‹ Contes populaires de la Haute-BretagneChapitre 37 sur 91 · LR CORPS SANS AME · texte numérisé non relu

LR CORPS SANS AME

froyable dans le corps duquel est an loup ; ce loup a dans le ventre un li^vre qui renferme ane perdrix : la perdrix a treize (Bufs et c*est dans le treizibme que se trouve son Ame. Je Toudrais bien rencontrer un homme assez courageux pour 6ter les coufs du corps dela perdrix ; car ce m6cbant giant m'a enlevie et je ne I'aime point. Aurais-tu assez de coBur pour tenter raven tare?

— J*essayerai, dit le jeune garQon*

11 alia au ch&teau oh la dame le traita de son mieux, et il resta avec elle jusqu^au moment oil le Corps sans &me fut sur le point de s'iveiller; alors elle le cacha ayec soin.

Quand le giant se leva, il regarda autour de lui et se mit k remuer les narines comme s*il sentait quelqae chose.

— Qu'y a-t-il done ici? demanda-t-il.

— Hien de nouveau, que je sache, ripondit-elle. 11 se mit k table, mangea et but comme k Tordi-

naire, puis il retourna se coucher et bient6t on Tentendit ronfler.

Alors la dame fit sortir le jeune homme de sa cachette, lui donna un sabre bien afflli et le mena k la chambre oh le lion itait enfermi. Bhs que la porte fut ouverte, le lion se mit k rugir eifroyablement et atourner autour du jeune garQon; mais celui-ci ne se laissa pas efTrayer, et il s'y prit si adroitement qn'il lui enfouQa son ipie dans le ccBur.

Quand le lion fut bien mort, le jeune garQon vint retrouYcr la dame qui lui donna k boire et k manger pour le riconforter ; lorsqu*il eut repris ses forces, il fendit le corps du lion, et aussii6t un loup en sortit qui gringait des dents et s'ilanQa sur lui pour le mettre en pieces; mais apris un long combat, il fut perci d*un coup de sabre et expira.

I I4fl PETITE BAGUETTE.

I 1\ \eut indiqua oil felail \a cilerne. Qaand Us luteft. ^ I

Bagnetle dit. !i Bi'lse Per ;

— Bcscends \e premier, si W peax 11 !!S,'!,'i™ """:»"''■'', '"" °» IMlve marches, mais

Pouvanl.llc- oli.rw ' ^°° ''™' marcho., el, ne

-A loi,lla„geM„„L '"l'"' "'" '" '""■"■ " " '"i lilt imn„,.iM "^V 'iMMiKlre q„une marehe.

^aguetle jevni^ "^ pouvez descendre, dit Petit" r. '"M d„ souler ',■„'•;■"'■* ">"» lo"r.- j',™! j„s,a'a«

f* Peliie B„e„ei,„ "v" •i'S'iiTerai les prince.ses-

'™'* ini loi di,„ J™'" """""i. oi « enlendil <i«' '! ~ «aJbe„re„, '

,, ,""«'' 'esler, "»'">'" ete,vei„,jus,„'id,ni./»FO»s ;' J0„.^^ "" »°"».et jamais vous„,rem«,h i

balles avec sa canne, el assomma les sept hommei. La porte qu'il trouva ensuite 6tait en plomb; lorsqu'il I'eut ouverle, on lui tira sept d§charge& de revolver : il les paia avec sa baguette et tua les sept gardiens.

La quatridme dtait en fer : au moment oil il ^tait parvenu & I'ouTrir, sept boulets furent lances; il les repoussa avec sa canne, et assomma les sept artilieurs.

A., la cinqui^me porte qui ^tait en cuivre, il eut encore i parer sept boulets plus gros que les premiers, el il tua aussi les artilleurs.

La si\i6me ^tait en argent ; quand il ful parvenu i I'ouvrir, il reQul la dficharge de sept mitrailleuses ; mais avec sa canne, il repoussa les boulets et assomma les horames qui les avaient lances.

