‹ Contes populaires de la Haute-BretagneChapitre 17 sur 91 · LA HOULE DE BEAUCAIS · texte numérisé non relu

LA HOULE DE BEAUCAIS

Un matin en arrivant aux champs avec son troupeau, il trouva par terre un sac pesant et bian rerapli ; dessus 6tait attachee une lettre qu'il porta k son mailre, car il ne savait pas lire :

— Mon maitre, lui dit-il ; il y a dans la p^ture un sac si plein ct si lourd que je n'ai pu le remuer, et dessus etait un papier que voici.

Le fermier ouvrit la lettre, et il lut ces mo ts qui y ^taient Merits en belle Venture :

« Continue k bien garder nos moutons ; cherche dans le sac ; il contient des y^tements qui sont pour toi, et tu diras k ton bourgeois de te les donner et de laisser notre troupeau tranquille ; il ne lui fera point de tort. »

.Tout r^ussissait dans les champs oh pdturaient les moutons noirs, et le fermier avait les plus belles r6coltes du pays ; aussi il ne grondait plus apr^s le troupeau des f^es.

Le pdtour et les f^es se parlaient k travers la terre, et, comme il ne savait point leur nom, quand il leur demandait quelque chose, il criait :

— Mes amies, j'ai besoin de telle chose ; donnezmoi la, s'il vous plait.

Bt le lendemain il trouvait ce qu'il avait demand^ tout rendu dans le champ oh il conduisait ses moutons.

Un jour il leur dit qu'il avait deux frferes qui comme lui6taientbergers, etqu'ilaurait bien voulu poureu^c des habits pareils k ceur dont elles lui avaient fait present ; le lendemain il trouva deux paquets rempli.s de hardes, et il put habiller ses fr^res des pieds h lat^te.

i Ceci se passait dansTancien temps, car maintenant onne voit plus de f^es ; elles ont disparu depuia long'<>

LA HOUJ.E DB BEAUQAIS.

temps et Ton dit qu'elles sont toutes mortes en une nait.

Cont^ en 1880^ par Jacquemine Nicolas, de Saint-Cast, &g^6 de 60 ans environ^ femme de Julien Gourhan, laboureur. EUc a entendu cette I^gende ^tant tr^s jeune ; c'^tait une femme alorfi ig^e, n4e aapr^s de Beaugais, qai la racontait, et elle diaait qu^eHe la tenait a do ses anciens ». Cost elle qui m'a aussi cont^ la l^gende suivante qui a quelque rapport avec la Houle de Beaufaia.

XIV 6is LA IIOULE DE SAINT-BRIAC

Les f6es de la Hoale de Saiat-Briac avaient de» poubins qui couraient partout dans la campagne, et les ^en5 de la Terme voisine de la hoiile les chasgaienlde leui's champs.

Un jour ih enlendirent sortir de sous I'^curie une Toix qui disait:

— Ne failes point de mal aux poulains, et vous vtjiis eii troijverez bien.

— Nouii lie ?outuns pas, r^pondirenl les fermiers, qu'ilM viennenlavec les n6lres.

— Si, r^peta la voix, laissez-Ies p&lurer et courir h leur gr^ : le tort qu'ils pourront vous faire vous sera largement puyS.

TouK les joars les poulains sortaient da Trou bs ffies el venaient paitre avec les chevaux de la m6tairle qui ^taient les plus beaux et les mieux en point qu'on pilt voir,

Un malin le domestique qui soignait les chevaux trouva dans I'^curie un paquet bien fait sur lequel 4taitiine leltre; il la portaiL son bourgeois, et lui dit de la lire ; elle disait : n Le paquet est pour toi, comporlc-loieomine tu I'asfaitjusqu'Jt present, ettu ten trouveras bien, »

En ouvrant le paquet, il y trouva des souliers, des has, des pantalons, une chemise, un petit gilet, des .

Lk UOULE DE SAINT-BRIAC. 75

habits, des chapeaux, jusqu*cl un nosud de cravate, et tout cela 6tait ajust^ k sa taille comme si on lui avail pris mesure.

