LA PETITE FILLE FOUETTÉE
WALDRON . - (Ils db Man.)
Une fille d'environ dix ans, dont la mère demeurait à deux milles de Ballasalli, dans l'île de Man, traversait un jour la campagne pour aller chercher à la ville un sou de tabac à son père. Arrivée sur le haut d'une montagne, elle fut entourée par un grand nombre de petits hommes qui refusèrent de la laisser passer. Quelques-uns d'entre eux voulurent l'emmener avec eux et se saisirent d'elle ; cependant, l'un de ces petits êtres, plus humain que ses compagnons, prit bravement la défense de l'enfant. Une querelle s'ensuivit et ils se battirent entre eux. Pendant la lutte, les autres, furieux de ce contre temps, voulurent se venger sur la pauvre petite ; deux ou trois s'en emparèrent, lui relevèrent les jupes et la fouettèrent tant qu'ils purent. Leur pouvoir sur l'enfant cessa de ce moment à ce qu'il paraît. Aussitôt elle se sauva à toutes jambes jusque chez ses parents; elle raconta alors à sa mère ce qui lui était arrivé et lui montra les marques de plusieurs petites mains. Quelques-uns des villageois retournèrent à la montagne avec la petite fille, qui les mena à l'endroit où la scène avait eu lieu. Les petits êtres avaient disparu, mais ils avaient laissé des preuves de ce qu'avait raconté l'enfant, car les pierres portaient encore des traces de sang.
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LÉGENDE DE KNXhIKGRAFTuN < Abrégée).
1] y avait jaiis un pauvre bossu nommé Lusmore (Digitale), qui demeurait dans la ferule * allée d'Aberlow. Un soir qu'il revenait de la vLk- tuisioe, en marchant lentement à cause de sa b;»sse, la umt le surprit près du vieux fossé de Knockgraftoo. Fatigué, il s'assit sur le bord du fossé et regarda tristement la lune qui montait à l'horizon. Soudain, des accents sauvages d'une mélodie surnaturelle frappèrent son oreille. C'était comme le son de voix nombreuses qui se mêlaient et se fondaient de façon si étrange qu'elles semblaient ne faire qu'une. Les parvle> du chant élaient : « Lundi ! mardi ! lundi ! mardi ! » puis il y avait un silence et la mélodie reprenait de nouveau.
Lusmore écoutait attentivement, retenant sa respiration, de peur de perdre une note. A la fin, il commença à se lasser d'entendre toujours les mêmes paroles, et, profitant d'un silence, quand : « Lundi î mardi ! * eut été répété trois fois, il reprit l'air et ajouta : « Et mercredi ! » Ensuite, lorsque les voix dans le fond du fo»é recommencèrent : « Lundi ! mardi ! » il acheva la mélodie eu ajoutant encore : « Et mercredi ! »
Les Fairies furent si enchantés de cette addition qu'ils entraînèrent Lusmore au milieu d'eux avec la rapidité d'un tourbillon. Ils lui firent le meilleur accueil, lui disant qu'il était le premier musicien du monde. Puis, après s'être consultés, l'un d'eux s'approcha de Lusmore et lui dit :
— Lusmore ! Lusmore ! bannis à jamais le chagrin, car la lx>sse qui était sur tou dos n'y est plus ! Regarde par terre, la voici !
A peine ces mots étaient-ils prononcés que le pauvre petit Lusmore se sentit si heureux et si léger qu'il lui sembla que
d'un saut il eût pu s'élancer jusqu'à la lune. Il jeta les yeux autour de lui et la nature lui parut plus belle que jamais, puis, ébloui de tant de splendeurs, il laissa tomber sa tête et s'endormit. Quand il s'éveilla, il était grand jour, le soleil brillait, les oiseaux chantaient. Son premier mouvement, après avoir dit ses prières, fut de passer la main sur son dos et, n'y retrouvant plus sa bosse, il éprouva un sentiment de joyeuse fierté ; il s'aperçut aussi qu'il avait des habits tout neufs dont les Fairies l'avaient revêtu.
La nouvelle se répandit rapidement dans le pays, et à plusieurs milles à la ronde, grands et petits, chacun ne parlait plus que de cet événement extraordinaire.
Un matin que Lusmore était assis à sa porte, une vieille s'approcha de lui et lui conta qu'elle avait un fils tout contrefait. Elle pria Lusmore de lui révéler le charme qu'il avait employé pour se débarrasser de sa bosse. Lusmore, qui avait bon cœur, fit le récit de son aventure sans omettre aucun détail. La vieille le remercia et s'en alla bien contente. De retour chez elle, elle prit une charrette et aussitôt que la nuit tomba, elle conduisit son petit bossu de fils au fossé de Knock Graflton.