Quand iI eul ouvert la seplifeme porte qui 6tait en or, il enLra dans un apparteraent oil il vit les trois princesses. 11 leur eria de ne rien craindre, parce qu'il inait pour les d^livrer.

llais qnand il voulut remonteravecelles pnrl'escajbde la citerne, les marcbes avaient dispani. Par le eil des princesses, il 6crivit sur un bout de papier ^ai Tallait cinq cents moutons, II le mil au boot j' lietle, etpeu de temps aprfes qu'il I'eut )u^ J Hescinq cents moutons furent aupr^ tfe tait J "■ ' ■ 'e-senquartiers. Bienifliarri»»

Udonna h manger, puis Its fi , emporbol j te !3 d.-.'.r.,:-

^et h chaque coup d'aile, il lui donnait iin corbeau. Le •dernier fut d6vor6 au moment od Ton arrivait au haul •de la citerne, et comme le pigeon criait pour avoir de •la viande, il se coupa un morceau de fesse, et le •donna au pigeon, qui d'un dernier coup d^aile, le d&posa sur lerre.

11 se frotta la fesse avec sa baguette, et fut aus§it6t /gu^ri. II croyait retrouver aupr^s de la citerne les princesses et ses trois compagnons ; mais Brise Per, Petit Palet et Range Montague les avaient enlev^es •de force^ et s'6taient enfuis avec elles.

Comme ils avaient peur de Petite Baguette, ils avaient achel^ uh magasin de draperie, et s*6taient babill^s en marcbands pour qu'il ne piit les recon- »naitre sVi venait h. les voir.

Gependant Petite Baguelte s'^tait mis h leur rechercbe. et un jour en passant dans les rues d*une ^ille, il vit les princesses qiii 6taient dans une boutique. 11 y entra comme pour leur acbeter quelque •cbose. Mais une des jeunes lilies le reconnut aussit6t -et elle s*6cria :

— Voil^ celui qui nous a d61ivr6es.

— OuL, c'est moi, r^pondit-il ; j'avais promis h votre ^bve de vous ramener k lui ; mais je ne le peux, puisque vous n'^tes plus en mon pouvoir. Si pourtant vous voulez me suivre, je vous conduirai k son palais.

Les princesses lui dirent qu'elles y consentaient de ibon cceur^ et que si elles avaient suivi les trois compagnons, c'^tait bien malgr^ elles.

11 les amena au roi, qui fut si content de revoir ses filles qu*en signc de r^jouissance il lit faire de grandes tfeies ; et >U dit h Petite Baguette :

PETITE BAGUETTE. ii9

— Tu as accompli ta promesse, c'est maintenant ii moi lie tCDir lamienne ; je t'avais promis que tupourrais ^pouser une de mes trois filles, ii Ion choiic. Je to donne <]uatre jours pour decider celle qui te plait davantage.

Le quatrigina jour, Petite Biiguclte vint au palais, «t ddclara qu'il cboisissail I'ain^e des princesses.

Huit joui'S apres, les noces eurent lieu : etles furent les plus belles qu'on efit vues de m^moire d'bomme ; toule la cour ^tait riunie pour y assister, et mfitne on lit au peuple des distributions da vlvres et de vin. Le roi se donna tant de plaisir, que deux jours aprfes le manage, il mourut d'indigestion. Son heritage 6chut h ses Giles, et comme Petite Baguette avail ^pous6 I'atn^e, il passa roi tout de suite apr^s la mort de son beau-pferc.

Petite Baguette 6lait tr^s aime de ses sujels, qui le surnotnmferent familiferement le roi Graud Nez.

II £tait si bon poup les laibles et les pelils, que souvenl il se dcguisait aQn de voir par lui-mdnie si les riches Taisaient du bien aux pauvres gens, ou s'ils se montraient durs il leur ^gard.

Un jour — c'6Lait dans la saison oil la chasse toil d^feadue sous les peines les plus s^vgres, — il s'habilla comme un bomme du peuple, et alia tiul seul se promeoer. II s'^gara duns la forCt, et k la nuit tombante il fut loutaise d'apercevoir une loge de sabotier. II y entra, et demanda un gite pour la nuit, et quelque cbosepour souper ; le pauvre sabotler. qui avail bien du mal k gagner son pain, I'accueillit de SCO mieux.

,,„x4MiiiTiitK:pain lout sec; res ji«t*-a J a» TOSS ai anrez TOtre part.

r£iM»iii> \e roi.

