêtes à 1 etable. Les vaches donnèrent du lait en abondance, et le roi se félicita de posséder un pareil serviteur.

Un soir que le berger revenait des champs, la laitière ne l'accueillit pas comme d'ordinaire, en lui disant : « Salut et bonne chance ! » Le palais retentissait de lamentations et de plaintes. Il en demanda la cause. La laitière lui répondit : « Dans le lac est une grande bête à trois têtes à qui tous les ans on livre une fille du pays ; cette fois le sort est tombé sur la fille du roi ! Demain, au lever du jour, elle ira se livrer au monstre; mais nous avons ici un prétendant qui doit la défendre. — Quel est ce prétendant, dit le berger. — Oh ! c'est un grand général d'armée ! dit la laitière, et le roi lui a promis la main de sa fille, s'il tue la bête ! »

Le matin, à l'heure dite, la fille du roi et le héros des armées allèrent à la rencontre de la bête. Mais dès que le général vit au-dessus du lac se dresser un monstre à trois têtes, saisi de terreur, il s'enfuit au plus vite et courut se cacher. Et la fille du roi était là effrayée et tremblante, n'ayant plus de défenseur. Tout à coup, elle vit venir à elle un beau et preux jeune homme monté sur un cheval noir. Il était merveilleusement vêtu et bien armé ; près de lui sautait son chien noir.

« La tristesse est sur ta figure, jeune fille, dit le jeune homme ; que fais-tu là ? — Qu'importe ! répondit-elle, je n'y serai plus bientôt. — Rassure- toi, reprit le jeune homme. — Bah ! tout à l'heure, un héros comme toi ne s'est-il pas enfui ? — Il n'est de héros que celui qui livre le combat ! » s'écria le jeune homme. Alors il se coucha aux pieds de la

princesse et lui dit : « Si je m'endors, éveille-moi quand la bête s'approchera du rivage. — Comment dois-je faire pour t'éveiller ? — Pour m'éveiller, il faut mettre à mon petit doigt l'anneau d'or qui est au tien. » Bientôt elle vit venir le monstre. Elle retira l'anneau de son doigt et le passa au petit doigt de son défenseur. Il s'éveilla, et alla au-devant du monstre avec son épée et son chien. Le fracas de la lutte était épouvantable; le chien se battait avec fureur, et la fille du roi se sentait paralysée rien qu'aux clameurs que poussait le monstre. Tantôt le jeune homme était dessus, tantôt dessous; à la fin il parvint à trancher l'une des tètes du monstre. Le terrible dragon poussa alors un mugissement auquel répondit l'écho fils de la terre, et en tourbillonnant il recula jusqu'au lac qu'il parcourut d'un bout à l'autre, puis il disparut en un instant (d).

« La victoire et la bonne fortune t'ont prêté leur aide, jeune homme, s'écria la fille du roi ; me voilà sauvée pour cette nuit, mais la bête reviendra jusqu'à ce que tu aies coupé ses deux autres têtes ». Le jeune homme saisit la tête de la bête et y passa une branche d'osier puis il alla rejoindre son troupeau. La princesse s'en revint chez elle portant la tête du dragon sur son dos, mais quand le grand général la vit venir, il la menaça de la tuer si elle ne disait que c'était lui qui avait coupé la tête du monstre.

« Oui, dit-elle, je le dirai ; quel autre que vous d'ailleurs eiû pu accomplir cet exploit?» Tous deux atteignirent la maison (lu roi, et le général portait sur l'épaule la tète de la bête! On fêta leur heureux retour, et la main du grand capitaine était couverte de sang! Quand le lendemain ils allèrent audevant du monsti-e, les cœurs étaient pleins d'espoir. En approchant du lac, ils entendirent le fracas des vagues que soulevait le monstre; à ce bruit, le héros s'enfuit comme la veille, et l'homme au cheval noir accourut couvert d'un autre vêtement. N'importe ! la princesse le reconnut bien. — « Je suis heureuse de te voir, dit-elle, j'espère que tu manieras ta grande épée aujourd'hui comme hier ! Viens et reposetoi ! » Bientôt ils virent le monstre tout fumant au miheu du

