‹ Contes populaires de la GrandeBretagneChapitre 8 sur 127 · Yoy. Mûller, Bibliothèque des Sagas · texte numérisé non relu

Yoy. Mûller, Bibliothèque des Sagas

3. Les Elfes sont noirs ou lumineux. « Les lumineux demeuraient dans Elfheim ; les Elfes noirs habitent dans la terre. Les Elfes lumineux sont plus beaux que le soleil, les Elfes ténébreux plus noirs que la poix.» (Edda de Sturleson.)— «Eirheim a été donne par les dieux à Freya dès l'origine des temps. C'était le cadeau pour sa première dent. »

lin ou Trolls) ; ces derniers sont des esprits souterrains, ils ont la garde des métaux et des pierres précieuses ; ce sont, comme les Cyclopes, des forgerons incomparables, c'est par eux que furent forgés le fameux marteau Miollner (la Meule) de Thor et son épée Tirfing, la ceinture qui doublait sa force divine et ses formidables gantelets de fer. Les traditions de l'Angleterre n'ont pas conservé les Trolls qui ont subsisté en Allemagne. Toutefois, parmi les Elfes anglais, tous ne sont pas des esprits des prés et des bois, quelques-uns personnifient l'intérieur des collines ; les Elfes reprennent ainsi une partie des attributions des Duergars, mais sans le caractère grandiose de leurs ancêtres. Tous les traits que nous présenteront les contes de ce livre existent cbezles Elfes Scandinaves, tels que leur amour de la musique et de la danse, les cercles verts laissés sur le gazon. Le type des démons familiers s'y retrouve aussi, ainsi que leur goût pour la propreté du foyer domestique, qui symbolise cette qualité réelle de la plupart des peuples du Nord. Les Fir-Darrig d'Irlande, ou hommes rouges, qui se rendent invisibles avec leur chapeau, descendent des Trolls. Enfin les divers esprits des rivières, les Mermen et Mermaids, esprits des mers, sont aussi de provenance Scandinave. Nous ne nous arrêtons pas à dessein sur ce sujet qui sera naturellement développé dans la suite de ce livre. Fera et génlea De même que dans toutes les nations de l'Europe, et lie U Perse, les fictions indiennes et persanes ont pénétré en Angleterre à la suite des croisades et par l'intermédiaires des Sarrasins et des Arabes. Elles n'ont d'ailleurs exercé que peu d'influence sur les croyances populaires de ce pays. Le caractère de la féerie indienne consiste, en effet, en ce que ses génies et ses fées sont anthropomorphisés et qu'ils ne diffèrent des mortels que parce qu'ils ont un pouvoir plus grand, tandis que les lutins anglais sont des êtres tout à fait distincts de l'espèce humaine, que peu de personnes sont

admises à les voir et qu'ils se montrent et disparaissent avec la lumière de la lune, qu'ils personnifient. On peut dire d'eux : œgri somnia. Rien de pareil avec les actions héroïques et merveilleuses des fées de l'Inde.

C'est à cause de ces différences essentielles entre les Fées et les Fairies que, malgré l'inconvénient de se servir d'un terme inaccoutumé, j'ai employé le mot Fairies dans cet ouvrage. L'appellation de Fées eût dérouté le lecteur.

Pour résumer en quelques lignes cette Introduction, trop longue pour le lecteur, mais trop courte pour le sujet, nous dirons que les contes et traditions populaires en Angleterre plongent par leurs racines dans un sol dont la couche la plus ancienne, — au moins pour nos connaissances, — est celle des traditions apportées par les Aryens : Celtes et Kymris. Celles-ci se reconnaissent à leur caractère mythologique ; les animaux en sont ordinairement les principaux personnages 1 et les événements merveilleux auxquels des héros se trouvent mêlés avec eux symbolisent en général les grands phénomènes de la nature. Les souvenirs de la mythologie celtique, développement du naturalisme aryen dans le sens d'un anthropomorphisme plus accusé, viennent aussi s'y mêler.

L= seconde couche ethnique est formée des traditions d'origine Scandinave et saxonne, celles-ci d'ailleurs dérivées des premières et leur donnant une nouvelle vigueur. C'est d'elles que sont nés les Elfes, les lutins familiers et les traditions les plus vivaces de l'Angleterre. Ensuite viennent les traditions apportées par les Normands ; les unes sont elles-mêmes d'origine Scandinave et se confondent avec celles déjà répandues

I. Voy , sur ce sujet, M. de Gubernttis : Zoological MytKoloçy, récemment traduit en français.

en Angleterre; les autres, d'origine française, ne pénètrent que dans la littérature et ne laissent que peu de traces dans le peuple. Les traditions qui ne peuvent être attribuées à l'action des races, mais qui sont la conséquence d'événements, tels que l'introduction du christianisme, la lutte des outlaws saxons contre les conquérants normands,* etc., se reconnaissent aisément sans qu'il soit besoin de s'y arrêter. Quant aux contes indiens et persans qui avaient pénétré en Europe et en Angleterre à la suite des Sarrasins, des Maures et des Arabes, ils n'ont eu réellement d'influence, — mais celle-ci a été très-grande, — que sur la littérature ; ils n'ont modifié en rien les traditions populaires. On peut donc attribuer au fonds commun âryen tout ce qui, dans les contes rustiques, annonce une origine orientale.

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