- siusn; L lAb\€, U dil au sabotier :

.iusse est sivtrement de-

. « ->eii^ = je Tous ne me vendrei pas ; \^"avi;.":«yaitufeundesesU€Tre3.

'" 'nr!i loTd. mSme »voir». qu'oa m.««l.

donnait. el le rn i ^^,^ ^ ,, [„,

f - ^•™» f " ""J,Mrie roi Grand Ne. l.i di. ^

Ouaud ib t»«»' ' ^- f/ !^ dan, 1. lorSt, i^ai «* — Lorsqne je nit > ■ ^^^6^ ^^^^^^ ^,j„, ^„ de

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LES SEPT GARgONS ET LEUR SOEUR

II elait une fois ua bomme et une femme qui araient sept garQons, et comme iis n'^taient point riches. Us avaient bicn du mal k les Dourrir.

Quand ils fucent devenus assez grands pour trarailler, I'ain^ dit k ses fr^res :

— lei nous ne gagnons.pas grand'chose, et nous sommes h charge & nos parents ; si vous voulez nous allons parlir tous les sept ensemble pour chercher iorlune, et si nous rfussissons & nous bien placePy nous enverrons de Targent h notre p6re el k notre mhre.

Les sis autres fr^res Turent do Tavis de leur alii^ ; iU dirent adieu k leurs parents et se mirent en route. lis aJlferent loin, bien loin, sans Irouver de I'ouvrsge, et ils arriv&rent devant un beau chateau oil ils demand^rent si Ton n'avait pas besoin de servileurs. Quand la cuisinifere les vit lous les sept, elle leur dit :

— Ah I mes pauvres gars, vous fites trop nombreux pour que Ton puisse vous trouver k lous lie I'ouvrage.

Elle alia pourtant dans la salle oti 6tait sa maitresseet luidit ;

— Madame, venez done voir les sept beaux gar- Qons, tous les sept frferes, qui sont k la porte du chateau.

Quand la dame les eut vus, elle appela son r fiat lui aussi voir les sept beaux eufants. lis

152 LES SEPT GARgONS ET LEUR SffiUR.

f ent beaucoupi el il leur demanda ce quails savaient fad re.

— Noussomraes chasseurs, r6pondit I'ain^, et nous avons quitt6 nos parents pour ne pas 6lrc *& leur •charge.

— Ii6 bien, dit le seigneur, j'ai une grande for^t qui ^ quarante lieues de lour ; au milieu est une maison oil nous allons nous reposer les jours de chasse, vous irez rhabiter et vous ne manquerez de rien ; seulementil faudra que tons les deux jours Tun de vous vienne ici apporter du gibier.

Les sept IV^res remerci^rent le seigneur, ils f urent bien contents de s'installer tons ensemble dans une jolie petite maison ou rien ne leur.manquait. lis aliaient souvent h la chasse, et tons les deux jours Tun d*eux venait au chateau apporter une partie du gibier <3u'ils avaient tufe.

Apr^s le depart des sept Mres, leurs parents eurent une petite fille ; quand elle fu t devenue grande, ses voisins lui disaient souvent :

— Tu as sept fr^res, sept beaux gargons ; ils sont partis et jamais on ne les a f^evus.

Un jour elle dit h sa mere :

— Maman, d chaque instant on me parte de mes fr^res ; est-ce que c'est vrai que j'en ai sept? je ne les ^i jamais vus.

— Oui, r^pondit sa m^re, tu as sept fr^res qui nous ont quitt^s avant ta naissance, el depuis on n'a point e\x de leurs nouvelles.

— Je les retrouverai bien, dit la petite fille.

— Ah I ma pauvre enfant, tu auras bien du mal h

f LES SEPT GARCONS ET LEOB S(EUB. 153

I TOjagcr toute seule, et peut-etrc ne te reverrons-DOus jantais.

— Si, r^pondit-elle, laissez-moi aller, et je revien- <fniiaTec eus.