lac. Le jeune homme se coucha aux. pieds de la princesse et lui dit : « Si le sommeil me gagnait avant que le monstre arrive, éveille-moi. — Et comment t'éveiller ? — Il te suffira d'attacher à mon oreille cette boucle que je vois à la tienne! » H était à peine endormi que la princesse lui cria : « Lève-toi ! lève-toi! mais il ne bougea que lorsqu'elle lui eut attaché sa boucle d'oreille. Il vola à la rencontre du monstre et le tumulte du combat retentit. Longtemps ils luttèrent; mais, à la nuit tombante, le jeune homme trancha une tête du monstre. Il y passa ensuite une branche d'osier, monta sur son cheval noir et revint à son troupeau. La fille du roi retourna au palais avec la tête du monstre. Le général vint à sa rencontre, s'empara de la tête, et lui ordonna de dire que c'était lui qui l'avait coupée. « Quel autre que toi eût pu le faire? » répondit-elle. Tous deux revinrent au palais du roi. Il y eut joie et réjouissance. Si le roi était plein d'espoir la première nuit, cette fois il était certain que le grand héros sauverait sa fille et couperait la' troisième tête le lendemain,

Au matin, tous deux partirent encore. Le général se cacha comme les jours précédents. La fille du roi se rendit au bord du lac. Le héros au cheval noir parut et s'étendit près d'elle. Elle l'éveilla en lui attachant sa seconde boucle d'oreille. Il courut à la bête. Le tumulte du combat fut plus horrible encore que la veille ; mais néanmoins, après de grands efforts, il trancha la troisième tête. II y passa un osier, et la princesse revint au palais avec la tête. Quand le général et la princesse arrivèrent, tout le monde fut joyeux, et le mariage de la fille du roi avec le général fut décidé pour le lendemain. Mais lorsque le prêtre vint, elle déclara qu'elle n'épouserait que celui qui enlèverait les têtes de la tige d'osier sans la couper « qui donc, pensait-elle, pourrait retirer ces têtes de la branche d'osier, si ce n'est celui qui les y a mises? »

Le général essaya, mais en vain ; tous ceux qui étaient présents en firent autant, sans réussir davantage. Le roi demanda alors si quelque autre voulait tenter l'aventure. On répondit que le berger n'avait pas encore essayé. On alla

le quérir et il ne mit qu'un moment à détacher les branches d'osier. « Attends un peu, jeune homme, dit la fdle du roi; l'homme qui a coupé les têtes du monstre a aussi mon anneau et mes boucles d'oreille. » Le berger mitlamain dans sa poche, et jeta ces objets sur le plancher. « Tu seras mon mari, » dit la princesse. Le roi ne fut pas satisfait quand il vit que c'était un berger qui allait épouser sa fdle; cependant il ordonna de le revêtir d'autres habits. En entendant l'ordre du roi, la princesse s'écria que le berger possédait un costume plus beau que tous ceux qui étaient dans le palais. Aussitôt le berger revêtit les vêtements d'or du géant, et cette nuit même eut lieu le mariage.

Un jour les époux se promenaient sur le bord du lac, quand tout à coup un monstre plus terrible que le précédent emporta le jeune homme. La princesse resta l'œil fixé sur les flots, consternée et aveuglée par les larmes. Un vieux forgeron la rencontra et elle lui conta le malheur arrivé à son époux. Le forgeron lui conseilla d'apporter ses plus belles parures au lieu où le monstre avait enlevé son mari. Elle le fit. Le monstre dressa la tête et lui dit : « Tes bijoux sont beaux, princesse. — Plus beau est celui que tu m'as ravi, dit-elle. Laisse-moi voir mon mari et je t'abandonne toutes ces richesses. » Le monstre amena le jeune homme. « Rends-le-moi, s'écria-t-elle, et emporte tout ce que tu vois. » Le monstre y consentit et le jeta sain et sauf sur la rive.

