Voy. Taine (vol. 1", p
3. L'étude de ces poêles, au point de vue de la poésie dans ses rapports aven la féerie, est très-bien traitée dans la Fairy Mythology de Kei^thiey.
ressautes, car elles empruutent leurs couleurs aux flores des différentes nations celtique, saxonne, danoise, normande qui sont venues tour à tour s'implanter sur son sol.
des'Sfes Lorsqu'il y a cinq mille ans ^, à la suite de commo-
^ct''en'^ tions inconnues, la nation aryenne, répandue dans la Angleterre. Bactrlauc et la Sogdiane, commença ce mouvement d'émigration que notre temps voit se continuer sous une autre forme, mais avec non moins de force, par delà l'Atlantique, dans les plaines du Far West et jusqu'en Australie, ce fut la tribu des Celtes qui s'ébranla la première. Laissant derrière elle l'Asie et les tombeaux de ses ancêtres, elle marcha toujours à l'ouest en suivant le cours du soleil, franchit montagnes et fleuves et s'avança jusqu'à ce qu'elle cessât de trouver la terre pour la porter. Elle parvint ainsi jusqu'en Bretagne (Finis ter rœ) et se répandit en Gaule; puis traversant l'étroit canal qui sépare la France de l'Angleterre, elle envahit et peupla ce dernier pays. Les Celtes apportèrent avec eux en Angleterre les idées et les traditions de leur mère patrie. L'imagination poétique de la nation aryenne qui, plus tard, des bords du Gange aux rivages de l'Atlantique, devait s'épanouir dans les merveilleuses productions de l'art et de la littérature, orgueil de notre civilisation, adorait alors Div'.u dans les manifestations de la nature et donnant une incarnation aux astres et aux éléments, expliquait les phénomènes dont elle était le témoin par des luttes dont elle racontait poétiquement les phases et les incidents.
Kyinris. Lcs Ccltes étaient depuis au moins quinze cents ans
établis en Gaule, d'où ils avaient envoyé des colonies en Espagne et en Italie, quand une invasion de Kymris ou Cimbres, chassés de la Ghersonèse par une inon-
1. Voy. pour celle «JaU; les ouvrages île, PicUt, Origines indu-curopéenncs, il. II. p. 720; de Rogel de Belloguel, Ethnugcnie gauloise, etc.
dation de la Baltique, pénétra en masses profondes en Gaule et en Angleterre. Ils marchaient sous la conduite de llu-Gadarn, ou Hu le Puissant'. En Gaule, ils refoulèrent les Celtes du nord-est qui émigrèrent sous la conduite de Sigovèse et de Bellovèse, les uns dans la Cisalpine, les autres dans la forêt Hercynie et le long du Danube. Prenant ainsi la place des Celtes du nord-est, ils s'étendirent dans la Gaule-Belgique et dans l'Armorique. En Angleterre, ils s'établirent dans le pays de Galles (les Welclies) . Leur langue était voisine de celle des Celtes; il est probable qu'ils descendaient d'un groupe resté en arrière de la masse lors de la migration d'Asie en Europe.
Quoi qu'il en soit, la langue kymrique est encore parlée en France dans quelques districts de Bretagne ; elle comprenait les dialectes comique (aujourd'hui éteint), gallois ou cambrien et le bas-breton. Le celtique ou gaélique, qu'il ne faut pas confondre avec le gallois, est encore le langage de l'Irlande, où il s'appelle errinach, des Highlands d'Ecosse, où il se nomme erse, et de l'île de Man.
L'Angleterre et la France se trouvèrent donc peuplées d'éléments semblables ayant des traditions communes, que fortifiait encore la pratique d'une même religion : le druidisme. En dépit de toutes les invasions et du flot d'idées nouvelles qui en fut la conséquence, les vestiges des anciennes ijraditionsdes deuxBretagnes se retrouvaient encore naguère dans les contes et les chants populaires de ces pays, ainsi qu'en témoignent en France les ouvrages de la Villemarqué, Barzaz-Breiz, et d'Emile Souvestre, le Foyer breton, et surtout les contes authentiquement populaires recueillis par M. Luzel, et, dans la Grande-Bretagne, les récits
1. Celle tloclrine du leloulenienl, ainsi que 1 assimilation des Kyniris an\ Ciinmériens de la Crimée, donl parlaient Homère et Hérodote, est celle d'Edwards et d'Amédéc Thierry. Elle a fait l'objet de grandes l'onlroverses et a été vivement combattue, entre autres par Roget, baron de Belloguet, dans son savant ouvrage : l'EUinogenie gauloise.