La petite fille, qui avail sept aiis, se mit en route, el partout sur son chemin elle demandait si I'on n'avait point eu connaissance de sept fr^res qui voyaifeaient ensemble, mais il y avait si longtemps qu'ils «laient passes, que presqae personne ne se souvenait de les avoir vus. Elle Sail pourtant par relrouver leurs traces, et elle arriva au ch&teau oil ils s'^taient arrit£s. La dame £tait h sa Tenetre, et sitAt qu'elle vit la petite Hlle, elles'^cria :

— Ah '. void la s(Bur des scpl frferes ! que cbercheslu, moil enfant? lui demanda-t-ellc.

— Je siiis parlie i la recherche de mes sept tthrea. et quoique je ne les connaisse pas, je voudrais bien les troQver.

— Reste avec moi, lui di t la dame ; tes Tr^res habitent dans une Tor^l aiipris d'ici, et domain I'ud d'eux doit veair apporter du gibier : Us seront bien aises de te voir.

Le lendemain, I'alnS Tint apporter sa chasse, et la dame lui dit:

— Venez done voir Totrepetile soeui?

— Je d'l'u ai point, r6pondit-il.

— Si, elle est n^e apr^s votre d^pnrt, et rien qu'& la regarder on voit qu'elle est votie s(Eur.

La petite flUeembrassa son fr^re et lui dlt :

— Mon pfere et ma mfere vous regreltent, je suis partiepourvous chercher, etvousemmenercheieux.

Elle alia avec lui h la petite maisun au milieu des bois ; ses frtresfurent Men Iieureux de la voir si gentille, et elle demeura avec eux.

Pendant qn'ils 6laient h la chasse, tous les jour^

lo4 LES SEPT GARgONS ET LEUR S(EUR.

un homme sauvage sortait de sa caverne, et venait lui sucer le sang par dessous la porte, de sorte que la petite iille d6p6rissait h vue d'ceil.

— Tu as la mine malade, ma soBur, lui dit Tain^ ; qu'est-ce que tu as?

— Ah ! r6pondit-elle, tous les jours un homme sauvage vient, et il suce mon sang par dessous la porte.

— Demain, dit Tainfe, je le tuerai.

II se cacha, et au moment oh Thomme sauvage se penchait pour sucer le sang de sa soBur, il le tua, et il Tenterra dans le jardin de la maison. A Tendroit od 6tait sa tombe, il poussa un arbre si beau que jamais on n'en avait vu un pareil.

Un jour, la petile fillepritdes feuilles de cet arbre, et les mit dans la soupe de ses fr^res ; aussit6t lis furont emmorphosis (1) en cerfsj car Thomme sauvage 6tait un Fete{^), et Tarbre qui etait n6 de lui 6tait aussi f6e. Quand les fr^res furent devenus cerfs, ils dirent ^ leur soeur avant de s*en aller dans les bois :

— Nous sommes emmorphos^s pour quatre ans : au bout de ce temps nous reviendrons, et si tu nous mets ^ chacun un mouchoir blanc sur les cornes, nous reprendrons aussit6t notre premifere forme.

Les sept cerfs s'enfuirent dans la for^t, et la petite fille resla seule h. la maison ; mais tous les jours on venait du chateau lui apporter h. manger.

Un jour, un chasseur qui passait par la forfit vit la petite fille qui etait h sa fen^tre ; il lui souhaita le bonjour et lui dit :

— ;fetes vous retenue prisonnifere ici ?

(1) Metamorphoses.

(2) Fee m4le.

Li:S SEfT GABIONS BT LBUR S(EUR. IS3

-— Qui, r^pondit-elle, je ne bougerai pas de cette

;i!,dsori; j'avais sept fr^res qui, par encbaQtement,

sont devenus de beaux cerrg, et j'atteads que lear

I itmpssoit Jini poar Ics d6livKr.

1 — Qui vous apporte^ manger?

— C'est le seigneur auquel appartient la forfit ; c'est Im qui a la c\€ de la maison.

Le chasseur alia au cti&Leau et dit au seigneur :

— Je passe souvent par votre forfil, et jY^ois une belle jeune fille qui est dans une maison de tcrre.

— Oui, r^pondit le seigneur, c'est elle dont les sept Tr^res oat £t6 eramorpbos^s en cerfs, et elle doit res- Ur 1^ k attendre leur retour.

