Voy. Huon de Dordeaiur, publié par Gues»ard
2. Voy. dans Taine {Histoire de la littérature anglaise, vol. II. page 62), lappréution du Berger atlristé, Sud Shepherd, de Ben-Jonson.
3. Voy. les savantes notes de Thomas Thyrrwhitt dans son édition de Chaucer et la Dissertation sur les Gesta Homanorum ; Warton, Histoire de la poésie anglaise, !•» volume.
avant que Shakespeare composât le Songe d'une nuit d'étét que Spenser écrivit son poPme intitulé la Reine de Féerie, dédié à la reine Elisabeth. Spenser, dans ce poPme remarquable, mais un peu long1 (il compte 35,000 vers) compose une mythologie féerique de pure fantaisie et presque sans rapport avec les croyances populaires. Le premier livre est intitulé : Légende de l'enlèvement du chevalier à la Croix-Rouge ou de sainteté ; c'est un souvenir des changeling, c'est-à-dire de ces substitutions faites par les Fairies de leur propre enfant à celui d'une paysanne. Tel est à peu près le seul emprunt qu'ait fait Spenser à la féerie populaire. — Le reste de l'ouvrage est d'ailleurs rempli d'allusions se rapportant aux traditions plus ou moins historiques des cycles de C^arlemagne et d'Arthur avec force enchanteurs, géants et autres accessoires des romans de chevalerie. Quant au titre de Fairy Queea (Reine de Féerie), il a été vraisemblablement suggéré à Spenser par le titre donné par Ghaucer à la maîtresse de sir Thopas, dont le type rappelle un peu celui de Don Quichotte.
Mais c'est dans les comédies de Shakespeare que la mythologie féerique du peuple apparaît réellement pour la première fois dans toute sa fraîcheur et tout son éclat. Le type choisi par l'illustre poftte parmi les croyances populaires qui avaient entouré son berceau est celui de ces gentils lutins venus de la Scandinavie et qui, sous le nom d'Elfes, défraient tant de contes anglais. Dès que le soleil a disparu derrière les collines, ces gracieux nains s'assemblent dans les bruyères, sur les gazons fleuris, ou sous le vert branchage d'un frêne, et là, à la clarté de la lune qui sourit à leurs
1 . Il se compose de six livres comprenant chacun douze chants. Chaque livre porte le nom d une des vertus morales : la Sainteté, la Tempérance, la Charité, etc. Dans le sixième livre, ou de courtoisie, se trouve un épisode inspiré par la tradition irlandaise qui fait descendre d un ours la famille des Mac-Mahon. jadis nommée Fit! Ursulas.
ébats, ils se livrent à la musique et à la danse jusqu'au chant du coq ou aux premières lueurs de l'aube naissante.
Les Elfes champêtres vivent en monarchie, les nains des grottes et des cavernes eu république. Shakespeare, ne s'étant occupé que des premiers, leur donne pour souverains, dans le Songe d'une nuit d'été, Obéron et Titania, et comme, selon la coutume, il fallait aux rois un bouffon, il place à côté d'eux l'espiègle Puck. Obéron, nous l'avons dit, est le héros de la légende bretonne de Ifuon de Bordeaujr; il rappelle à la fois le Korrigan des landes de la Bretagne, le nain Elbérick de la légende allemande de l'Empereur Omit, par Wolfram de Eschembach, et le célèbre nain Albérich des Niebulengen Shakespeare le transporte à son tour parmi les Elfes anglais. Pour la belle Titania, elle est, comme Phœbé, si elle n'est pas Phœbé elle-même5', la personnification de la lumière argentée de la lune ; et les Elfes ses sujets en sont les doux rayons. Puck, dont le nom, avec des acceptions très-diverses (comme nous le verrons dans maintes légendes, de ce livre) est choisi par Shakespeare pour représenter le démon familier à la fois malicieux et bienveillant qui, sous le nom de Robin-Bon-Enfant, Good Fcllow), de Goblin et Hob (ioblin en Angleterre, de Brownie en Ecosse, de (ioubelin en Normandie, de Siss en Suède, de Kobold en Allemagne, est le génie du foyer domestique.
« N'êtes- vous pas, dit une fée (Songe (fune nuit d'été) celui qui effraie les filles du village, celui qui écréme le lait, celui qui égare les voyageurs nocturnes en riant de leurs mésaventures? Ceux
1. (. ri m m les assimile: 1 Allemand AlbJrùh, c'est le Français Alberon, Aubéron ou Obéron ; l'étymologie et la tradition sont ici d'accord. La seule différence et dans le sullue, différence purement formelle.
i. Dans Ovide, Dlane-Phœbé est appelé Titania :
Accessit, positoqne genu Titania terrain Pressit. etc. [MéiamorphoH*, liv. VI.)
qui vous appellent Hob Goblin et gentil Puck, vous laites leur ouvrage et Jeur portez bonheur!..» Puck lui répond : « Tu as trouvé juste, j'amuse Obéron et je le fais sourire lorsque je trompe quelque cheval bien nourri de fèves en imitant le hennissement d'une pouliche en rut. Parfois je me blottis dans la coupe d'une commère sous la forme d'une pomme cuite, je fais paf contre ses lèvres et je répands la bière sur sa gorge parcheminée1. »
Avant Shakespeare, Spenser, en son Epithalamium, avait déjà mentionné Puck :
« Ne nous laissons pas effrayer de choses qui n'existent pas, ni par Pouke, ni par un autre fantôme ni par les Hob Goblins, appellations dont le sens est incompréhensible. »
Tilania, dans Roméo et Juliette, est remplacée par la reine Mab. Ben-Jonson, dans le divertissement du Satyre, qu'il composa en l'honneur de la reine Anne, femme de Jacques Ier, fit souhaiter la bienvenue à la reine par Mab et sa cour, composée de satyres et de fées*. Mab n'est point cependant comme Titania la reine des Elfes, mais elle personnifie les esprits des songes et les rêves agréables ; elle se présente alors dans un équipage dont l'adorable description est connue de tous : « Mercutio. — Allons, je le vois, la reine » Mab vous a rendu visite cette nuit. Elle est l'ac- » coucheuse des fées; et elle vient, pas plus grosse