Ce norher semblable à Caron est intéressant à noter
Alors le roi fit proclamer par la ville que sa fille était guérie ; les lamentations cessèrent et des chants de joie s'élevèrent. Puis le roi dit à Diarmaid :
— Je te donne pour avoir guéri ma fille la somme qui te conviendra; prends-la aussi pour épouse.
— Je ne veux pas de ta fille ; je te demande seulement un vaisseau pour me ramener à Erin auprès de mes compagnons.
On donna à Diarmaid un vaisseau et il alla retrouver les Finns et le frère de sa mère. Des réjouissances célébrèrent son retour.
(a) M. Cox 1 rapproche cette partie du récit du mythe indien d'Urvâsi et de Pururavas. Urvâsi est un des noms de l'aurore.
Urvâsi n'a consenti à son union éternelle avec Pururavas qu'à la condition de ne le voir jamais nu : « J'exige, dit-elle {Harivansa, trad. Langlois, vol. I, p. 117), que tout le temps de notre union, mes yeux ne vous voient jamais nu et que deux béliers soient constamment attachés près de notre lit. » Un Ghandarva, jaloux de ce bonheur, se glisse la nuit auprès des époux et vole les béliers. Pururavas se lève nu; un éclair brille, Urvâsi l'aperçoit. Alors elle s'enfuit et son amant se met à sa recherche. Dans le Mahâbahratta, le héros Çantanus s'éprend d'une nymphe des eaux; celle-ci consent à rester avec lui à condition qu'il ne s'étonnera jamais d'aucun de ses actes, quelque étranges qu'ils soient. Dans l'immortelle légende de l'Aurore et Psyché, Éros recommande à sa maîtresse de ne jamais chercher à le voir nu. Mais celle-ci, poussée par la curiosité, profita du sommeil d'Éros pour le contempler. En se pen • chant sur lui pour le mieux voir, une goutte d'huile tombe de sa lampe sur l'épaule gauche d'Éros qui s'envole à jamais 2. Le même mythe se représente dans la poétique et touchante légende de Mélusine, lorsqu'elle fait jurer à son époux de ne pas tenter de la voir le samedi de chaque semaine. Dans l'Ondine de Fouqué, le jeune chevalier qui l'épouse s'engage aussi à ne jamais la mener sur le bord d'une rivière. De même,
1. Mythology of the Aryan Nations, vol. I, pages 397 et suivantes. Voy. aussi dans le Rig-Véda (traduction Langlois), pour le mythe d'Urvâsi et de Pururavas, section vin, lecture 3, hymne i.
2. Le conte suédois de Cavallius et Stephens (traduction Thorpe), reproduit l'épisode même de Psyché :1a. princesse regarde le prince endormi; une goutte de cire tombe de son flambeau sur la poitrine du prince et le réveille. Pareil épisode est relaté dans le conte norwégien (traduction Dasent) : A l'est du Soleil et à l'ouest de la Lune.
dans le Chevalier au Cygne, Hélias fait promettre à sa femme de ne jamais lui demander son nom. — Dans tous ces récits, le bonheur des amants n'est pas de longue durée, car, malgré la foi jurée, la promesse est toujours violée, et celui des amants à qui l'autre a manqué de parole est contraint de disparaître, malgré l'ardent amour qui le consume. — M. Cox démontre que les légendes de cette nature .<ont la représentation du mythe céleste du soleil poursuivant l'aurore, ou réciproquement. — Souvent, après la violation de la promesse et la séparation des amants, le mythe se continue. L'amant abandonné s'élance à la poursuite de sa bien-aimée et, après maints périls, finit par la retrouver. Mais de même que le soleil fait disparaître dans les cieux les feux de l'aurore, ainsi l'amant abandonne à son tour la maîtresse qu'il chérissait. C'est ainsi que Orphée en regardant Eurydice la fait retourner dans les sombres demeures, et qu'Apollon voit Daphné s'enfuir dès que, se penchant sur elle, il a déposé un baiser sur son front. Diarmaid reste donc dans la vérité du mythe symbolisé quand il prend du dégoût pour celle qu'il a retrouvée après tant d'efforts.