Peu de temps après, les deux époux se promenaient au bord (lu lac, quand la même bête enleva la princesse. Toute la ville tut en deuil cette nuit. Le vieux forgeron le rencontra et lui dit qu'il n'y avait qu'un moyen de tuer le monstre. « Dans l'île du milieu du lac, dit-il, est une biche aux blanches pattes, aux jambes fines, à la course rapide ; si tu l'attrapes, de son corps s'envolera un corbeau, et si tu attrapes le corbeau, il en sortira une truite ; dans la bouche de la truite est un œuf, et dans cet œuf est l'àme du monstre. Si tu le brises, le monstre mourra. »

Or il n'était pas possible d'atteindre l'île; le monstre fai-

— Gisait sombrer tous les bateaux qu'on lançait sur les flots. Le jeune homme franchit alors le lac d'un bond de son noir coursier, et, d'un bond aussi, s'élança le chien noir. Il aperçut la biche et lâcha après elle son chien ; mais quand le chien était d'un côté, la biche était de l'autre. « Ah! que n'ai-je le grand chien de la carcasse ! » A peine eut-il parlé, que le grand chien de la carcasse parut à ses côtés, et bientôt il s'empara de la biche. Aussitôt un corbeau en sortit et s'envola « Que n'ai-je le faucon gris ? » Et le faucon jeta sur la terre le corbeau. Alors sauta la truite. « Où es-tu, loutre? « Et la loutre apporta la truite ; un œuf s'échappa de sa bouche ; aussitôt le jeune homme s'élança et mit son pied sur l'œuf. Alors le monstre poussa un mugissement et s'écria : « Ne brise pas cet œuf et je te donnerai tout ce que tu demanderas. — Rends-moi ma femme ! » En un clin d'œil elle fut près de lui. Il lui prit la main, laissa retomber son pied sur l'œuf et le monstre expira. Les deux époux s'en revinrent au palais, et il y eut fête et réjouissance cette nuit chez le roi.

Un jour, en se promenant, ils virent un petit château dans un bois près du lac . Le jeune homme demanda à sa femme qu'est-ce qui y demeurait. Elle lui répondit que personne n'approchait de ce château et qu'aucun de ceux qui y avaient été n'en était revenu, « Je ne veux plus qu'il en soit ainsi, dit-il; j'irai voir cette nuit qui est-ce qui l'habite. — N'y vas pas, dit-elle ; jamais homme n'en est revenu. — Advienne que pourra ! » dit-il, et il se dirigea vers le château. Arrivé à la porte, une petite vieille doucereuse lui dit : « Salut et bonne chance au fds du pêcheur ! je suis heureuse de te voir ; c'est un honneur pour cette demeure de recevoir un homme tel que toi. Entre le premier; honneur aux braves! et repose-toi, » Il n'eut pas plutôt passé devant la vieille qu'elle tira le glaive druidique, et le frappant à la tête par derrière, elle le tua.

Cette nuit, le palais du roi fut consterné de douleur ; et, au matin, il y eut des pleurs dans la -cabane du pêcheur. L'arbre se dessécha, et le second fds, comprenant que son frère était mort, résolut de le venger. Il sella un cheval noir

et son chien noir le suivait (car les trois fils du pêcheur avaient chacun un cheval noir et un chien noir), et marchant sur les traces de son frère, il arriva au palais du roi. Il ressemblait tellement à son aîné que la fille du roi le prit d'abord pour son époux, puis elle lui dit comment était mort son frère. Il voulut aller au petit château de la sorcière, et il subit le même destin.