La Houle de Saint-Briac est situ6e h pea de distance d'un Tillage qui s'appelle aussi la Hoale ; il est sur la cOte, entre le bourg de Saint-Briac (lUe-et-Vilaine) et le village de la Ghapello.

L'EIVFANT CHANGE

II ^lajl line fois k Saint- Cast une femme qui avait une petite lille jolie comme les amours. Soovent elle entL'tiduil les Kes de Gheiin bercer uo enfant audessous de la pierre de sod foyer ; mais elte n'avait point peur d'eUes, car elles ne p as saient point pour m^chanles. Gependant un jour qu'elle 6tait sortie de la maison, Ics f^es vinrent lui prendre sa petite fllle el mJrent ^ sa place une petite creature laide comme le p6chi5, el qui avail I'air vieux.

Quand la femme a'aper^ut que son enfant avail £te change, elle futbien d^sol^e; elle alia consulter ses voisines qui lui dirent que, pour ravoir sa fllle, U fallait cliauffer bien dur Tenfant des f^es, apr&s avoir mis autour de son feu du lait doux k bouillir dans descoquilles d'oeufs.'

Elle (it ce qui lui avail ^t^ conseiI16, et, quand les coques d'oeufs bouillirent, elle prit la fllle des f^es, et I'approcha de la flamme comme pour lui r^chauffer les memhres ; alors I'enfaDl chang6 s'6cria :

— Ah ! moi qui ai bientfit cent ans, jamais je n'avais vu bouillir tant de coquilles! je suis n^e en Pif et en Paf, dans le pays o^ on fait les chats ; mais jamais je n'avais vu pareille cbose.

% — Ah I sorci&re, dit la m6re, je vais te tuer !

■^He piit un couteau; mais, au moment oti elle

L'ENFANT CHANGfi. 77

allait frapper la petite fille, la f^e qui demeurait sous* son foyer, souleva une pierre et entra dans la maison.

— Tiens, lui dit-elle, voici ta fille que je te rapporle, rends-moi la mienne.

La f^e rentra sous terre avec son enfant, et depuis elle n^essaya jamais de reprendre celui de la femme.

Gont^ en 1880, par Ad^le Durand, de Saint^Cast, couturi^re, &g6e de 25 ans environ. Dans la Houle de CMlin, n* IV dea Confes de la Haute^Bretagne, un Episode est aussi relatif k an petit garden enlev^ par les f6es. Void une autre l^gende d*enfant chang^ que j'ai reoueilUe dans Tint^rieur dea terras ; il y est question, non plus des f^es dea houles, maia de celles qui demeuraient dans les rocbes aux f^es de la Brousse, entr& Pl^n^e-Jugon et le Gonray.

11 glait line fois k Saint-Cast une femme qui avait

une petite lillejolie comme les amours. Souvent elle entendait les f6es de Chfilin bercer un enfant audessous de la pierre de son foyer; mais elle n'avait pomL peur d'elles, car elles ne passaient point pour m^chantes. Cependant un jour qu'elle €tait sortie de la maison, les ties vinrent lui prendre sa petite fille et mirent i sa place one petite creature laide comme le pSchfi, et qui avait I'air vieux.

Quand la femme s'aper^ut que son enfant avait €t^ chaug^, elle fut bien d6sol6e; elie alia consulter ses voisines qui lui dirent que, pour ravoir sa fiUe, il fallait chauffer Men dur I'enfant des f6es, aprfes avoir mis autour de son feu du lait douz h bouiUir dans des coquiiles d'oaufs.'

Elle lit ce qui lui avait 6t6 conseill^, et, quand les coques d'ceitfs bouiliirent, elle prit la fiUe des f^es, et I'approcha de la flamme comme pour lui r^chauffer les membres ; alors I'enfant chang6 s'dcria :

— Ah I moi qui ai bientAt cent ans, jamais je n'avaia vu bouillic tant de coquillesl je suis n6e en Pif et en Paf, daos le pays oil on fait les chats ; mais jamais je u'avais vu pareille chose,

— Ah I sorciere, dit la m^re, je vais te tuerl

Elle prit un couteau; mais, au moment oil elle

allait frapper la petite fille, la f^e qui demeurait sous son foyer, souleva une pierre et entra dans la maison.