qui vont suivre. Dans le pays de Galles, une vieille croyance considérait les Fairies comme les âmes des anciennes druidesses, et l'on peut regarder les incantations des magiciennes du moyen âge et une partie des attributions des fées et des génies comme un souvenir des pratiques farouches des prétresses des îles de Sein et de Mena, dont parle Pomponius Mêla. iadGs galloises. Lcs sculs documcnts quc nous possédions sur ces époques sont contenus dans les triades galloises écrites du iv^ au ix*' siècle. Elles nous tiennent lieu des manuscrits contenant les traditions des anciens Irlandais, que saint Patrick fit incendier dans un but de prosélytisme religieux et dont on ne saurait trop déplorer la perte. Les triades les plus célèbres sont celles des bardes Taliésin, Aneurin et Myrddin, ou Merlin l'Enchanteur*. Bien que confuses, elles fournissent de précieux renseignements au point de vue historique ; malheureusement elles ne nous ont rien conservé des mythes religieux des Celtes et des Kymris. Quant au Poëme (TOssian ^, quelle que soit la part qu'il faille attribuer dans cet ouvrage à l'imagination de Mac-Pherson, il n'est pas douteux que les chants qu'il contient ne soient, avec une forme plus ou moins altérée, ceux par lesquels les bardes célébraient les hauts faits de Fingal et des autres héros ses successeurs lorsqu'ils défendaient le sol de la patrie contre les Romains et plus lard contre les Saxons et les Scandinaves. Telle est, du reste, l'opinion de Campbell dans le IV*^ volume de ses Conlcs des llifjhlands et dans la
1. Voy. Myrvyrian Archaiology ofWales et l'Enchanteur Merlin, ^&v la Villemarqué.
2. Ossian, appelé aussi Oiseau ou Osin, était un barde du iir siècle ; on a grciré sur son nom, comme les Grecs sur celui d Hercule, les exploits accomplis par beaucoup d'autres héros. — L'œuvre de Mac-Pherson a fait l'objet de discussions à remplir une bibliothèque; de ces discussions, quelque peu oiseuses à dislance et où le patriotisme de clocher entre les Irlandais et les Ecossais joue un grand rôle, il faut conclure que les traditions sur lesquelles ce poème est fondé existaient réellement, mais que la façon donnée aux chants qu'il contient est en grande partie l'œuvre de Mac-Pllerson.
substantielle Introduction qui précède ses œuvres. Par sa connaissance des idiomes gaéliques, par ses relations avec les pêcheurs et les humbles gens qui lui ont fourni ses contes, par ses études sur les croyances populaires de l'Ecosse, personne ne peut prononcer avec plus d'autorité que M. Campbell sur le degré d'authenticité du poëme de Mac-Pherson. Voici cette opinion résumée.
« Je crois qu'il y a des poëmes de très-vieille date » dont les fragments existent encore en Ecosse à l'état » de traditions et que ceux-ci se rapportent à des héros » celtes ; je pense que les mêmes personnages ont été » des héros mythiques chez les Celtes dans les plus an- » ciens temps; enfin, je crois que les poëmes recueillis » par Mac-Pherson et Smith sont de vieilles poésies » altérées, mais en somme originales. Les sujets exis- » talent, mais c'est Mac-Pherson qui leur a donné la » forme que nous connaissons. »
Après les Celtes, et à des intervalles qu'on ne peut Rapports
^ . . . T j -1 entre
détermmer, les tribus germaniques, puis slaves, s ebran- les mythoiogies lèrent à leur tour et apportèrent, dans les contrées peuples aryens. d'Europe où elles se fixèrent, les traditions et la religion des Aryens ; en même temps, l'Inde et la Perse se peuplèrent aussi d'Aryens. Toutes ces contrées se trouvèrent donc posséder un fonds commun de traditions ainsi qu'une langue très-voisine. De ces germes identiques naquirent des civilisations qui, par suite des différences de climats, des races diverses auxquelles les conquérants s'étaient mêlés, divergèrent après une longue série de siècles et de fortunes diverses et finirent même par ignorer leur point de départ. Néanmoins, de ce fonds commun primitif unique, chacune de ces civilisations garda des témoignages irrécusables dans le développement de ses religions et de ses habitudes d'esprit. C'est ce que prouve la comparaison des religions et des mythes de toutes les races indo-européennes dans l'antiquité. Dieux et déesses de l'Olympe,
Ilotes célestes du Panthéon védique, habitants du Walhalla Scandinave, divinités sanguinaires adorées par les Celtes, tous sont des personnifications des forces de la nature, engendrées par le naluralisme aryen.
