CONTE XLIV
LA FEMME RECONNUE (Abrégée).
STEWART. - (HlGHLAHDS.)
Il y avait jadis un homme courageux du nom de John Roy qui demeurait à Glenbrown. Une nuit qu'il traversait la colline à la recherche de ses bêtes, il vint à tomber dans une troupe de Fairies. A leur conversation, John comprit qu'ils venaient de commettre quelque larcin. Se souvenant du vieux et fidèle dicton que les Fairies sont obligés de vous donner ce qu'ils tiennent contre ce qu'on leur propose, John Roy leur jeta son bonnet en criant : « Je vous donne ce que j'ai ; donnez- moi ce que vous avez ! » Les Fairies furent bien obligés de céder leur butin. Or, ce .n'était ni plus ni moins qu'une belle dame, et une Sassenach (Anglaise) s'il vous plaît ! John Roy la mena avec grande humanité chez lui et la traita avec beaucoup d'égards plusieurs années ; elle en étaitarrivée à être considérée comme de la famille. Un jour des soldats et des officiers anglais envoyés pour tracer des routes dans les Highlands passèrent à Glenbrown. John Roy, oubliant la haine nationale contre les « habits rouges » quand on faisait * appel à sa générosité, accueillit sous son toit un capitaine saxon et son fils. Ceux-ci, dès qu'ils furent entrés, ne cessaient de regarder la dame anglaise ; le fils tomba dans une émotion silencieuse. Le capitaine lui demanda la cause de sa méditation profonde. « Père, répondit le jeune homme, je songe en voyant la dame qui est devant nous, aux jours écoulés et à ma bien-aimée mère qui n'est plus. — Il est vrai, mon fils, que la ressemblance est frappante ; jamais deux jumelles n'ont été aussi semblables. Je dirais même que c'est ma femme chérie ; » et parlant ainsi, il prononça son nom et celui de quelques-uns de leurs parents.— En s'entendent appeler par son nom, la dame anglaise s'approcha et reconnut son
mari et iil>. Elle se jeta dans leurs bras, et le mari fut bien heureux de retrouver après tant d'années une femme qu'il croyait a jamais perdue. Pour récompenser John Roy d'avoir réuni d'aussi fidèles époux, on lui donna... le plaisir de voir le bonheur dont il était la cause.