— Je suis amoureux d'elle, dit le cbasseur, et je toudrais bien I'^pouser.

— En ce cas, r^pondit le seigneur, nous aliens lui demander si elie le veut.

lis se rendirent tons deiix h la petite maison, et le cbasseur dit k la petite fille :

— Si vous voulez, je tous ^pouserai, je suis ricbe et TODsne manquerez de rien.

-Non, r6pondit-elle, mes frferes doiTent rester qaatre ans emmorphos^s, je veux les attendre. Le seigneur lui dit:

— Ta position n'est gufere agr^able, mon enfant, tu as encore pr^s de trois ans k attendre, et peut-etre seroQt-ils tu6s d'ici ce temps. A ta place j'accepterais.

La jeune flilo consentil b. ^pouser le chasseur ; la noce eut lieu, et au moment oil on allait so mettre k Uble, les sept cerfs arrivfirent et se plac^rent parmi les convives. La marine leurmitdes mouchoirs hiancs entre les cornes, et aussitAt, au lieu de sept cerfs on vitsept beaux gargons, les plus beausqu'on put voir.

— Ab ! mes fr^res, leur dit-elle, que je suis

i56 LES SEPT GARQONS ET LEUR SCEUR.

tente de vous voir ! mais qui vous a abr6g6 alnsi voire temps ?

— -G'est, r^pondirent-ils, une'f^e qui nous a ditque si nous assistions k ton manage, elle nous faisait gr&ce de deux ans.

Apr^s la noce, la marine dit :

— Je voudrais bien aller voir mes parents avec mes flares; ils sont vieux, et sans doute ils nous croient tons morts.

— Je veux bien, r^pondit son mari, je suis assez riche pour vous tous, et tes fr&res et tes parents viendront demeurer avec nous dans mon cMteau.

Quand ils arriv&rent h lamaison oti demeuraient les vieux parents, ils trouvferent la porie ferm6e, et les voisins leur dirent que le bonliomme 6tait mort, et que la bonne femme ^tait par tie h la rechercbede ses enfants , et qu'on ne savait ce qu'elle 6tait devenue.

lis all^rent consulter une somnambule qui leur dit:

— Yotre m^re a &ii prise par les f6es : elle est dans leur souterrain oil elle file et tricote toute la journ^e, et elle n*est gu^re heureuse ; le souterrain est au bord de la mer, aupr^s d'une falaise, et au-dessus est la baute tour d'un ch&teau ; mais il n'est gu^re facile d\y arriver. Pour y entrer, il faut parcourir un sentier 6troit au soleil levant qui a plus d'un quart de lieue de long, et Tenlr^e ne pent laisser passer qu'une per- Sonne. Ufaudra vous munir d'uji falot, et quand vous y serez entr6s, vous verrez trois corridors devant vous ; c'est au fond de celui de gauche que votre m^re assise file et tricote pour les f^es.

Ils chercb^rent le sentier,] sans pouvoir le troa-

LES SEPT GARgO.NS ET LEUR S(EUR. 157

ver; mais ils virent un homme k qui ils demand&rent s'il connaissait le chemin de la groite aux f^es.

— Oui, r6pondit-il, et j'ai souvent essay^ d'enlrer dans leur trou, mais jamais je n'ai pu.

— Moutrez-nous-le, dirent-ils.

Ils arriv^rent h Tentr^e de la grotte, et ayant allum^ des lumi^res, ils prirent le corridor de gauche et virent au fond leur mhve qui filait. lis Temmen^rent avee eux, mais se gard^rent bien de rien dire aux Kes, car s*ils leur avaient parl^, il leur serait arrive malheur.

Us all^rent ensuite dans le chdteau du mari de la jeune femme, et ilsy vecurent heureux tous ensemble.

Cont^ en 1880, par Jacqaemine Nicolas, de Saint-Cast, femme de Julien Gourhan, Itg^e de GO ans environ.