Mais au-dessous de ces dieux principaux qui, nous l'avons dit, ne sont que des aspects différents, suivant les pays, d'une même idée originelle, toutes les nations indo-européennes, dans leur développement parallèle, en étaient arrivées à reconnaître des divinités secondaires, monnaie du Dieu suprême, personnifiant les eaux, les grottes, les montagnes et les vallées, les bois verdoyants et les landes incultes. C'est ce que Pythagore témoignait quand il enseignait que le monde entier était rempli d'esprits de même nature que les démons familiers grecs. Les grands dieux et la haute philosophie des dogmes des religions antiques n'étaient pas en effet accessibles aux gens humbles et incultes des campagnes ; aussi avait-on imaginé des divinités plus abordables pour les petites gens, et qui servaient d'intermédiaires entre les hommes et les grandes divinités, réservées aux prêtres et aux hautes classes .
Le christianisme lui-même fut obligé de tenir compte de cette irrésistible tendance d'esprit, et malgré les efforts de l'Église pour déraciner l'esprit naturaliste des religions antiques, nous voyons certaines populations du midi de la France, mais surtout de l'Italie et de l'Espagne, résumer dans le culte exagéré des saints à peu près toute leur religion. On retrouve d'ailleurs avec des attributs analogues, ces divinités intermédiaires dans la mythologie védique, dans celles de la Grèce et des peuples celte et germanique ; et, pour nous restreindre à la mythologie des peuples Scandinaves dont la majeure partie de la féerie anglaise est dérivée, il nous est facile de reconnaître dans les Elfes des bois et des collines un air de famille dénotant une origine commune avec les faunes, les sylvains, les satyres et les nymphes, Une superstition écossaise place
même sur le Ben Lomond des Vrisks, sortes de satyres aux jambes de bouc. On peut se demander, il est vrai, si ce sont des souvenirs de traditions introduites par les Romains, ou de traditions autochthones. De leur côté, les lutins familiers : Goblins, Robin- Hood, Robin Bon-Garçon, Brownie, etc., rappellent à la fois les démons grecs de Socrate, le Mercure domestique dont l'image ornait l'intérieur des maisons d'Athènes et dont on faisait peur aux petites filles désobéissantes, et les Lares, gardiens des foyers romains. Les contes relatifs aux Mermen et Mermaids, aux esprits d'eaux qui apparaissent sous la forme de veaux marins, de femmes à queue de poisson, comme aux îles Shetland, nous fournissent des rapprochements frappants avec les néréides et les sirènes : comme elles, ces esprits attirent par leurs chants et leurs propos le voyageur imprudent afin de le faire périr ; comme Nérée, Protée, et Thétis, ils prédisent souvent l'avenir. De même que les divinités des eaux dans toutes les mythologies, ils peuvent se transformer à volonté en animaux de toutes sortes, ou prendre la forme humaine. Les esprits des fleuves, des lacs, des fontaines, des puits, que nous montrent les contes sous des aspects d'animaux très-divers, tels que : chevaux des fleuves ou kelpies, taureaux d'eau, serpent ou dragon nageant, oiseaux et même crapauds et grenouilles, sont les vestiges d'anciennes divinités locales qui nous rappellent les chevaux et les monstres marins de la Fable, le serpent de Ténédos, etc. Les Elfes des eaux douces sont les naïades. Les divinités chthoniennes des fables grecque et védique trouvent aussi leurs similaires dans la féerie anglaise. Les nains des grottes souterraines sont les Dactyles du mont Ida, et les Cabires, tels que les représente Hérodote; à l'instar des compagnons de Vulcain qui forgeaient les armures des dieux et les carreaux de Jupiter, les nains des cavernes fabriquent des épées et des boucliers magiques
pour les dieux du Walhalla et pour les héros. Le type de Vulcaiii et de Dédale nous est fourni par le forgeron Vayland. Ces esprits de la terre n'étaient pas toujours des nains, comme dans les traditions Scandinaves ; parfois ils étaient des géants à un seul œil, semblables aux cyclopes : ainsi, les géants gaéliques les Famliaïrans (voy. Conte XVI, notes).
