‹ Contes populaires de la Haute-BretagneChapitre 15 sur 91 · LES FEES DE LULA · texte numérisé non relu

LES FEES DE LULA

Ite (1 ) ; viendrez-vous encore manger mes hultres ? entendit s'esclaifer de rire bien plus fort que la d^re fois ; alors il se mit ill maudire les f^es et h k faire fr6mir.

Ne jure pas tant, lui dit une voix; j*ai bientdt cents ans, et jamais je n'avais ou! jurer tant. in^ tu retroaveras dans ton pare toutes les huili t'ont 6t6 prises.

^ndemain quand k la mar^e basse il revint h re, il le troavarempli d'hultres ; elles 6taient ' ^ \et grandes, leur coquille 6tait fris6e et 11 les ^ '^ iS'ouvrir et se fermer en langant de Teau. II . ^^' ten content de voir son pare en si bon 6tat, et

^ ^l^n stir, ce sont les Kes qui I'ont ainsi rempli ; :-*:^-111es donnent des huitres, elles peuventbien s ^ ^5' dre tant qu'elles voudront.

:a5tfs -^ plus de huit jours sans retourner garder son

- . ?*r ^^'- la premiere nuit oh il y alia, il entendit du

'^ li^^ous g6nez pas, cria-t-il, prenez tout ce que J[^^^ "-drez, puisqne vous avez rempli mon pare. "^ i^M il vit devant lui deux hommes et deux ZL ife^ il y en avait une qui 6tait vieille et avait les

- "" rltdft^gnes comme la main; mais, Tautre itait "' ^ ^ime le jour, et les deux hommes 6taient

' isi.

^^jjjspien! p^cheur, dit une des f6es, es-tu con* ^^^ t'ait rendu tes hultres ?

-----^^^5e r6pondit-il; il y a longtemps qu*on me ■ "^ : efii^' 1®^ ^^^^ venaient les manger, mais je ne --- ' j\ ^o^ii le croire.

- - - *' qui te le disaient n'en ^taient pas bien

€S JL£S FEES BC IXU.

stg%; ouis BOSS gartoms desomuis tes boitres, et ta m'aaias plus k Ven nqueter. ^ tu as besoia de mams^ ta vieDdias nous troaner i TeaMe de notre hcMiie, eC Ca demandefas dans one petite lettre ce fae tB dfareras.

Le gaidiai remerda ks Hes qui s'en allerent, et il fai longfeiDiis sans amr bescnn d*elles; mais il vint one annfe oft le pain 6tait cher comme toat et encore n^en aTait pas qui Tonlait Le gardien avait sept enfiuits, et loi et sa femme ne savaient trop eoauDent les nooriir. Uq jour die lui dit :

— Piusqne les fees t*ont proniis de te prater assistance, ta deTiais alter leor parler k Tentr^e de leur grotle et leor porter nae lettre poor leur demander ce qoe tu d6dres. On assure qa'elles donnent du pain : si je ponrais en avoir pour mes paavres enfants I

Le pteheor se pr6senta avec ane lettre k Tentr^e de la honle, et apr^ avoir frapp6 sur une pierre, il s'en alia. D^s qu*il eat tourni les talons, il entendit one voix qui lui disait :

— Qu*esirce que tu demandes ?

II se retonma et vit une grande bonne femme qui paraissait avoir plus de cent ans.

— J'ai mis 1^ une lettre, r^pondil-il, oti je demande la cbarit^ des f£es pour mes enfants.

— Reviens demain k pareille beure, dit la f6e.

Le lendemain quand il se pr^senta h Tentr^e de la boule, il vit venir un faitaud qui portait une g&che de pain, un bon morceau de lard, une motte de beurre et un paquet de v^tements.

— Tiens, lui dit-il, xoilk pour ta famille; ne parle

•-—•<? de ceci, ni toi ni ta femme, car tout cela s'eva-

' aussit6tla parole dite.

ime ^tait bien content, et il recommanda^

le de ne jamais en rien dire, pas m^me k ses

. LES FfiES DE LULA. 67

eofanls; ils mangeaient tant qu*ils voulaient et les provisions ne diminuaient point; les habits ne s'usaient pas, et ils grandissaient en m^me temps que les eufants.

Le gardien du pare resta toujours ami a.yec les fees ; 11 les Toyait souvent tendre leurs cordes pour prendre du poisson et passer de la Feill&lre h Becrond (1); ils causaient parfois ensemble, et depuis qu'elles lui avaient donn^ du pain, elles n'^taient plus invisibles pour lui.

Un jour il y avait un laboureur qui d^fongait une pi^ce de terre dans le Yal^, tout pres de la Houle de Llila; il creusait profond^ment et plus il creusait, plus la terre 6tait noire et de bonne quality. Quand il ful lass6, il s'assit sur une motte et alluma 3a pipe; comme il regardait autour de lui, il vil une fum^e qui sortait de terre h Tendroit oh il venait de travailler.

— Tiens, se dit-il, voili qui est singulier; d'oii vient cettefum^e? ce sont peut-6tre les f^es qui sont k cuire du pain.

