CONTE XXXVII
FÊTE DE FAIRIES^
WALDRON. — (Ile de Man.)
Un habitant de l'île de Man, que d'invisibles musiciens avaient guidé pendant plusieurs milles et qui, séduit par la mélodie, avait suivi les Fairies jusqu'à un grand terrain vague,
i. C'est une superstition générale que la paralysie est l'œuvre des rairios. — Une avenluro assez semblable à la précédente, à la suite de laquelle le héros du conte se truuvo aussi fiappé de paralysie, est racontée par Richard Bovet dans le livre intitulé : J'and(Ftvoiiium. London, i08/i. Ce récit est reproduit dans ; Fa»-)/ Talaillmtralinq Slmlce^pcnrciSlT).
2. Le même récit se retrouve dans Williams de Ncwbury. (Voy. Fairt/ Talcs, etc.. 1875.)
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aperçut un grand nombre de « Petites gens » assis autour d'une table, buvant et mangeant joyeusement. Au milieu d'eux se trouvaient quelques personnes que le Manks crut reconnaître, mais il n'y fit d'abord nulle attention. Bientôt l'un des Petites gens lui offrit à boire. Alors, l'une des personnes, dont les traits ne lui semblaient pas inconnus, le tira par son habit et l'avertit de ne goûter, sous aucun prétexte aux mets ou aux boissons qu'il voyait devant lui, « car, ajouta-t-elle, si vous le faisiez, vous seriez comme moi et ne pourriez jamais retourner dans votre famille. » Le pauvre homme eut bien peur, mais il résolut d'écouter ce bon conseil. Aussi, quand on lui eut mis dans la main une coupe d'argent pleine de liqueur, il s'empressa de jeter par terre, sans être vu, ce qu'elle contenait. Bientôt après, la musique cessa, la société se sépara, et la coupe resta dans sa main. Le pauvre homme regagna sa demeure, tout fatigué qu'il était. Le lendemain, il alla raconter son aventure au ministre de la paroisse et lui demanda ce qu'il devait faire de la coupe. Le ministre lui répondit que le meilleur usage qu'il en pouvait fôire était de la consacrer au service de l'église. Cette coupe, dit-on, est celle dont on se sert encore pour le vin consacré à l'église de Merbegh.
Dans le poëme eddaïque des Vœlsungs, la suivante de Sigrun s'écrie : « Le soir des puissances serait-il venu, puisque les morts sont à cheval et excitent leurs montures avec l'éperon? » — L'ombre de Helge lui répond : « Tu n'es pas abusée par une illusion; le soir des puissances n'est pas venu, parce que tu nous vois exciter nos chevaux avec l'éperon. » — En Suède, à la fête du solstice d'hiver, les esprits, habillés de vert, courent dans les clairières à cheval, suivis de leurs meutes ; c'est ce qu'on nomme la chasse d'Odin ; en Danemark, les paysans croient, pendant la nuit de la Saint-Jean, entendre retentir dans le ciel la voix des chiens et les cris des piqueurs du roi Waldemar, qui,
monté sur un coursier blanc comme neige, poursuit quelque cerf fantastique. Cette tradition est devenue en Allemagne celle du Féroce Chasseur, du chasseur éternel, et elle a mspiré d'immortelles ballades; en France, elle était conservée jadis dans les légendes du Grand Veneur de la forêt de Fontainebleau, de la chasse de Saint-Hubert, et sous d'autres noms fort nombreux, variant suivant les provinces. Bladé' la reproduit sous la forme suivante, qui est fort curieuse. Le roi Arthur (dont la légende a pénétré jusqu'en Armagnac, apportée sans doute par les Anglais au temps de leur domination en Gascogne), était un grand chasseur. Un jour qu'il assistait à la messe, il entendit sa meute lancer un sanglier. Aussitôt, il se précipita hors de l'église ; mais, en punition de son péché, il fut emporté dans les nuages et jusqu'au jour du jugement, il chasse à travers les airs, accompagné de ses chiens. — En Bretagne, les âmes des morts fendent l'espace pour se rendre à la baie des Trépassés, où doit avoir lieu le jugement qui décidera de leur salut ou de leur damnation éternelle. D'après une tradition iiidi(>nne analogue, les âmes des morts arrivent de tous les points du monde pour se faire juger par Yama, le dieu de l'enfer.
L'Angleterre a gardé l'écho affaibli de cette tradition grandiose. Lorsque"^ les vols de cygnes ou de canards sauvages passent la nuit au-dessus des maisons en poussant des cris aigus, les habitants du Durham et du Yorkshire prétendent que ce sont les chiens de Gabriel. Ils se les représentent sous la figure de bêtes monstrueuses à face humaine. Si d'aventure, ces oiseaux voyageurs planent audessus d'un toit, c'est l'indice que quelqu'un mourra dans la maison. Dans les environs de Leeds, la superstition se transforme, et l'on dit que ce sont les âmes d'enfants morts sans baptême qui voltigent autour de la demeure de leurs parents. De même en Allemagne, la dame Bertha suivie de