Du reste, dans la suite de ce livre, nous aurons maintes fois l'occasion de montrer que la plupart des mythes de la Grèce trouvent leurs similaires dans les traditions des autres peuples.
Ce sont les vestiges de ces divinités locales, autrefois réelles et vivaces, qui, au moyen âge, ont fourni le fond des histoires des fées; ces croyances, s'elTaçant peu à peu sous J'influence du christianisme, ont été absorbées en partie par lui, et le clergé les a habilement, et avec beaucoup de tact politique, fait tourner au profit de la religion. Les saints prirent ainsi les attributions des divinités bienfaisantes du paganisme, landis que le nouvel esprit du mal, le démon, était noirci pour faire repoussoir, de tous les méfaits dont la superstition populaire chargeait ses esprits malfaisants. En réalité, l'étiquette seule des choses était changée et le conte païen devenait ainsi une pieuse légende. (Voy. comme exemples les contes : le Maçon gourmand, Gomment saint Kloi fut puni de son orgueil.)
De toutes les origines attribuées au nom de fées : allemand Fecn, anglais /h /yvV.v, provençal fada, berrichon Fades (G. Sand : la Pet /le Fadette), espagnol /m^a, italien f((ta, celle qui est maintenant acceptée rattache ce mot soit au latin : fata, fatums la Destinée *, soit à Fatua, devineresse employée par Marcianus Gapello -.
1. Plusieurs écrivains anglais, romniP. Waller Scott dans sos Minstielsy of tho Scotlish Border, avaient p^-nsé que le mot fairies dérivait des [jéris de la l'erse, et M. Campbell dit que le mot Feorish est celtique et a la même racine que péri. Tout cela n'est pas sérieux. Mais la dérivation de fées de déités fatales, soutenue par Durange, Ménage, Alf. Maury, etc., est celle qui a prévalu.
2. Inscriptions latines : 1" sur un tombeau : Somno et Fatis; en Espagne :
C'est ce caractère primitif de divinités fatales qui s'attache d'abord aux fées; ainsi, dans les derniers temps de l'empire romain, comme en témoignent plusieurs médailles ou inscriptions, les Fata. sous la ligure de femmes, étaient assimilées aux Moires grecques ou aux Parques. A l'exemple des Parques, elles figurent en général au nombre de trois ; cependant on les trouve quelquefois au nombre de sept, comme dans la Belle au Bois dormant. Ces deux nombres, surtout le premier. Nombres 3 et 7. jouent d'ailleurs un grand rôle dans les traditions religieuses ou magiques de tous les pays aryens. Suivant Pythagore, trois est le nombre des plus sublimes mystères ; il représente : Dieu, l'âme du monde et l'esprit de l'homme. Dans les Védas, les deux nombres sacrés sont 3 et 7. Le pouvoir attribué aux nombres n'est pas moins grand en Perse. Dans la religion de Zoroastre, un sens mystique fut de tout temps attaché à ces nombres et à quelques-uns de leurs multiples. La rencontre continuelle des nombres .S et 7 dans les mythologies et les récits des peuples indoeuropéens est un des témoignages les plus frappants de leur origine commune. Citons quelques exemples: La Trinité hindoue, les trois Nornirs Scandinaves, les trois Parques, les trois Grâces, les trois Furies, les trois Gorgones, la triple Hécate, les trois Juges des enfers, les trois tètes de Cerbère, les trois Corybantes prêtres de Cybèle, quelquefois neuf (3x3) suivant certains auteurs, les neuf Muses (3x3), etc.
Les attributions des Fées, considérées comme divinités annonçant le destin, sont d'ailleurs celles des Moires ou Parques; celles-ci, il faut bien le dire, n'avaient pas à l'origine ce caractère farouche et implacable que leurs noms rappellent. Les Parques assis-
Fatis L. Fabius ex voto; — Fatibus Deico. — Fato bono. — Fatis matronis; i° sur une uiéilaille de Dioclétien : Fatis Vitricibus, etc. Voy. sur ce point : Alt. Maury, Fées au moyen âge; M. Giraud. Introduction aux Conles de Perrault: Keightley, Fairii Mythology.