En voyant le second arbre se dessécher, le plus jeune fils du pêcheur sauta à cheval et son chien le suivit. Il arriva au palais du roi, où chacun le détourna d'aller chez la sorcière. Mais il n'écouta personne et ainsi il atteignit le château. « Salut! fils de pêcheur, je suis heureuse de te voir; entre et repose-toi. — Entre la première, sorcière, je n'aime pas les compliments en dehors des portes ; entre, et je t'écouterai. » La sorcière entra; mais dès qu'elle eut le dos tourné, le jeune homme tira son épée et lui trancha la tête. Par malheur, l'épée s'échappa de sa main. Et vite la sorcière ramassa sa tête et la replaça sur son cou. Alors le chien sauta sur elle, et elle frappa le généreux animal d'une baguette magique, et le chien tomba. Le jeune homme suivit la sorcière, et, s'emparant du glaive druidique, il lui trancha la tête d'un seul coup. A ce moment, il vit étendus par terre les corps de ses deux frères. Il les toucha avec le glaive, aussitôt ils se relevèrent, et quel butin ! L'or, l'argent étaient à profusion dans le château de la sorcière. Les trois fils du pêcheur revinrent ensemble au palais du roi, et on leur fit fête. Le roi devenant vieux, on couronna l'aîné des fils du pêcheur ; les deux autres restèrent un an et un jour chez le roi, et s'en retournèrent ensuite chargés d'or, d'argent et de présents.

Et s'ils n'étaient pas morts depuis lors, ils seraient encore en vie (e) !

(a) Le début de ce récit rappelle l'histoire d'Iphigénie, celle de la fille de Jephté et le vœu d'idoménée*. On le trouve dans plusieurs contes.

1, Les personnages de ces récits montrent toujours la raûme résignation Le langage soumis

Je citerai entre autres:

France. — Contes bas-bretons de Luzel : le Fils du pêcheur et la Princesse Tournesol; l'Épervier et la Sirène; le Père qui vendit son fils au diable. — Forjer breton d'Ém. Souveslre : la Hutte du sabotier.

Allemagne. — Contes de Grimm : Lily et le Lion; le Roi de la montagne d'or. — Contes de Mûllendorf : Gold Maria et Plume d'or.

Pays slaves. — Contes de Chodzko : le Brigand Madey.

Russie. — Recueil Ralston : le Roi des eaux et Vassilissa la Sage.

Suède. — Contes deCavallius (trad. Thorpe) : le Fils du roi etMesseria; le Fils du roi et la princesse Sigorra, et plusieurs versions de ce conte ; le Prince Hatt sous la terre.

(6) Ce trait se rencontre dans les récits suivants :

France. — Contes agenais de Bladé : les Deux Jumeaux. (L'un des frères dit à l'autre : « Quand tu reviendras à la maison, tu frapperas cette croix de pierre avec ton épée. S'il en coule du sang, cela voudra dire qu'il m'est arrivé malheur ».) — Dans le vieux roman de Perceforêt, une rose, en perdant sa fraîcheur, révèle l'infidélité d'une amante.

Allemagne. — Contes de Grimm : les Enfants d'or. (Des lis doivent se flétrir s'il arrive malheur aux fils d'un pêcheur.)

Russie. — Recueil Ralston : Maria Morewna. (Couvert d'argent qui se noircit.) — Ivan Cendrillon. (Le héros suspend ses gants à un arbre. Ses frères doivent venir à son secours, si du sang découle de ses gants.) — Koschéi l'Immortel. (Le prince Ivan verse du sang de son petit doigt dans un verre et dit : « Si ce sang devient noir, cela signifiera que je suis près de mourir. »)

Inde. — Mille et une ^^uits : Histoire de deux sœurs jalouses de leur cadette. (Une prince donne à sa sœur un couteau et un chapelet; s'il meurt, le premier se couvrira de sang, et les grains du chapelet se colleront et cesseront de glisser dans sa main.)— Kathasaritsagara ("Wilson's Essmjs). Histoire de Guhaseua. (Siva donne à deux époux deux fleurs de lotus. Si la fleur se fane, l'époux trompé saura que l'autre est infidèle.)

