‹ Contes populaires de la GrandeBretagneChapitre 65 sur 127 · ROBIN BON ENFANT · texte numérisé non relu

ROBIN BON ENFANT

Par l'ordre d'Obéron, le roi des revenants et des ombres, moi, l'espiègle Robin, j'arrive de la terre de Féerie pour inspecter les divertissements de la nuit. Dans tous les coins où je me glisserai, je surveillerai les joyeuses orgies, et, gai comme une abeille, je prendrai part à la fête, en riant : Ho ! ho ! ho !

Plus rapide que l'éclair, je puis voler à travers le ciel et les airs et, dans l'espace d'une minute, apercevoir tout ce qui s'accomplit au-dessous de la lune ; il n'est pas une sorcière ou une ombre qui bouge, ou un cri de : « Gare aux Goblins ! » que je ne sois là, car moi, Robin, j'épie leurs actions et les renvoie dans leurs retraites, avec mon : Ho ! ho ! ho !

Quand je fais rencontre de ces libertins qui reviennent

1. Dans l'Adroite Princesse de Perrault, Finette met aussi dans .«on lit une ligure de paille avec des boyaux pleins de sang, de sorte que le prince Bel-è-Voir, en perçant de son épée la marionnette, s'imagina avoir effectivement tué Finette. — Le conte de Sapia Lieclardia Pmiamrront), relate une supercherie analogue ; l'héroïne forme une flgurepleine de sucre, de friandises et de sirops et la couche dans son Ut. On prince entre, la perce de son épée, puis, voulant goûter le sang de sa victime, il le trouve sucré. Il se prend alors à regretter d'avoir fait périr une si douce princesse !

S. Voy. Relique* of Ancient EnglUh Peetry, par Percy. Cette chanson semble avoir été destinée à faire partie d'un divertissement.

chez eux après leurs réjouissauccs nocturnes, je les salue en contrefaisant ma voix, et me joins à eux pour les promener avec moi par les bois et les lacs, par les marais et les fourrés ; ou bien, invisible, je les accompagne afin de leur jouer quelque tour et folâtrer ! Ho ! ho ! ho !

Parfois je vais au-devant d'eux sous la figure d'un homme ; d'autres fois d'un bœuf ou d'un chien ; en cheval je puis me changer et je trotte autour d'eux, mais s'ils s'avisent de monter sur mon dos, je m'enfuis plus rapide que le vent, franchissant les haies et les terres labourées, à travers étangs et mares, et je ris tout haut : Ho ! ho ! ho !

Lorsque les gars et les jeunes filles s'égaient avec du vin et des friandises, sans être vu de la compagnie, je mange leurs gâteaux et sirote leur vin, puis, pour m'amuser, je p... et je ris ; ensuitcje souffle les lumières, et j'embrasse les filles. Elles crient : « Qui es-tu ? » Et moi je ne leur réponds que par : Ho! ho! ho!

Cependant quelquefois pour plaire aux servantes, à minuit je débrouille leur laine, et, tandis qu'elles dorment et prennent du bon temps, avec leur rouet je file leur lin. Souvent aussi, au moulin j'écrase leur drèche, ou bien je prépare leur chanvre et tourne leur filasse. Si quelqu'un s'éveille, je m'enfuis en riant : Ho! ho! ho!

Si la maison, si l'àtre n'est pas tenu proprement, je pince les servantes « noir et bleu, » je leur tire les couvertures du lit et les montre ainsi toutes nues. A moitié endormies encore, je les fais lever et les jette par terre sur les dalles glacées. Si elles crient, je m'enfuis en riant de tout cœur : Ho ! ho ! ho !

Quelqu'un a-t-il besoin d'argent, nous lui prêtons ce qu'il demande et ne prenons rien pour les intérêts, mais nous exigeons qu'on nous rende, et, si l'on tarde à nous payer, je

me glisse chez les mauvais payeurs et toutes les nuits je leur fais des peurs affreuses en leur envoyant de mauvais rêves et en les pinçant. Alors je ris : Ho ! ho ! ho !

Quand des commères fainéantes ne s'occupent qu'à chercher des mensonges et des faussetés» qu'à exciter en dessous des disputes et à se faire des méchancetés les unes aux autres, je me donne le plaisir de démasquer Jeur hypocrisie et de les dénoncer à celles à qui elles voulaient faire du mal. Alor* je m'en vais et je les laisse piailler. Ho ! ho ! ho !

Quand les gens tendent des trappes et mettent des engins au fond des trous par où les renards et les loups se glissent pour venir dans les maisons et dans les bergeries dérober canards et poules, agneaux et brebis, je remarque le piège et je m'y blottis pour faire croire qu'un animal est pris; puis quand je vois qu'on s'approche, vite je m'esquive en riant : Ho! ho! ho!

Au bord des sources et des ruisseaux, sur les prés verts, nous dansons de nuit des rondes échevelées, et au clair de la lune nous entonnons de joyeuses chansons pour distraire le roi et la reine de féerie. Dès que l'alouette commence à chanter, vite nous disparaissons. Alors nous allons voler les enfants nouveau-nés et nous laissons un lutin à sa place, puis nous nous sauvons en riant : Ho! ho! ho!

Depuis le temps de Merlin, fils de sorcière, je folâtre ainsi toutes les nuits, de ci, de là : et les mortels, à cause de mes espiègleries, m'ont nommé Robin Bon Enfant. Démons, revenants, esprits qui errent dans les nuits, sorcières et goblins, tous me connaissent ; et les vieilles femmes ont maintes fois raconté mes hauts faits. Sur ce, adieu, adieu. Ho! ho! hoî

Dans le Yorkshirc, Robin Bon Enfant est remplacé par le Boggart et le Barguest,

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