‹ Contes populaires de la GrandeBretagneChapitre 22 sur 127 · CONTE VIII · texte numérisé non relu

CONTE VIII

JOCK ET SES PIPEAUX (légèrement abrégé;.

CHAMBERS. — (Fifi.)

Il y avait un garçon nommé Jock, qui dit un jour à sa mère : « Mère, je vais aller chercher fortune. » Et sa mère lui répondit : « Très-bien, mon garçon, prends le crible et le plat fendu, et va au puits me chercher de l'eau pour que je te cuise un bannock. Et ton bannock sera d'autant plus gros que tu rapporteras plus d'eau. » Jock alla au puits et vit un petit oiseau perché sur la margelle, qui lui dit : « Bouche ton crible avec de la boue et tu emporteras de l'eau. » Jock lui répondit : « Sale créature, crois-tu que je vais t'obéir? * Et l'eau s'écoula et il n'en rapporta à sa mère que de quoi faire un tout petit bannock. Il partit; le petit oiseau vint à lui et lui dit : « Donne-moi un morceau de gâteau et je te ferai cadeau d'une plume de mes ailes pour te faire un pipeau » Jock lui répondit : « C'est ta faute si j'ai un gâteau aussi petit. Va-t'en ! » Le petit oiseau s'envola et Jock arriva à la maison d'un roi et se proposa comme serviteur. On lui demanda ce qu'il savait faire ; il répondit : « Je sais balayer la maison, enlever les cendres, laver les plats et garder les vaches. — Peux-tu garder les lièvres? — Je n'en sais rien, mais j'essaierai. » On lui dit que s'il pouvait garder les lièvres et les ramener le soir, il épouserait la fille du roi, sinon qu'il serait pendu. Alors il partit le matin avec vingt-quatre lièvres, plus un autre qu'était boiteux. Et ayant une faim terrible parce qu'il n'avait qu'un petit bannock, il tua le lièvre boiteux, le rôtit et le mangea.

Les autres lièvres effrayés se sauvèrent. Et quand Jock

revint Je soir sans ses lièvres, le roi fut très en colère et le fit pendre.

Or la mère de Jock avait un autre garçon, nommé aussi Joek. Il alla chercher de l'eau au puits, et quand l'oiseau lui conseilla de boucher son crible avec de la boue, il lui dit : « Tu as raison, gentil oiseau! » Et il apporta beaucoup d'eau et eut un grand bannock. Sur la route, le petit oiseau lui demanda un morceau de bannock, que Jock lui donna volontiers. Pour le remercier, l'oiseau lui dit : » Arrache une plume de mon aile pour t'en faire un pipeau. » Jock prit donc une plume et arriva chez le roi, dans la maison duquel il prit du service comme son frère. Le matin il partit avec vingt-quatre lièvres et un autre qui était boiteux. Jock jouait sur son pipeau si gentiment que les lièvres dansaient autour de lui et qu'il les ramena à la maison le soir. Et le lièvre boiteux ne pouvant marcher, Jock le prit dans ses bras et le porta. Le roi fut enchanté et lui donna sa fille, et Jock succéda ensuite au roi.

Contes similaires.

Danemark. — Contes de Carit Ellar (traduction Thorpe) : les Tentations.

Norwége. — Contes d'Abjôrsen : le Pipeau d'Osborne.

Russie. — Recueil Ralston : Maria Morewna. L'un des épisodes de ce conte rappelle celui où Jock est chargé de garder les lièvres et de les ramener au roi. Au lieu de lièvres, ce sont des chevaux. Le mythe solaire y est le même; les animaux symbolisent dans les deux contes les heures du jour.

Reginald Scot (Discovery of Witchcraft, p. 183), cite comme l'ayant entendu dans son enfance, l'histoire du Corbeau qui conseille à une fille de boucher le crible avec de la boue pour porter de l'eau à sa mère. — Le gâteau doit être d'autant plus gros que l'enfant aura pu apporter une plus grande quantité d'eau. — Nous retrouverons dans maints contes qui vont suivre cet épisode plus ou moins altéré et qui appartient au fonds populaire.

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