DE TROIS PÉCHÉS LE MOINDRE
KEQCEDT. - ibUJIM.]
II y avait une fois un très-saint moine et le diable le tourmentait jour et nuit aiin de le forcer à commettre un péché. Le Malin, malgré ses obsessions, ne parvenait pas à faire tomber dans ses pièges le pauvre homme ; cependant il ne se lassait pas de lui envoyer toutes sortes de mauvaises pensées. A la lin, le diable dit au moine : «Je vous propose un marché tout à votre avantage. Consentez à commettre un seul péché mortel et je vous laisserai tranquille toute la vie. Choisissez : vous enivrer, tuer quelqu'un, ou prendre des libertés avec la femme de votre voisin. — Ma foi, dit le saint homme, pour avoir la paix je m'enivrerai. C'est encore le moindre des trois péchés, et après l'avoir commis je m'en repentirai et ferai pénitence ; ce ne sera rien à côté des tourments que le diable me fait endurer en m'envoyant des tentations. » Le soir venu, le saint moine prit donc de l'eau-de-vie, du sucre, de l'eau chaude et se donna du bon temps ; il commença à se complaire dans de mauvaises pensées que, dans toute autre circonstance, il eût avec l'aide de Dieu repoussées bien loin de lui. A ce moment, la femme du voisin entra, je ne sais plus pourquoi. Notre pauvre moine, excité par la boisson, lui jeta les bras autour du cou et l'embrassa. Aux cris que poussa sa femme, le mari accourut et terrassa l'ivrogne. Le diable, je suppose donna des forces au moine, car il saisit les pincettes et en assena au mari un coup si violent qu'il l'étendit raide mort.
C'est ainsi que le pauvre moine, en ne voulant commettre qu'un seul péché mortel, en commit trois.