Parques
grecques ;
les Moires ; -
Parques «ciindinaves les Nomes.
taient aux naissances et aux mariages ; on les voit à la naissance de Méléagre et d'Acliille et aux noces de Tliétis et de Pelée; de même aussi, la déesse des accouchements Eleutlio (chez les Latins Lucine) assistait à la naissance d'Hercule et de Jamos (fils d'Apollon) ; les Fées président aussi aux naissances des enfants, leur font des présents ou leur jettent des sorts, comme dans le roman d'Ogier le Danois et dans des contes trop nombreux pour qu'il soit nécessaire de les rappeler.
La mythologie Scandinave, dont le développement ne peut être soupçonné d'avoir subi l'influence de celle de la Grèce, nous fournit un mythe identique à celui des Parques : c'est celui des Nornes, qui assistent, ainsi qu'elles, à la naissance des enfants ^ UEdda les représente sous la figure de trois vierges, d'aspect moins farouche que les Parques ^ cependant, et qui se nomment : le Passé, le Présent, V Avenir '. Dans le poëme eddaïque de Voelund, prince des Elfes, nous voyons aussi qu'un matin, ce héros et ses deux frères font la rencontre de trois sœurs filant du lin comme les Parques. C'est à la fois des Nornes et des Parques
1. Edda de Sturleson, — Voyage de Gylfe et poëme de Fafnir. — « Il y a plusieurs sortes de Nornes : celles qui assistent à la naissance des hommes pour leur donner la vie sont de race divine, elles descendent des Ases ; il y en a de la race des Elfes et de la race des Nains ou Dualin. » Et plus loin: «Les Nornes d'origine céleste donnent le bonheur ; quand les hommes tombent dans l'infortune, c est aux méchantes Nornes qu'il faut l'attribuer. » (Traduction du Puget.) Quelquefois, deux VValkyries, Gun et Roto, remplacent les Nornes Passé et Présent et avec a l'Avenir, la plus jeune des Nornes, elles marquent pendant la bataille les guerriers qui doivent périr. » Dans le Saga de Helge nous lisons enfin: « Les Nornes qui avaient filé sa vie, etc.. »
2. Dans le conte slave de Chodzko : le Soleil, ou les trois Chevaux d'or, on voit trois Parques. — L'un des plus célèbres chevaliers d'Arthur, le sire Gauvain, rencontre près d'une fontaine trois sœurs fatidiques dans lesquelles on peut reconnaître les Parques.
3. Edda de Sœmund. — Prédiction de Wola la Savante. — Des vierges fort savantes approchent : elles sortent au nombre de trois de la salle construite sous la couronne du frêne Ydraggsil. L'une se nomme Urd {le Passé), la seconde Verdandi [te Présent); elles créèrent Skuld [l'Avenir), la troisième, avec leur baguette. — Elles font des lois, décident de la vie et racontent au monde les arrêts du Destin. »
que Shakespeare a composé les personnages des Trois sorcières de Macbeth ^
Dans leur conception primitive de déesses fatales ou plutôt fatidiques, les fées sont chastes et d'aspect austère; elles prennent souvent aussi les traits d'une vieille femme. Mais, comme d'autres fois on les représente parées de tous les dons de la beauté et mêlées à la vie des mortels, il leur était difficile de ne pas inspirer l'amour : de là à le ressentir il n'y a qu'un pas ; elles le franchissent et deviennent de tous points assimilables aux nymphes, avec toutefois plus de retenue que Galypso, qui aima successivement le père et le fils. Cependant elles conservent en général leur caractère grave et chaste primitif.
Leur pays de prédilection dans les romans de chevalerie, c'est l'Ile d'Avalon ! Les fées disposent à leur gré des éléments ; elles ont hérité du pouvoir magique attribué par la superstition aux druidesses celtiques, dont elles sont les descendantes directes; elles deviennent alors des reines de magie, et les pratiques de la sorcellerie leur sont familières. Par ce côté, elles offrent le type de l'enchanteresse Circé et peuvent à leur gré métamorphoser le plus malhonnêtement du monde leurs ennemis en toutes sortes d'animaux : en cochons, comme les compagnons d'Ulysse ; en âne, comme le Lucius d'Apulée.
Les fées persanes et indiennes réunissent également ces caractères et lorsque les rapports entre les Sarrasins et l'Europe chevaleresque font pénétrer chez nous la littérature de l'Inde, nos fées ont sous le rapport de la puissance peu de chose à envier à leurs gracieuses sœurs de l'Orient ; cependant celles-ci se dépouillent à leur profit de tous les charmes et de tous les attributs dont nous les trouvons ornées dans les Mille et une Nuits.
