LE CHEVAL D'EAU
CAMPBELL. — Écosœ.)
Il existe une petite ile à quelque distance des Rhynns d'islay, qui jadis servait de pâturage pour les bestiaux. Le courant y est très-violent et il n'est pas prudent d'essayer de le traverser par les gros temps. Un homme et sa femme y gardaient autrefois un grand troupeau. Un jour que le mari était parti sur la terre ferme, un orage l'empêcha de revenir et sa femme resta seule. Elle était assise le soir dans sa cabane près de son feu de tourbe, quand soudain elle entendit au dehors comme le bruit de créatures vivantes. Comme elle savait que son mari ne pouvait être de retour, elle pensa que c'étaient les vaches qu'elle entendait et elle regarda par la fenêtre. Elle vit une paire de grands yeux ronds qui la fixaient
méchamment et elle entendit un hennissement. La porte s'ouvrit et livra passage à un être étrange. 11 était de grande taille, avec des cheveux comme une crinière et la peau de sa face était noire. Il s'approcha près du feu et demanda à la pauvre femme comment elle se nommait : « Moi-même! » lui répondit-elle. Aussitôt le monstre saisit la femme, mais celle-ci lui jeta une écuellée d'eau bouillante, ce qui le fit fuir avec d'affreux hurlements. On entendit au dehors un grand bruit de paroles sauvages et non terrestres; et les compagnons du monstre lui demandèrent pourquoi il poussait de tels hurlements et qui lui avait fait du mal. «C'est Moi-même!» criait le monstre. 0e là de grands éclats de rire. Aussitôt la femme, au comble de la terreur, se précipita au dehors, trouva une des vaches qui avait abandonné son étable, et traçant un cercle autour d'elle, elle s'y plaça. La tempête fit rage, et elle entendit le bruit de courses précipitées^ de rires épais, et comme des luttes furieuses. Quand vint l'aurore, la femme était sauvée, protégée qu'elle était par le cercle magique, mais la vache qu'elle avait dérangée était morte.