Perse. — Tùti Nameh (trad. Trébutien), conte III : Histoire d'un émir et de la femme d'un soldat : « Si le bouquet que je te donne se flétrit, c'est signe que je me serai rendue coupable de quelque faute ».

Enfin, dans la Vie d'Elisabeth de Hongrie, son époux en partant lui remet une bague dont la pierre doit se briser au moment de sa mort.

(c) Le héros essaie l'épée avec laquelle il doit vaincre dans les épreuves.

du jeune homme du conte de la Fille de la mer est conforme à celui que l'histoire attribue à Iphigénie et à la fille de Jephté. Racine fait dire à Iphigénie :

Mon père, Cessez de vous troubler, vous n'êtes point trahi, Quand vous commanderez, vous serez obéi. (Acte IV, scène iv.)

Cet épisode se retrouve dans la Vœlsungsaga. Le éros Sigurd va trouver le forgeron Regin et lui demande une épée si excellente qu'il n'y en eut jamais de meilleure. Deux fois Sigurd brise l'épée que Regin lui présente en la frappant sur l'enclume; mais à la troisième fois, l'enclume vole à son tour en éclats. C'était la fameuse épée Gram. Dans les Niebelungen, Sigurd devient Siegfrid, et l'épée Gram l'épée Balmung. NoRWÉGE. — Contes d'Abjorsen (trad. Dasent) : Grumble Grizzard. (Le héros fait forger des massues de plus en plus lourdes.) Allemagne. — Contes de Grimm : le Jeune Géant. (Même trait.) Rlssie. — Recueil Ralston : Ivan Cendrillon. (Même trait.) Pays slaves. — Contes de Chodzko : Impérissable. (Même trait.) Le forgeron de tous ces récits n'est autre que le fameux forgeron Vœlundr de l'Edda ' qui, pareil au Dédale de la Fable, fabriquait des ailes pour voler dans les airs, des armes merveilleuses et des bijoux magnifiques. Vœlundr devient Véland dans la Vilkinga Saga, Wayland dans le poëme de Beowulf"-. Dans un conte irlandais rapporté par Kennedy : the Goban Saor (le Franc Forgeron), on voit que le type de ce forgeron, à la fois architecte, mécanicien, charpentier, s'est conservé plus ou moins défiguré dans la tradition populaire.

{(l) Le combat du berger avec le monstre du lac rapj telle le mythe de Thésée et du Minolaure, la fable de Persée et d'Andromède, qui, sous la plume de l'Arioste, devient l'histoire de Roger et d'Angélique, le combat d'Hercule lorsqu'il délivre Hésione, fille de Laomédon, (infin la lutte d'Indra contre le serpent Vitra (liig-Veda^ I, 32). On trouve aussi des luttes de ce genre dans le conte bas-breton de Luzel : le Berger qui sauve une princesse d'un serpent, et dans Straparole (Nuit X, fable ni).

(e) La terminaison la plus fréquente des contes d'origine aryenne est : « Ils s'épousèrent et vécurent heureux par la suite. » Nos vieux conteurs ajoutaient naïvement : « Et ils eurent beaucoup d'enfants. « Il est inté^ ressaut de remarquer que le conte gaélique se termine par cette phrase : « Et s'ils n'étaient pas morts, ils seraient encore en vie. » Cette sentence de la chanson de la Palisse ^ .se retrouve non-seulement dans plusieurs contes gaéliques, mais aussi dans nombre de contes étrangers. Ainsi ; Russie (recueil Ralston) : le Démon et le Forgeron ; — Pays slaves : Contes de Chodzko : l'Enfant perdu. — Dans nombre de contes allemands, entre autres : Contes de Simrock (trad. Frank) : le Maître de tous les maîtres ; les Dons des animaux.

\. A'oy. la dissertation sur Vœlundr le forgeron, par Depping et Fr. Michel.