La fiUe aux sept fr^res^ n* XXVI des Contes populaires de la Haute-Bretagne, a quelque rapport avec ce conte. Celui qai suit et que j'ai recueilli dans riile-et-Vilaine a pluaieurs Episodes commqns avec Les sept gargons et leur scsur ; I'^pisode du doigt sac6 y est plus motive ; mais la fin en est uliMe et ^court^e.

ik

LES SEPT CARgONS ET LEUR SCEUR

11 ^lait unc fois un bomme et une femme qui avaient sepl garoons et point de Slle. Le man en £tait bicn fdcb^, et il disait k sa femme :

— II n'y a ici que des gars et point' de cuisinifere: si Ion prochain enfant est encore un gar^on, je tuerai tout h la maison ; si c'est une fiUe, je tuerai les gars.

La mfere (lit i\ ses enfants :

— Si voiis vo}'ez une quenouille devant la maison, il faudra vous sauver bien vile ; car votre pfere vous tuerait.

Quelque tnmjis aprts, ih Tirent une quenouille; Blurs ilspai'ltiTiil tous les septet se r^fugi^rent dans U tor&i, oil ilii U ouv^rent une petite maison qui ^tait bien cominodo pourdeineurer; ils se firent ebarpentiers, et ils viv;iii?iitJli'aise; maisils 6taient marris de ne point avoir i!i^ femme pour preparer leur cuisine.

Lourpfre cl.iit bien aised'avoirunefille; il la ch^-

rlssait de sou ii:ieux, et il lui acheta un peigne d'ar-

gOuU Un jour iiu'elle se peignait sur le bord d'un

^*' --upH' -^iirvjnl qui pritle peigne dans son bee,

\ fuir oil sautillant. La petite fllle coarut

leu^t'. etelle lui r4p^tait :

.* pK'. rt<iidt-Dioi mail peigne I ^ f'.t, iViids-iDoi moD p«ifne ■

ij^ eonlinuait k se sauver; elle la suivit, et

LES SEPT GARgONS ET LEUR SGEUR. i59

finit par arriver h la petite maison oh demeuraient ses fr^res. La pie se posa sur la chemin6e, et laissa tomber le peigne d'argent. La petite iille enira dans la cabane par le trou da chat — elle n*6tait gu^re grosse — et trouva son peigne qui itait tomb^ dans les cendres da foyer; elle le ramassa, puis elle sorlit, et alia se cacher sous une cuve.

Au soir, elle yit yenir ses sept Mres, dont sa mhre lui avait souyent parl6 ; elle fut biencontente, el elle sedit :

— lis n*ont point de cuisini^re^ les pauyres gars ; demain je leur ferai leur soupe.

Elle se leya ayant le jour, et quand les fr^res s'6yeil- I^rent le lendemain matin, ils trouy^rent leur soupe toute chaude; lesoiret les jours d'apr^s leur repas 6lait encore pr6par^, et ils ne yoyaient personne. lis se dirent :

— II faut que nous sachions qui nous appr^te nos repas ; nous allons acheter des ^pingles et les mettre dans nos draps de lit ; de cette faQon d^s que nous remuerons, nous sentirons les ^pingles et nous serons r6veill6s.

Le lendemain, elle leur fit encore leur soupe; un des frferes se r6veilla, et la yit.

Elle retourna se cacher sous la cuye ; ils la ley^rent et lui demand^rent ce qu*elle faisait 1&. Alors, elle leur dit qu'elle 6tait leur soBur.

Ils lui dirent de rester k la maison, et de faire tout ^sa guise; ils lui donn^rent un petit chien, en lui recommandant de lui ofTrir k manger de tout ce qu'elie aurait ; car c*6tait le petit chien qui allait chercher du feu chez un Sarrasin (1) et il aurait d6yor6 la ^ petite iille sll Tayait yue.

Un jour la petite iille mangea une noix, et n'en

(l)Ogre; c'est un synonyme que les conteurs gallots emploient assez fr^quemmeiit.

16) LES SEPT GARQONS ETLEUR SCEUR.

donna point au chien ; le feu s*6teignit et le chien ne voulut plus comme d'habitude aller en chercher chez ie Sarrasin. La petite fille fut obligee de prendre son <sabot et d'aller k sa place.

EUe frappa k la porte du Sarrasin, et sa femme qui n'^tait point sarrasine vint lui ouvrir.

— Donnez-moi du feu, s'il vous plait, ma bonne dame, dit la petite Glle.