Jack, c'était le nom du petit bossu, n'était pas assis depuis longtemps qu'il entendit au fond des fossés les Fairies qui chantaient : « Lundi ! mardi! mercredi ! » sans jamais s'arrêter. Jack, qui était pressé de se débarrasser de sa bosse, n'attendit pas que les Fairies eussent fini, et quand ils curent répété sept fois de suite leur chant, sans s'inquiéter de la mesure, il se mit à crier : « Mercredi et jeudi! » pensant que puisqu'un jour était bon, deux vaudraient mieux encore.
Les paroles n'eurent pas plutôt passé ses lèvres qu'il se sentit entraîné au fond du fossé par une force prodigieuse. Les Fairies furieux tourbillonnèrent autour de lui en criant : « Pourquoi as-tu troublé nos chants? » Puis l'un d'eux se planta devant Jack et lui dit :
— Jack ! Jack ! tes paroles sont tombées si mal à propos dans l'air que nous chantions, <jue pour te châtier, voilà deux bosses pour toi !
Et vingt des Faines ks plu* vigoureux prirent la bosse de Lus-more et l'attachèrent sur la bosse de Jack, puis à coups de pieds ils le chassèrent de leur retraite. <>uand la mère de Jack remit le lendemain, elle trouva sod malheureux a nj'jiiUé mort au bord du fossé, avec deux bosses sur le dus!
Cette histoire, qui pourrait avoir pour morale : « Ne for* (•ou* po.Dt notre talent, — nous ne ferions rien avec grâce », n'est pas spéciale à l'Angleterre. — La tradition en est répandue dans la CornouailJes française et I evèché de Vannes. Ém. Souvestre, qui l'y a retrouvée, en a fait le sujet d'un de ses plus jolis récits du Foyer breton : les Korils de Plaudea. — La Villemarqué la relate aussi dans Barzaz-Brt\i, mais d une façon assez différente. Les Veillées de l Armor, par du Laurens, en donnent une version sous le titre : les Korrigans de Tréhorrankenck. Enfin, elle est également racontée en Espagne et en Allemagne (Grimm : les Présents des gnomes).
Il n est pas donné à tout le monde de voir les Fairies. La croyance générale réserve cette faculté aux enfants nés le dimanche. Cependant, celui qui a été assez favorisé du hasard pour avoir en sa possession, soit un trèfle à quatre feuilles, soit de la semence de fougère, peut non-seulement voir les Fairies, mais il est encore invisible pour eux. La tradition relative à la semence de fougère est universellement répandue1, et pendant le moyen âge, au temps où tlorissait là sorcellerie, on lui attribuait le pouvoir de résister à tous les charmes magiques. Les vertus de l'Herbe d'or, en Bretagne, sont semblables*; celui qui la touche de son pied
1. K- Souvoitro, Foyer breton. Conte do Jean le Rougo-Gurge. S. Voy. sur les vertus de la semence do fougt-ro : Butacmb. — Chatuont populaires de Luiel : Jeanne la Sorcière. Piiit RL4VBS. — Conte* de Chodtko : ohnivak, ou l'Oiseau du Feu. "* 'npeare fait dire, dans Henri l V, à un de ses personnages : « Nous avons cueilli la - -*9 fougère ; dès lors nous sommes invisibles. >
entend aussitôt et distinctement le gazouillement des oiseaux. Le point difficile, il est vrai, est de se procurer ces merveilleuses herbes ; Fépoque la plus propice pour la chercher est, à ce qu'il parait, la nuit de la Saint-Jean ; mais il faut être pieds nus, en chemise et se trouver en état de grâce. « Je me souviens, ditBovet1, d'avoir entendu raconter par quelqu'un (|ui avait récolté de la semence de fougère que, pendant tout le temps de ses recherches, les esprits frôlaient continuellement ses oreilles et sifflaient comme des balles, lui renversant son chapeau et le heurtant par tout le corps; à la fin, quand il crut avoir récolté en quantité suffisante la bienheureuse semence, il ouvrit sa boite et la trouva vide ! Le diable évidemment lui avait joué ce tour. »
COÎNTE XXXV.
LE TRÈFLE A QUATRE FEUILLES (Très-Abrégé).
R. HUNT. — (Cobhouaillbs.)
Il n'y a pas longtemps, un fermier qui vivait à Bosfrancon possédait une belle vache rousse et blanche qu'il appelait Daisy (Pâquerette). La vache était si grasse, que ses fanons et ses pis balayaient l'herbe; mais, bien qu'elle eût du lait à remplir un seau, elle ne se laissait pas traire plus d'un galion. Soudain, au moment où le lait coulait à flots, Daisy poussait un doux mugissement, dressait les oreilles, et le lait s'arrêtait. Si la vachère persistait à la traire, la vache donnait des coups de pied, renversait le seau, puis, sans cesser de ruminer, redevenait à l'instant aussi tranquille qu'un tronc d'arbre. On aurait dit vraiment que la vache était ensorcelée. Cependant elle ne cessait d'être grasse et donnait toujours autant de lait toute Tannée durant ; en outre, chaque chose prospérait chez le fermier, et les autres vaches