2. Le poëme de Bcowulf est reproduit dans Illustration of the English Poetry (1826, in-8») liar les frères Conybeare.

3. Un vieux noël satirique du seizième siècle, composé sur la bataille de Pavie, où péril le maréchal de la Palice el qui a donné naissance à la chanson populaire, disait :

Hélas, la Palice est mort,

Mort devant Pavie, Hélas, s'il n'était pas mort.

Il serait encore en vie !

CONTE XII Bis.

LA FILLE DE LA MER (II« version — Abrégée).

11 y avait un pauvre vieux pécheur de Skie qui s'a|)peiait Duucan. Un jour qu'il était à la pêciie, la Fille de la mer se dressa au bord de son bateau et lui proposa de lui donner une pèche abondante s'il voulait lui livrer son premier fds. Duncan répondit : « Cela m'est bien impossible, car je n'ai pas d'enfant. » Alors elle lui donna quelque chose et dit : « Voici pour ta femme, pour ta jument et pour ton chien. » Et il naquit en effet trois fds, trois poulains et trois petits chiens. L'ahié des fds se nommait Jain. Quand il eut dix-huit ans, il trouva un jour sa mère qui pleurait et elle lui apprit qu'il devrait être livré à la Mermaid. Alors il monta à cheval et s'éloigna. Sur sa route il rencontra la carcasse d'un vieux cheval que se disputaient un lion, un loup et un faucon. Jain partagea la carcasse entre les animaux. Pour le remercier, chacun d'eux lui dit : « Si tu as besoin de moi, je te permets d'emprunter ma forme, car en partageant entre nous cette carcasse, tu nous as délivrés d'un sort. »

Jain poursuivit son chemin et devint berger d'un roi. Il alla trouver un forgeron et lui commanda un bâton de fer. Le forgeron en fabriqua trois; les deux premiers se courbèrent, le troisième, malgré tous les efforts de Jain, ne fléchit pas. Jain mena paître ses vaches en un beau pâturage à l'herbe verdoyante, mais voilà qu'accourut un géant à sept tètes et à sept bosses, qui s'empara des six plus belles vaches du troupeau et s'enfuit en les tirant par la queue. Le berger prit alors la forme d'un lion et terrassa le géant, puis il accepta pour rançon une pouliche blanche qui parcourt les cieux et un vêtement blanc. Néanmoins il coupa les têtes de son ennemi. Le lendemain, arrive un second géant ayant le même nombre de têtes que celui de la veille. Il se sauve en emportant sur son dos huit vaches qu'il tenait par la queue. Le berger se

change en loup et le terrasse, puis il accepte pour rançon une pouliche rouge qui peut voler à travers les airs et un vêtement rouge. Il coupa ensuite les têtesdu géant.

Le troisième jour arrive un géant plus grand que les premiers qui s'empare de neuf vaches. Le berger se métamorphose en faucon, le terrasse, le tue après en avoir reçu une pouliche verte qui sillonne les cieux et un vêtement vert.

Le quatrième jour enfin le berger voit venir une vieille femme. C'était l'épouse du dernier géant et la mère des deux premiers. Jain grimpe dans un arbre. « Descends que je te dévore, s'écria-t-elle, car tu as tué mon mari et mes deux fds. — Ouvre ta bouche, lui répond Jain, afin que je saute dedans ! » La vieille ouvrit la bouche et le berger lui enfonça son bâton de fer dans la gorge et le bâton ressortit par la poitrine à un endroit où se trouvait un signe. Alors le berger descendit de l'arbre et exigea d'elle pour rançon un peigne d'argent et un bassin de jeunesse. Ensuite il tua la vieille et s'en revint chez lui.

