CONTE XXX
' LES QUESTIONS DU FAIRY (Abrégée).
STEWART. — (HlGHLANDS.)
Un pasteur regagnait sa demeure après avoir visité un malade. Son chemin côtoyait un lac, et tout en marchant il fut surpris d'entendre des accents mélodieux. Il s'assit pour écouter. La musique semblait venir du lac. Bientôt, il discerna un homme qui marchait sur l'eau, accompagné de plusieurs petits êtres portant les uns des lumières, les autres des instruments de musique. Parvenu sur la rive, l'homme congédia ses compagnons et, se dirigeant vers le ministre, le salua courtoisement. C'était un petit vieillard à barbe grise habillé singulièrement. Le ministre lui ayant rendu son salut le pria de s'asseoir près de lui et lui demanda qui il était. L'inconnu lui répondit qu'il était un homme de paix; il ajouta qu'après la révolte de Satan, lui et ses compagnons avaient été jetés sur notre globe pour errer par les mers et les montagnes jusqu'au jour du jugement et qu'il le priait de lui dire quel serait leur sort après ce terrible jour. Le ministre l'interrogea alors sur les articles de foi, et comme en répétant la prière de Notre Père, il persistait à dire : était, au lieu de : êtes aux deux, le ministre ne put lui donner aucune espérance de salut. Le Fairy, à ces mots, poussa un cri de désespoir et se jeta dans le lac. Quant au ministre, il poursuivit sa route.
I. Los paysans bretons assurent que les Korrigans sont de grandes princesses qui. n'u>ani p«* voulu embrasser le christianisme quand les apôtres vinrent en Armorique. Curent maudites de Dieu. ILa Villemarqué, Barzat Brtis. Introduction.)
Lorsque les esprits forts font les sceptiques, les vieilles commères racontent des légendes qui maintiennent les enfants dans le respect envers les Fairies. Ainsi, dans le comté de Limerick (Irlande), on rapporte1 qu'un jeune gars se moquait un jour des Fairies qui habitaient au fond du précipice de Knockfierna ; voulant, disait-il, frapper à la porte de leur château et savoir s'ils étaient chez eux, il saisit une grosse pierre et la lança dans l'abîme. La pierre bondit avec fracas de rocher en rocher et le jeune gars pencha la tête au-dessus du précipice pour entendre le bruit qu'elle ferait quand elle atteindrait le fond. Tout à coup, la pierre remonta avec autant de force qu'elle avait été lancée, et frappant le téméraire au front, elle le fit rouler au bas de la montagne.
Malgré ce récit et bien d'autres qui portent des témoignages tout aussi irrécusables de la puissance des Fairies, les commères auront beau hocher sentencieusement la tête aux fanfaronnades des jeunes incrédules, les Fairies s'en vont ! C'est cette idée qu'expriment avec beaucoup de finesse les habitants de la vieille Cornouailles quand ils disent que jadis les Fairies avaient une grande taille, mais qu'ils deviennent plus petits* de jour en jour.
L'anecdote suivante sur un incrédule est rapportée dans le curieux livre édité récemment sous le titre de Fainj Taies illu&trating Shakespeare. Un fermier louait une grange qui passait pour être hantée par les Fairies et payait pour le loyer une rente tous les six mois. Un gentleman lui demanda un jour comment il osait habiter cette maison et si les esprits ne le tourmentaient pas. « En vérité, répondit le fermier, il y a deux saints du paradis qui me tracassent plus que tous les diables de l'enfer, ce sont la Vierge Marie et l'archange saint Michel, car c'est le jour de leurs fêtes que je suis forcé de payer ma redevance. »