I. Bovct, Pandœtnonium, i\* Relation, p
de son établc avaient plus de lait qu'aucune de celles du voisin.
Un soir d'été, la fille vint traire les bêtes plus tard que de coutume ; les étoiles commençaient à scintiller quand elle termina sa tâche. Daisy était justement la dernière qui restait à traire, et le seau était si plein que la fille pouvait à peine l'élever jusqu'à sa tête. Avant de se relever, la fille prit une poignée d'herbes et de trèfles et les disposa en guise de coussinet afin de porter son fardeau plus commodément. Mais le trèfle n'eut pas plutôt touché sa tète qu'elle distingua des centaines et des milliers de Petites gens, s'empressant de tous côtés autour de la vache, plongeant les mains dans le lait, et le retirant avec des fleurs de trèfles (ju'ils suçaient avec délices. L'herbe et les fleurs de trèile> montaient jusqu'au ventre de la vache; des centaines de petiles créatures couraient le long des herbes en tenant des boutons d'or, des volubilis, des fleurs de digitale pour recueillir le lait que Daisy laissait couler comme une pluie de ses quatre pis à la fois. Juste au-dessous des pis de la vache, la fille vit un lutin plus graud que les autres et qui, pour mieux se régaler s'était couché sur le dos et, appuyant les talons sur le ventre du bel animal, tenait à pleines mains un des pis qu'il tetait avidement. File le reconnut jx)ur un Piskie parce que, lorsqu'il riait, sa bouche allait d'une oreille à l'autre. Les petits montaient et descendaient le long des jambes de Daisy, emplissant leurs coupes qu'ils vidaient dans la bouche du Piskie. Des centaines d'autres étaient montés sur le dos de la vache, sur ses flancs, autour de ses cornes et derrière ses oreilles.
La vachère ne fut pas effrayée de ce spectacle, parce qu'ayant entendu parler des Fairies, elle n'était pas fâchée d'avoir l'occasion de les voir. Elle serait même restée volontiers des heures à les voir folâtrer sur les trèfles, qu'ils ne courbaient guère plus que ne l'auraient fait des gouttes de rosée.
Trouvant que sa servante était bien longtemps absente, la maîtresse vint voir ce que cela voulait dire. Quand celle-ci
lui eut raconté ce dont elle avait été témoin, la maîtresse s'écria qu'elle devait avoir sur la tète un trèfle à quatre feuilles. Elle devinait juste. La maîtresse chercha ensuite le moyen de se débarrasser des Fairies, afin de profiter de tout le lait de Daisy. Elle ordonna donc à sa servante de frotter le pis de la vache avec de la saumure de poisson, ce qui est un moyen infaillible de chasser les Fairies1. Mais de ce jour, le lait diminua, et bientôt Daisy devint si maigre qu'on eût pu voir la lumière à travers ses flancs. Tous les soirs, quand les étoiles commençaient à briller, Daisy s'en allait à travers champs, mugissant et pleurant comme si elle avait perdu son veau. Elle devint tellement étique qu'on fut obligé de la vendre à la foire. Depuis lors, la ferme cessa de prospérer.
Les personnes qui, par une circonstance quelconque, ont été admises dans la compagnie des Fairies et qui ont eu la bonne fortune de se tirer de leurs mains racontent les magnificences de leurs demeures et la beauté de leurs festins.