La demeure du roi retentissait de plaintes. Un grand dragon était sorti de la mer et chaque fois qu'il venait, il fallait lui laisser une proie. Cette fois le tour de la fille du roi était arrivé. Le berger s'offrit pour combattre le dragon. Il revêtit le vêtement blanc et enfourcha la jument blanche. Puis quand vint le dragon, il coupa une de ses trois têtes. Le lendemain recommença le combat. Jain était vêtu de rouge et monté sur un cheval rouge. Il trancha la seconde tête du dragon. Le troisième jour enfin il mit à mort le dragon.

Jain et la princesse revinrent ensuite au palais du roi, et lorsque le berger se fut baigné dans le bassin de jeunesse, il devint le plus bel homme du monde entier. Il épousa ensuite la princesse.

Un jour qu'ils se promenaient ensemble sur le rivage, la Fille de la mer apparut et entraîna Jain au fond de l'eau. Remphe de douleur la princesse alla consulter une magicienne ((ui lui enseigna ce qu'elle avait à faire.

Elle porta sa harpe sur le rivage et se mit à jouer. La Fille de la mer se dressa aussitôt au-dessus des flots pour

entendre la musique. Dès que la princesse l'aperçut, elle cessa de jouer. « Continue! » lui cria la Fille de mer; mais la princesse répondit : « Je ne ferai vibrer les cordes de cette harpe que si tu me montres mon mari. » Et la tête du jeune homme apparut au-dessus des vagues. La princesse joua de nouveau, puis s'arrêta. Alors la Fille de la mer lui fit voir son mari jusqu'à la ceinture. La princesse reprit sa harpe, puis s'arrêta encore. Alors la Fille de la mer pose le jeune homme sur sa main. Aussitôt celui-ci se change en un faucon, s'envole et s'abat sur le rivage. Pour se venger, la Fille de la mer enlève cette fois la princesse.

Jain alla aussitôt trouver la sorcière et elle lui apprit que l'àme delà Fille de la mer se trouvait dans un œuf; l'œuf était dans une oie, l'oie en un bélier, enfin le bélier dans un taureau qui paissait dans une vallée. Le prince appela à son aide les trois animaux qu'il avait obligés jadis, et grâce à eux il put s'emparer successivement du taureau, du bélier et de l'oie. Quant à l'œuf, .il roula dans le lac; alors le faucon alla s'emparer des deux petits d'une loutre qui demeurait dans l'île. Afin de sauver ses petits, la loutre plongea dans le lac et rapporta l'œuf.

Dès que Jain eut l'œuf en sa possession, il le brisa sur les rochers et la Mermaid mourut. La princesse retourna auprès de son époux. Et dans la suite, ils vécurent heureux.

L'épisode do renlèvenient des bœufs par la queue reproduit à la l'ois le mythe du géant Cacus lorsqu'il vole à Hercule les bœufs de Géryon, et celui d'Hermès enfant dérobant les bœufs d'Apollon, et les faisant marcher à reculons afin de cacher son larcin.

La Fille de la Mer ressemble sur plusieurs point? aux contes suivants :

Allemagne. — Contes de Simroclv : les Dons des animaux. — Grimm : les deux Frères; le Serpent noir; l'Ondine de l'étanif ; la Boule de cristal.

NoRWÉGE. — Contes d'Abjôrsen (trad. Basent) : Boots et les Bêtes; les Trois Princesses de Blancheterre, etc.

Italie. — Mais le parallèle le plus curieux des contes gaéliques est celui qu'il présente avec le conte de Fortunio (Facétieuses nuits de Straparoki voy. Nuit, fable iv). Fortunio s'en alla vagabond [)ar le monde, et par aventure il se trouva en un bois où il rencontra trois animaux qui le

récompensèrent pour avoir partagé entre eux une carcasse de cerf. Les animaux reconnaissants lui dirent : « Frère, je te donne cette vertu que toutefois et quantes tu auras le désir de prendre notre forme, tu seras incontinent tranformé en elle, en reprenant, toutefois, toujours ta première forme quand bon le semblera ». Lorsque, dans la suite de l'histoire, Fortunio est enlevé par la sirène, la princesse, épouse de Fortunio, au lieu de jouer de sa harpe, donne successivement à la sirène trois pommes merveilleuses moyennant quoi elle obtient de voir son mari jusqu'à l'estomac, puis jusqu'aux genoux, enfin tout entier. Dès que Fortunio se voit hors de l'eau et assis sur ledos de la sirène, il se change en aigle, prend sa volée et va rejoindre sa femme. — Voy. aussi Gubernatis, Novelline n° 23. (Récit semblable.)

