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LES ILLUSIONS DE CONAN A CEASH

KENNEDY. — (Irlande.)

Un jour que Fion (Fingal) et quelques-uns de ses compagnons étaient à la chasse, un nain druidique les invita à se reposer dans sa hutte. Bien que se méfiant de lui, ils eussent considéré comme indigne de leur renommée d'éviter tout ce qui promettait une aventure. Ils suivirent donc le nain, mangèrent et burent, puis on les mena chacun dans une chambre où ils trouvèrent un lit de bruyère couvert de peaux de loup. Chacun eut à son tour l'aventure suivante.

La chambre de Fion s'éclaira soudain et une femme plus belle qu'.4o«7/è ou Maer, assise dans un char magnifique traîné par des chevaux nains, s'approcha de son lit. Elle l'invita avec des paroles enchanteresses à s'asseoir près d'elle et à l'accompagner à son palais dans la colline. Fion fut ravi de sa beauté, mais ayant eu la présence d'esprit de mettre son pouce entre ses dents, il ne vit plus qu'une vieille créature ridée assise dans un chariot de bois vermoulu. 11 se tourna contre le mur et resta immobile. Après quelques secondes, la lumière fit place à l'obscurité, et aussitôt Fion porta à ses lèvres sa trompe enchantée et sonna quelques notes qui voulaient dire : « Le danger est proche, soyez prudents ! » Le bruit de la trompe fut entendu par Fergus, Gaoilte, Diarmaid, Ossian, Luacha, Goll et Gonan, et bien que chacun de ces chevaliers fût ravi d'amour, tous à l'apparition de la fée tournèrent la tête contre le mur, comme avait fait leur chef.

A la fin, tous avaient reçu la visite de la sorcière, sauf Conan le libertin, le trompeur, le rusé et le seul des Fians qui n'eût pas une belle âme. A la première invitation de

la fée, il sauta dans le chariot et se sentit tomber la tête la première dans un puits profond, où il entendit le mugissement des eaux bouillonnantes et sentit la chaude vapeur qui le brûlait jusqu'aux os. Il se rattrapa à une poutre et poussa un cri retentissant ; ses frères les Fians accoururent à sa voix. A la lueur du feu, ils aperçurent Gonan à califourchon sur l'anse du chaudron dans lequel avait cuit leur souper. Après l'avoir exhorté à la patience et engagé à résister désormais à la tentation, ils le laissèrent se reposer.

Conan ne s'était pas encore endormi que la même brillante vision lui apparut. Cette fois il attendit dix secondes avant de sauter dans le char. Alors il se trouva au milieu d'une forêt et une terrible bête ressemblant à un chat sauvage, bondissant sur lui de derrière un arbre, le terrassa et lui saisit la tète avec sa gueule. Tant que Gonan put crier, il cria et bientôt la chambre fut remplie de chevaliers. Gonan était sur le dos, qui se tordait et hurlait pendant qu'un grand chat assis près de sa tête léchait son cou gras et ses moustaches. « Maudit soit cet importun Gonan I dit Gaoilte. Si vous nous dérangez encore, vous recevrez la discipline du plat de nos épées I » — Hélas ! après quelques moments de tranquillité, la maison retentit de cris comme si deux taureaux se livraient un combat singulier. Quand les chevaliers entrè^ rent, ils virent la victime infortunée couchée sur le dos, les cheveux collés au plancher et se tordant de douleur.

« Qu'y a-t-il encore, fds maudit de malheur I s'écria FioU; — Oh ! ayez pitié de moi ! je souffre les tortures infligées au beau sexe! s'écria Gonan; mordez votre pouce, Fingal, fils de Gomhail, et secondez-moi ! » Fingal mordit son pouce et aperçut alors, à travers les murs et les portes, le nain qui se ba=^ lançait en chantant dans une chambre reculée. Sous les pieds des Fians cédèrent les portes, et tous entourèrent le sorcier lui mettant leurs javelines à la gorge. « Lâchez notice compagnon, Dariaan maudit, ou vous subirez une terrible mort. » Le nain tira de sa poitrine une fiole qu'il tendit à Fion ; Fion la passa à Ossian en l'envoyant au secours de Gonan. Les autres restèrent à surveiller le druide ; bientôt

ils entendirent partir un éclat de rire de la chambre de Conan. En entrant, ils trouvèrent Gonan assis, sans aucun mal, mais triste et silencieux ; le haut de sa tête ressemblait à une pleine lune, pendant qu'un long voile de sa noire chevelure pendait tristement le long de son cou.

Un éclat de rire courut dans les rangs des guerriers quand ils entrèrent, mais il fut bientôt réprimé par leur chef, et de crainte d'autres malheurs, ils quittèrent aussitôt la demeure maudite du sorcier, et c'est depuis lors qu'on dit à un voyageur ou à un chercheur d'aventures :

« Je vous souhaite meilleure chance que Gonan à Geash. j»

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