SIR GODFREY ET LE « BON VOISIN
W. SCOTT. — (Écossb.)
Un jour que sir Godfrey prenait l'air à cheval, il fut accosté près de chez lui par un petit vieillard habillé de vert et monté sur un palefroi blanc. Après de mutuelles salutations, le vieillard donna à entendre à sir Godfrey qu'il résidait sous sa demeure et qu'il avait beaucoup à souffrir de la direction d'un branchement d égoût qui débouchait directement dans l'endroit où il habitait. Sir Godfrey fut assez étonné de cette singulière plainte, mais devinant la nature de celui à qui il avait affaire, il assura au vieillard avec grande courtoisie qu'il ferait changer la direction du tuyau d'égout. Il le fit en effet. Bien des années plus tard, sir Godfrey eut le malheur de tuer dans une querelle un gentilhomme du voisinage. Il fut arrêté, jugé et condamné. L'échafaud sur lequel on devait lui couper la tète fut dressé sur la colline du château à Édimbourg; mais à peine était-il arrivé au lieu fatal, que le vieillard, monté sur son palefroi blanc, fendit la foule avec la rapidité de l'éclair. A son ordre, sir Godfrey sauta derrière lui, et le Bon voisin éperonnant son cheval disparut avec le criminel. Jamais on ne revit ni l'un ni l'autre.
i. The Fire tide Storiet of Irtland. Cette histoire donne un exemple d'un esprit familier irlandais.
M. Hendersoii nous fait connaître d'autres espèces de Brownies dans les contrées du nord de l'Angleterre. Le Killmoulis est l'esprit du moulin ; il passe pour n'avoir point de bouche, ce qui ne l'empêche pas, à ce qu'il parait, d'être très-friand de la viande de cochon, comme en témoignent ces vers :
« Approche ! approche ! mon vieux Killmoulis. Où étais-tu hier quand je tuai le cochon? Si tu étais veuu, je t'en aurais donné de quoi te remplir le ventre. »
S'il n'a pas de bouche, il a par compensation un très-grand nez ; il est d'ailleurs serviabie et affectionné ; lorsque quelque malheur vous menace, il pleure comme un enfant, et si la meunière est en mal d'enfant, il court bien vite chercher la sage-femme.
M. Henderson nous présente encore d'autres esprits familiers, mais ceux-là sont malfaisants : Red-cap, Red comb ou Bloody cap, c'est-à-dire Bonnet rouge, Peigne rouge, ou Bonnet sanglant est un esprit cruel qui demeure dans les anciens châteaux forts des frontières d'Écosse. On le dépeint sous les traits d'un petit vieillard avec de grandes dents qui avancent, des doigts maigres avec des serres comme les oiseaux de proie, de grands yeux rouges de feu, des cheveux retombant sur ses épaules, des bottes de fer, un bâton pointu à la main et un bonnet rouge sur la tête. On raconte de lui des choses effrayantes, mais il est facile de le conjurer, comme les diables dont il est évidemment le parent. Il suffit pour cela de tenir une croix ou de prononcer des paroles de la Bible. Vite, il se sauve dans une traînée de feu en laissant tomber à terre une grande dent! Je soupçonne quelques vieilles Anglaises d'en avoir ramassé.
Le Wag-at-the-Wa', qui vient ensuite, est l'esprit familier qui hante les cuisines des comtés du Nord. Il fait enrager les cuisinières. En général, il est assis dans l'àtre, ou bien il se balance au crochet de fer auquel on suspend les chaudrons. Quand il trouve plaisantes les histoires qu'on raconte autour du foyer, on l'entend rire lourdement.
Le rouet a aussi sa Fairie particulière. Elle s'appelle Ha-
betrot dans les comtés du Nord, et Whuppity en Écosse. M. Hendersou raconte au sujet d'Habetrot une très-jolie légende qui n'est qu'une version de l'histoire irlandaise donnée dans la section précédente sous le titre de : la Paresseuse et ses Tantes. Voici une troisième version, celle-ci écossaise, recueillie par Chambers (Popular Reliques of ScotfatuI).