Aide donnée par les animaux aux héros des contes. — Le conte : la Fille de la Mer et le précédent, celui du jeune roi d'Easaidh, nous montrent des animaux venant au secours des héros du conte. Les rapports des animaux avec l'homme, dans tous les contes mythiques d'origine aryenne, sont empreints d'une douceur remarquable. On y devine la croyance que l'âme humaine vit indifféremment sous la figure des animaux ou dans un corps humain. Le développement de cette idée a engendré cette commisération qui, dans les religions brahmanique et bouddhique, est poussée jusqu'au sacrifice. « Un jour, Indra, sous la figure d'un vieillard, vint demander l'hospitalité à Bouddha. Le saint, n'ayant rien à donner au dieu, prend la forme d'un lièvre et s'immole lui-même pour nourrir Indra. » Le Pantchatantra (trad. Lancereau, p. 288) conte qu'un oiseleur vint, un jour, demander le vivre et le couvert à un pigeon. Le pauvre animal ne pouvant donner de nourriture à son hôte, entra joyeusement dans le brasier et se fit rôtir pour l'oiseleur. Stanislas Julien a traduit Un apologue chinois intitulé : le Bouddha et les CEufs d'oiseau {Avadanas, fable lxxxv), où nous trouvons un trait de mansuétude analogue. Dans le Mahabahrata (trad. Foucaux, p. 231), la légende célèbre du Pigeon et du Faucon nous présente un exemple saillant de la doctrine du sacrifice de soi-même pour le bien d'autrui. « Un pigeon poursuivi par un faucon se réfugia sur l'épaule d'un roi. Le faucon réclama sa proie, mais le roi, pour sauver le malheureux volatile, offre sa propre chair mise dans une balance et, sans hésiter, se coupe un morceau de la cuisse. Or, le pigeon l'emportait toujours. Le roi ayant de nouveau coupé sa chair la donnait incessamment, et comme elle n'arrivait pas à égaler en poids celle du pigeon, il monta tout décharné luimême dans la balance. » En Perse, le Tùti Namch nous fournit un épisode semblable : un héros donne un morceau de sa chair à un serpent, pour lui tenir lieu d'une grenouille qu'il allait dévorer. — Nos contes d'Europe ne vont pas si loin dans les relations bienveillantes qu'ils établissent entre les hommes et les animaux. Voici quelques contes où l'on rencontre des services rendus par les héros à des aniznaux en échange

desquels ils obtiennent d'être aidés par eux dans les tâches qu'ils ont à accomplir. (Voy. aussi les notes du conte XIII.)

France. — Contes bretons de Luzel : le Corps sans âme; — Trégont à Paris ; — Princesse de Tréménézaour.

Allemagne.— Contes de Grimm : la Reine des abeilles; — les Deux Compagnons en tournée, etc.

Russie. —Recueil Ralston : Maria Morewna; — Koschéi l'Immortel et autres.

Pays slaves. — Contes de Chodzko : la Vierge aux cheveux d'or; — le Tapis volant; — l'esprit des Steppes; — Ohnivak, etc.

Italie. — Straparole : Histoire de Livoretto, puis dans la troisième Nuit, fable I : Services rendus par un thon qui, en retour, fait prendre du poisson; — Troisième Nuit, fable iv ; — Cinquième Nuit, fable v.

Inde. — Contes du Deccan : une drôle d'histoire et d'autres.

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