— Tiens, lui dit-elle, void ta fille que je te rapporle, rends-moi la mienne.

La f6e rentra sous terre avec son enfant, et depuis elle n'essaya jamais de reprendre celui de la femme.

Gont^ en 1880, par Adftle Durand, de Saint-Cast, couturifere, &g6e de 25 ans environ. Dans la Houle de CMlin, n"* IV dea Contes de la Haute^Bretagne, an Episode est aussi relatif k an petit gargon enlevS par les Ues, Void ane aatre 16gende d*enfant changS que j'ai rcoueillie dans Tint^rieur des terres ; il y est question, non plus des fi6es des hoales, mats de celles qui demeuraient dans les rocbes aax fSes de la Brousse, entre: PMn^e-Jugon et le Gouray.

11 dtail tine fois h Saint-Cast une femme qui avait une pelite fllle jolie comme les amours. Souvent elle entendail les f6es de Clielin bercer un enfant audessous (Iti la pierre de son foyer; mais elle o'avait point puur d'elUs, car elles ne passaient point pour mfichantes. Cependant un jour qu'elle 6tait sortie de la maison, les f^es vinrent lui prendre sa petite fille et mirent ii sa place une petite creature laide comme le p^ch^, et qui avait I'air vietix.

Quand la femme s'aperQut que son enfant avail 6L6 cliaiigi5, elle futbien d^solfie; elle alia coasulter ses voisines qui lui direut que, pour ravoir sa fille, il fallctit chauffer bien dur I'enfant des f^es, apr&s avoir mis autour de son feu du lait doux k bouillir dans des coquillesd'oeufs.'

Bile fiL ce qui lui avait 61& conseill^, et, quand les coques d'ceufs bouillirent, elle prit la fille des f^es, etl'approchade la llamme comme pour lui r^cbauffer les merahres; alors I'enfant changfi s'^cria :

— Ah ! moi qui ai bientfit cent ans, jamais je n'avais vu bouillir tant de coquilles! je suis n6e en Pif el en Par, dans le pays oi!i on fait les chats; mais jamais je n'avais vu pareille chose.

— Ah 1 soreifire, dit la m6re, je vais te tuer 1

Elle prit an couteau; mais, au moment oil elle

*Tr»

allait frapper la petite fille, la f^e qui demeurait sous son foyer, souleva une pierre et entra dans la maison.

— Tiens, lui dit-elle, void ta fille que je te rapporle, rends-moi la mienne.

La f6e rentra sous terre avec son enfant, et depuis elle n'essaya jamais de reprendre celui de la femme.

Gont6 en 1880, par AdMe Durand, de Saint^Cast, couturi^re, Ag^e de 25 ans environ. Dans la Houle de CMlin, n** IV dea Confes de la Haute^Bretagne, un Episode est aussi relatif k an petit gargon enlevS par les fSes. Voici une autre l^gende d'enfant changS que j'ai rccueillie dans I'int^rieur des terras ; il y est question, non plus des fSes des houles, mais de celles qui demeuraient dans les rocbes aux f^es de la Brousse, entre Pl^n^e-Jugon et le Gouray.

11 ^tait line fois h Saint-Cast une femme qui avait une. peLile lllle jolie comme les amours. Souvent elle enlendait les ties de Cheiin bercer un enrant audessous de la pierre de son foyer; mais elle n'avait point peur d'elles, car elles ne passaieot point pour mSchantes. Cependant un jour qu'elle 4tait sortie de la maison, les (iea vinrent lui prendre sa petite flUe et mireiit h sa place une petite creature laide comme le p^chfi, el qui avail I'air vieux.

Quand la femme s'aper^ut que son enfant avail Hi chang^, elle fut bien d^soI6e; elle alia coosulter ses voisines qui lui dirent que, pour ravoir sa flUe, it fallait chauffer bieu dur renfant des f^es, aprbs avoir mis autour de son feu du lait doux h bouillir dans des coquillesd'oBufs.'

