ESPRITS DES EAUX
Cheval, Taureau, Oiseau d'eau, etc.. Mermen et Mermaids.
Toutes les nations aryennes adoraient des esprits des eaux. C'est par centaines qu'on comptait dans la mythologie grecque les divinités des fontaines, des rivières et des mers. Dans les pays Scandinaves, les Necks tantôt mâles, tantôt femelles avec des formes variables, personnifient les lacs et les rivières. Le Ncck Scandinave devient le Nixe en Allemagne. Le Nixe mâle ne diffère des autres hommes qu'en ce qu'il a les dents et les cheveux de couleur verte. Les Nixes femelles rappellent entièrement par leur beauté et leur caractère les sirènes de la Fable. En Russie, les Nixes mâles du Nord sont représentés par des esprits nommés Vodynnies1, et les Nixes femelles se nomment Rusalkas; belles filles au sein blanc, aux membres grêles, aux regards inquiets, elles ont une longue chevelure verte et portent soit un vêtement d'herbes aquatiques, soit de longues chemises blanches sans ceinture. Les formes que nous venons d'indiquer ne sont d'ailleurs que les formes habituelles des esprits des eaux, mais souvent ils se changent en saumons, en loutres, en brochets, en phoques, et parfois même ils errent sur la terre transformés en serpents, en oiseaux, etc.. Du reste, le don de la métamorphose est commun aux esprits des eaux dans toutes les mythologies. Les traits généraux du caractère sont aussi les mêmes; ils sont hypocrites, malfaisants, cherchant ainsi que les sirènes à séduire ceux qui prêtent l'oreille à leurs chants et à les entraîner au fond des eaux, comme le firent les nymphes dans l'antique légende d'Hylas; ils ont aussi le don de prédire l'avenir comme le vieux Nérée. Ces rapprochements entre les traits essentiels des déités aquatiques témoignent de la représentation symbolique d'une même idée originelle.
1. Voy. RtlstOQ : Bunian Folk Tait», page 119: et Songt of the Rutitan, pitres 149 et suivantes.
La mythologie celtique de la Grande-Bretagne, dont les contes nous transmettent les débris, n'est pas moins riche que la fable grecque en divinités de cette nature et elle en reproduit tous les types avec d'autres qui lui sont spéciaux.
Les traditions dont nous nous occupons nous présentent les habitants des eaux sous les aspects les plus variés : tîiureau d'eau, cheval d'eau ou kelpie, oiseau d'eau, crapaud, grenouille, etc..., et môme des objets inanimés. Gervaise de Tilbury, à propos des Dracs de Provence, parle d'esprits d'eau qui, lorsque les femmes se baignent, prennent l'aspect d'anneaux d'or ou de coupes qui flottent traîtreusement sur la vague ; malheur à celles qui se laissent tenter par ces objets ! Les traditions relatives aux divinités aquatiques se sont perdues dans l'Angleterre proprement dite, comme les autres superstitions ; la Tamise elle-même est sans légendes, mais elles abondent dans le reste de la Grande-Bretagne. En Écosse, particulièrement, il n'y a pas de rivières, de lacs, de sources qui n'aient ou n'aient eu sa divinité. Le type le plus répandu est le cheval d'eau ou kelpie; hypocrite et cruel, il semble paître tranquillement au bord des lacs et par sa douceur apparente il invite à le monter. Saute- t-on sur son dos, il plonge au fond du lac et y dévore l'imprudent cavalier. Si d'aventure, une troupe de jeunes gens folâtres s'amusent à l'enfourcher, sa croupe s'allonge com plaisamment pour les porter tous ensemble. D'autres fois les mains de ceux qui le flattent s'attachent à ses flancs et ne peuvent s'en séparer1. Dans Angus, l'esprit des eaux paraît quelquefois sous un aspect d'homme ou de cheval*. Le taureau d'eau se montre en général moins farouche que le cheval d'eau. Dans le comté d'Argyle, il existe un oiseau d'eau nommé le Boobrie, qui habite l'eau douce et les lacs salants déposés par le flux de la mer. Il est gigantesque, a les pieds palmés
1. Campbell, Conte* des Highland*. Voy. plus haut la Veuve et ses Filles.
t. W aller Scott, MirutreUy. — En basse Bretagne, la tradition du cheval de mer est constatée par la Villemarqué ; voy. la prophétie de Groench' Hlan et le poème de Lez Breis. — Voy. aussi E. Souvestre, Foyer breton .• conte de Jean le Rouge-Gorge ; il cite un cheval dont le dos s'allonge à mesure qu onle charge, si bien que le cheval ûnit par porter autant de sacs de blé que tous les chevaux de la paroisse réunis.
et dévore les moutons et les vaches. Il rappelle trait pour trait ces mystérieux oiseaux du lac Stymphale qu'Hercule abattit à coups de flèches.
Les Mermaids, ou Filles de la mer, sont comme les sirènes et la pauvre Mélusine, autre nymphe des eaux, femmes jusqu'à la ceinture ; mais leurs jambes s'allongent en queues de poissons ou de serpents. Dans les beaux jours de l'été, quand une brume légère est suspendue sur les flots, les marins voient parfois les Mermaids élevant leurs tètes au-dessus des vagues et peignant leur longue chevelure avec un peigne d'or. Elles chantent doucement ces chansons plaintives et suaves que redoutait tellement le prudent Ulysse, qu'il se fit attacher au mât de son vaisseau, en ordonnant à ses compagnons de boucher leurs oreilles avec de la cire. Maintes légendes racontent des aventures d'hommes séduits par des sirènes et qui ont vécu avec elles au fond des eaux; ils prétendent môme que la fidélité y est moins rare que sur la terre. Mais a beau mentir qui vient de loin!
Les quelques légendes qui suivent nous initient à cette partie intéressante de la mythologie celtique.