‹ Contes populaires de la GrandeBretagneChapitre 66 sur 127 · CONTE XLVI · texte numérisé non relu

CONTE XLVI

LE BOGGART1

KEIGHTLEY. - (Yomshirb.)

Dans la demeure d'un honnête fermier, un Boggart avait pris son séjour. Il tourmentait tout le monde et surtout les enfants de diverses façons. Tantôt il leur arrachait leurs tartines de beurre, ou bien une main invisible renversait leur soupe au lait ; d'autres fois il tirait les rideaux de leurs lits en avant et en arrière, ou encore il pressait leurs poitrines et leur causait des suffocations. Souvent les parents, aux cris de leurs enfants, étaient forcés d'accourir. Or il y avait une espèce de cabinet formé par une séparation en bois donnant sur l'escalier de la cuisine; en retirant un gros nœud d'une des planches, on avait laissé une ouverture. Le plus jeune garçon du fermier y ayant fixé sa corne à souliers avec laquelle il s'amusait, elle lui fut rejetée aussitôt sur la tête. A la fin, le Boggart devint si insupportable, que le fermier et sa femme résolurent d'abandonner la maison. Le projet fut mis à exécution et le fermier et sa famille suivaient leur dernière voiture de meubles, quand un voisin s'approcha et leur dit :

— Eh! voisin, vous quittez donc la vieille maison?

— J'y suis bien forcé, mon garçon ; ce damné Boggart nous tourmente tellement que nous n'avons de repos ni jour ni nuit. Il joue tant de tours aux enfants que ma pauvre femme en meurt rien que d'y penser; nous sommes donc obligés de nous en aller.

A peine avait-il prononcé ces mots que du fond d'une baratte sortit une voix qui s'écria :

— Ah ! tu fuis à ce que je vois ?

— Sois damné ! s'écria le pauvre fermier, si j'avais su que tu étais ici, je n'aurais pas touché à un clou.

l. Voy. la jolie version donnée par Henri Heine, dt l AlUmugi*.

Puis se tournant vers sa femme, il ajouta : « Mieux vaut retourner dans notre vieille demeure que de subir les mêmes tourments dans une nouvelle» qui ne la vaudra pas! »

Dans les pays limitrophes de la frontière d'Écosse existe un esprit analogue au Barguest et à Robin Bon Enfant. Il demeure dans l'eau, et comme l'indique son nom de Shelly- Coat, il est vêtu de coquilles. Lorsqu'il s'approche, on le reconnaît au bruit que font les coquilles en se heurtant les uues contre les autres. Il est espiègle plutôt que méchant. W. Scott, dans ses Minstrelsy, cite une jolie ballade de Jamieson sur le Shelly-Coat. Le Brownie écossais qui, en Allemagne est représenté par le Kobold, en Suède par le Nisse1, est le véritable ami de la maison. Il est bon, serviable, désintéressé, et pourvu que les servantes aient bien soin du ménage, que tout soit bien propre et bien tenu, pourvu aussi qu'on laisse à son intention sur le dressoir la soupe à la farine dont il est friand, on n'a que de bons offices à attendre de lui. 11 y a même des Brownies encore plus obligeants; ainsi Reginald Scot (Discovenj of Witcraft), nous parle d'une espèce de Brownie qu'il nomme Luridan et qui habite les Orcades. Ce Luridan faisait l'office de valet et de servante : il balayait les chambres, lavait les assiettes et préparait les feux avant qu'on fût levé. Il faut avouer que les habitants des Orcades étaient alors d'heureuses gens ! Un autre Brownie dont W. Scott (Mimtrelsy) cite la plaisante histoire, voyant un jour que la maîtresse de la maison qu'il hantait était en mal d'enfant et que le domestique ne se pressait guère d'aller chercher la sage-femme, revêtit lui-même la livrée du paresseux valet, et montant à cheval s'en alla chez l'accoucheuse, qu'il ramena en croupe. Cela fait, il monta à la chambre du domestique, qu'il trouva en train de tirer ses bottes et lui administra une verte correction de coups de cravache.

{. Dans un conte danois de Curit Etlar (trad. Thurpe), les Voisins de Tôlier, les Trolls jouent lerdlode Brownies; les uns balaient la chambre, les autres bercent les enfants, etc.

COiNTE XLVH

LES BROWNIES (Abrégé).

STEWART. — iHighlands.)

Les deux derniers Brownies connus dans les Highlands demeuraient dans la vieille famille de Tulloch-gorm. Ils étaient mariés. Le mari était d'humeur joviale et s'amusait aux dépens des domestiques. Il aimait entre autres à jeter des mottes de terre aux passants. On le nommait Brownie- Clod. Comme il était d esprit assez simple, il était facile de le duper. C'est ainsi qu'il avait fait avec les domestiques la convention de battre autant de paille et de blé que deux hommes pendant l'hiver, à la condition qu'on lui donnerait un vieil habit et un capuchon. Pendant que les servantes se reposaient tranquillement sur la paille, le pauvre Brownie- Clod battait sans relâche. Quelque temps avant l'expiration du contrat, les gars, par pure pitié, placèrent l'habit et le capuchon sur un tas de blé dans la grange. Dès que le Brownie eut jeté les yeux sur ce cadeau, il refusa de continuer l'ouvrage, et leur dit d'un ton blessé :

Vous me donnez un habit et un capuchon !

Le pauvre Brownie ne travaillera plus pour vous!

Sa femme, au lieu d'être le jouet des servantes avec lesquelles elle travaillait, était au contraire un vrai despote. Elle était rarement en bons termes avec elles, à cause de la fidélité avec laquelle elle faisait savoir au maître et à la maîtresse quand celles-ci négligeaient leur ouvrage. Elle était excellente ménagère et elle avait le service de la table. L'adresse avec laquelle elle mettait le couvert, tout en restant invisible, faisait le bonheur des étrangers et des hôtes. Tout ce qu'on lui demandait venait se placer sur la table avec aisance et rapidité, et pour le soin et la propreté, elle n'avait pas sa pareille.

CONTE XLVIIL

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