Elle lit ce qui lui avait Hi conseill^, et, quand les coques d'ceuls bouillirent, elle prit la fille des f^es, et I'approchade la flamme comme pour lui rScbauffer les membres ; alors I'enfant cbang^ s'Scria :

— Ah 1 moi qui ai bientfit cent ans, jamais je n'avais yu bouiiiir tant de coquilles! je suis n^e en Pif et en Paf, dans le pays oil on fait les chats ; mai» jamais je n'avais vu pareille chose.

— Ah! Borcifere, ditla m^re, je vais te tuerl

Elle prit un couteau; mais, au moment uu elle

allait frapper la petite fiUe, la f^e qui demeurait sous son foyer, souleva une pierre et entra dans la maison.

— Tiens, lui dit-elle, void ta fille que je te rapporle, rends-moi la mienne.

La f6e rentra sous terre avec son enfant, et depuis elle n'essaya jamais de reprendre celui de la femme.

Cont6 en 1880, par Adftle Durand, de Saint-Cast, couturifere, &g6e de 25 ans environ. Dans la Houle de CMlin, n"* IV des Confes de la Haute'Bretagne, un Episode est aussi relatif k an petit gargon enlevS par les f^es. Void une autre 16gende d*enfant changS que j'ai rcoueillie dans I'intdrieur des terres ; il y est question, non plus des fSes des houles, mais de celles qui demeuraient dans les rocbes anx fSes de la Brousse, entre: P16n6e-Jttgon et le Gouray.

XV i« L'ENFANT DES FfiES

11 6lait une fois un enrant qui avail 4tfi chang4 par la Mar^'ot la F6e de l<i Brousse, et 11 ae grandissait point. Sa m^rese plaigiiiliiiinedesesYoismesqui lui dit;

— Je pense que les C^es ont mis leu r enfant k la place dulien ; pour savoir la vfirit^, il faut easier des CGufs, rcmplir les coquilles d'eaii, puis les placer devant Je feu pour les faire bouillir. Ensuite, tu preudras reufant s'ur tes genoux, et tu 6couteras ce qu'il dira.

La fuiumacassadesoeufs, elle remplit d'eau les coquilles et les rangea devanl le feu, puis elle prit Tenfan t siir sesgenoux comme pour lui chautTer les pieds. D^s qu'il eut vu les coquilles d'ceurs, il s'ccria ;

Je suis bien vieux,

S'li TU U forOi d'Ardenne,

E* Miglo etcn avoiii9(l),

El la ror£t de Bosquen [9]

Touts en bien,

La Chilonge

Tout plein de ronces,

P:eln de cboui.

N(u£3 k peu de dixtsnce ds la Draaue

— lenla migatithiques importants. On autre

<!s Baufi del ties, qu'on trou»em ptus loin, se piiuut IX tlnviroiis des Mtis (diusods) des fies de la Drousie.

L'ENFANT DES FfiES. . 79

Mais jamais dans ma yie darant,

Je n'ai vu tant de petits pots bouillants.

La femme dit alors :

— Ah! petit sorcier, je vais te tuer et te brftler I Mais la Margot la F6e se trouvait sur le haul de la

chemin^e ; elle cria :

— II ne faut pas le tuer ni le brtller, je te rapporterai ton enfant et tu me rendras le mien.

Cont^ en 1880» au ch&teau de la Saadraie en Penguilly, par Francois Mallet, da Gonray^ laboureur, &g6 de 60 ans environ, n6 et habitant aupr^s des Roches aux F6es de la Brousse.

Dans un autre r^cit, qui est au fond le m^me que celui-ci, Tenfant des f6es, en voyant bouillir les coquilles d'oBufs, s'6crie :

J'ai vu Crok^lien (1) Tout plein d'bien, B^riatous

Tout plein d'choux, La for5t d^Ardenne Toute en seigle et en aveine, Les PaurSes (2) Toutes pleines d*engrais :

Jamais je n'avais vn sur la cendre, . Tant de petits pots bouidre (3) ensemble.

(1) Crok^lien est une colline au-dessns de Saint-Glen, couverte de grosses pierres et qui passe pour 5tre hant^e par les fSes. Beriatous est k une petite distance.

(2) Les Paur^es sont des landes situ^es en Saint-Glen, et qui nagufere ^talent incultes et communes.

(3) Bouillir.

Page 1