11 se remit h creuser, et plus il enlevait de la terre, plus la fum^e devenait 6paisse ; tout k coup, il en tendit une voix qui disait :

— Ne b^che pas davantage; si tu fais du d^gdt k noire maison, nous d6truirons la tienne.

Uhomme fut bien surpris et il r6pondit :

— Je ne veux point faire de mal k votre maison, je laboure mon champ.

— Que demandes-tu, dit la voix, pour ne pas creuser plus profond6ment?

(1) Ce sont deux rochers dans Tanse de Saint-Cast.

68 LkS FEES DE LULA.

II refl^chit un iostant et dit :

— Je Toudraisque mon croc eima bftcbe fassent la besogne toutseuls, sans que j'aie besoin de travailler.

— H6 bien, dit la Yoix, ils travailleroDt tout seuls ; tu n*auras qu*^ leur commander Touvrage, ils t'ob^iront.

A partir de ce moment, Tbomme n'avait plus besoin de travailler; il ordonnait k son croc de faire Touvrage, et il se mettait aussit6t h creuser la terra aussi bien que le meilleur ouvrier. L'bomme trouyait facilement k s'employer, et on venait yoir par curiosity le croc qui travaillait tout seul et faisait aussi bien les d6fonQages que les jointures.

Mais le croc finit par s'user et Thomme le porta h la forge pour le r^parer; quand il eut Hi reforg^, il perdit toute sa vertu et n'6tait plus qu'un outil ordinaire.

— II faudra, se dit Thomme, que je retourne k I'endroit oil j'ai creus6 d'abord et vu la fum6e; peut-^tre y retrouverai-je lesf^e^.

11 creusa tant qu'il put; mais il eut beau enlever de la terre, il ne voyait point de fum^e et pourtant il avait creuse bien plus profond6ment que la premiere fois.

11 alia plus de buit jours de suite k Tentr^e de la boule de Ltlla ; mais il ayait beau frapper avec son croc sur les pierres de Tentree, il ne voyait venir personne. Le gardien du pare le vit un jour qui frappai t sur les pierres de la grotte :

— Ta veux voir les f6es, lui dit-il, viens ici la nuit et tu les verras, ce n*est qu*^ la nuit qu'elles se montrent.

La nuit suivante le laboureur vint k Tentr^e de la boule ; il y 6tait depuis une beure, quand il vit devant ^*'' deux grands hommes :

LES FfiES DE LULA. 69

— Qu'e&t-ce que tu fais Ik? lui demand^rent-ils.

— J'6tais venu, r^pondit le laboureur, pour parler aux bonnes dames ; elles m'avaient donn^ un croc qui faisait la besogne tout seul ; mais il s*est us6, et depuis que je Tat port^ chez le mar^chal, il a perdu touie sa vertu.

— Reviens,'dit un des faitauds, demain soir h la m6ine heure; tu attraperas un petit chat noir, le plus noir que tu pourras trouver, tu acheteras un coq, le plus beau que tu yerras, et tu les apporteras ici; tu seras bien r6compens6 de ta peine.

Le laboureur s'en fut; il dit h sa femme de lui aider k attraper un petit chat noir, et ils flnirent par en trouver un qui etait noir comme le diable; ils achet^rent un beau coq, et lanuit venue, ils les port^rent h Tentr^e de la boule. Dfes qu'ils furent arrives, les deux faitauds et une f6e se montr^rent devan t eux.

— H6 bien, dit un des faitauds, as-tu ce que je t'avaisdemand^?

— Oui, r^pondit le laboureur, j*ai fait de nion mieux, voici le chat noir et le coq; mais je ne sais pas si vous en serez contents.

— lis sont beaux tons les deux, dit le faitaud, et nous allons te r^compenser. Que d6sires-tu ?

— Je voudrais un autre croc qui travaillerait toujours tout seul et ne s'userait point et une b^che pareille.

— Tiens, les voilk. Veux-tu autre chose?

— Oui, je d6sirerais un petit bateau qui irait sous la mer comme par-dessus.

— Voici une petite baguette qui t'en donnera un. La f£e dit h la femme du laboureur :

— Et toi, femme, d6sires-tu quelque chose?

— Oui, Madame, r6pondit-elle, je vous demander

70 LES FfiES DE LULA.

da pain et des hardes pour mes enfants, si c'est un effet de voire ban 16.

— Tiens, dit la f6e, void une malle remplie de v6texnents, et un tourteau de pain : n'en donne jamais k personne qu*^ ton mari et k tes enfants, et ii ne diminuera jamais.

' Le faitaud dit au laboureur :

— Ne montre jamais ton bateau h personne, et ne navigue que de nuit; si quelqu*un le voyait il disparaitrait aussit6t et jamais tu ne le retrouverais. G'est le dernier service que nous rendons aux hommes : notre temps est fini, et nous allons partir.

Et depuis ce temps-1^ on n*a jamais revu les f6es.

Gont^ en 1880, par Rose Renaud, de Saint-Cast, qui Ta appris d*une femme de Saint-Cast, nomm^e Marie Renaud, kgie de AO ans environ ; celie-ci tenait la l^gende de son grand-p6re, mort tr&s &g^.

'^rr:^

Page 1