1. Voy. 11= vol., p. 18, Mythulogy of Ihe Aryan Nation, par Cox, la dissertation sur ce sujet.
Scandinaves
Les Editas
et k's Sagas
En Angleterre, les fées des croyances populaires prennent les attributions des Elfes de l'air, de la terre et des eaux. C'est le type de ces lutins, illustré par les plus grands poètes de l'Angleterre, qui fournit le fond des traditions populaires de ce pays. Il a été introduit par les Saxons, les Pietés et les Danois, conquérants de races germanique et Scandinave, la mjihologie germanique procédant d'ailleurs de la mythologie Scandinave, il nous suffira de parler de celle-ci. scaides Les hauts faits des héros de l'ancienne Scandinavie,
leurs traditions historiques et religieuses étaient conservés par les Scaldes Scandinaves qui les récitaient, en s'accompagnant de la harpe, devant les foules assemblées pour les entendre *. Dans toutes les nations de l'antiquité, c'était ainsi que se conservait et se transmettait la poésie ; dans l'Inde, les brahmanes déclamaient devant les fidèles les hymnes des Védas et leurs grands poëmes ; en Grèce, c'étaient les rhapsodes ; nous leur devons r Odyssée et V Iliade; en France, ce furent les troubadours et les trouvères; et dans les pays celtiques, les bardes étaient l'ornement obligé de toutes les fêtes populaires.
Quelques-unes des poésies des Scaldes, datant des temps les plus reculés, ont été recueillies dans les Eddas (chants de l'aïeule) et dans les Sagas ou poëmes écrits en diverses langues : islandais, vieux danois, dialectes norrains, haut et bas allemand et latin. Les Sagas les plus célèbres sont : \" la Vœlsunga Saga, appelée aussi Saga de Sigurd; c'est le poëme légendaire des Yœlsungs et des Niflungs '\ Elle sert d'introduction à la Saga de Regnard Lodbrog; 2° la Saga de Thidrik de Berne, qui est un mélange de tradilions
1. Voy. sur les Scaldes la disscrLiUon « sur l'Origiiifr de la fiolioii romantique en Europe» qui pri-rctie t Histoire de la poésie anglaise de Warlon.
i. La légende entière de Vœlsungs et des Mflungs éparses dans les Eddas, dans les Sagas des Vœisung et de Thidrik et autres a été reproduite et étudiée avec une grande science par M. Beauvais (Histoire légendaire des Francs et des Burgondes.)
allemandes et Scandinaves; S'' le poëme anglo-saxon de Beowulf au vin® siècle. Les deux premières Sagas contiennent une partie des épisodes des deux célèbres poèmes allemands ou néerlandais des Nifhings, ou Niebelungen, intitulés : « le Chant ou la Détresse des Niebelungen » et « la Complainte ». Ce dernier poëme est le plus ancien des deux ; il date du milieu du xni'' siècle. Quant aux Eddas^, elles sont au nombre de deux : la première est en vers, la seconde en prose. Celle en vers, qu'on appelle Edda de Sœmund le Savant, est du xi'^ siècle; celle en prose est postérieure de deux siècles à celle de Sœmund; elle est due à Snorroe Sturleson. Le manuscrit principal de l'ancienne Edda est conservé à Copenhague et s'appelle Codex rc(j/us, ou Edda royale. Malheureusement il y a une grande lacune que permet toutefois de combler dans une faible mesure la Vœlsunga Saga. Les Sagas '^ relatives aux divinités secondaires nous apprennent, et la croyance s'en retrouve dans tous les pays Scandinaves, que, semblables aux Titans de la Fable et aux démons du christianisme, les divinités ont été chassées du Walhalla et condamnées à habiter la terre. Après le christianisme, la fable se modifia de diverses façons, et nous verrons dans maintes légendes anglaises ces esprits prétendre qu'ils avaient été jadis des anges entraînés par Satan dans sa révolte. Ils ne cessent pas d'ailleurs de croire à leur rédemption et poussent des cris lamentables et des gémissements si quelque enfant espiègle les menace de la damnation éternelle.
Les divinités secondaires de la mythologie scandi- Eifes,:»aia3. nave se divisent en Elfes ^ et en Nains (Duergars, Dua-
1. Les Eddas ont été traduites en français par M. Léouzon Le Duc, ainsi que par M"« du Puget.