— Je veux bien, mon enfant, r^pondit la femme ; mais sauvez-vous bien vite ; car mon homme est Sarrasin, ets'il vous voyait, 11 vous mangerait.

Comme la petite flUe 6tait prdte k partir avec son feu, le Sarrasin arriva, et sa femme n'eut que le temps de la cacher sous un paquet de linge sale.

— Je sens la chair chrStienne, dit le Sarrasin en entrant.

— Non, ce sont des poiilets que je viens de tuer.

— Je sens la chair chr6tienne ; ce ne sont pas des poulets.

— C'est notre vache qui a eu un veau.

— Je sens la chair chr6tienne; ce n'est pas le veau que je sens.

— Ce sont nos petits moutons que je viens de rentrer k ratable.

— Je sens la chair chr^tienne ; dis-moi ce que tu caches.

— Je t'en prie, r^ponditla femme. jevais tout te dire ; mais tu ne lui feras point de mal : c*est une petite fille qui est venue chercher du feu dans son sabot.

— Je veux bien ne pas la manger, dit le Sarrasin ; mais k la condition que tous les matins elle m*apportera son doigt k sucer.

La petite fiUe s*en alia ; mais tous les matins el!e apportait son doigt ii sucer au Sarrasin, et elle maigrissait h vue d'oBil. Les fr^res s'en apergurent et lui dirent :

I LBS SBPT GAR^NS ET LEUB S(EUB.

\ — Qu'est-ce quetu as?tu<!leTiens pAleci ' Darel.

— Je n'ai rien, rSpondit-elle.

Mais comme ils la pressaient de qaestions. elle ne TDulut point menlir, etlcurdit (ju'uamaUa ellen'avait pas voulu donner au petit chien ua morc«aii de Qoix, et que comme ilrefusaitd'aller cherchcrdu feu, elle avait 6li obligee d'aller en demander cbez le Sarrasin ; 11 ^tait survenu pendant qu'elle en preaait, et n'avait conseiHi k nc pas la manger, que si elle loi appoi'lait sun doigt k sucer; tons les matins elle passait son doigt gauche par une fente de la porte, et sa main enQait d^s que son doi^t avail M sac^.

— Demain tu retoumeras encore, lui dirent ses frferes ; mais tu diras au Sarrasin d'agrandir le trou de la porte, et de passer sa tSte pour te sucer le doigt.

Le lendemain le Sarrasin agrandit. le trou de sa porte, et au moment on il passait la tete pour sucer le doigt de \:i petite lllle, un des fr^res qui le guetlait lui fitsauterla tsto d'uncoup de liache.

La Femme du Sanasin Tut bien contente d'etre d^barrass^e de son mari ; elle I'enUrra dans un grand trou, dans un coin de son jardin. Elle planta sur sa fosse des poircaus qui devinrenl si 6iiarmes que chacun d'euxavait plus d'un pied de tour. Les frferes D'avaient point de jardin ; mais la femme du Sarrasin leur donnait volontiers des legumes. Un jour its dirent 4 leur sceur d'aller chercher ili.s poiiciinx; tile en mi t dans lasoupe; mais dfes ques,':? Iivres I'eurent mangle, ils tourn^rent en Sarrasim.

La petite fllle resta k vivre avec la veuve du Sarrasin, etelles furent trfes heureuses louies les dcu\-.

ConU en 1881, par Franfoiso Dumont, d'Erci:, lille d'un ti lerand, ig&e de 31 am environ.

LE PILLOTOUS 'J

Un jour que la pillolout Sans-0<iarLier Iraversait une foret, il aper^ut parmi les arbres un beau cM- Usau, et il y alia pour deinander si la cuisioiere n'a- Tuit pas des peaux de lapins h lui veudre ou des chiffons us^s h ^cbauger pour des moucboirs de couleur.

Dans la cour, dont la porte dtait ouverte, il n'y avail personne, pas' mfime un chieo : il poussa le cri habitual aux gens de sa profession :

Li boorgeolie, aT'ous des iiillols (3} ?

sans entendre aucune voix lui Mpondre. £tonn6

de ce silence, il entra et commenQa h. visiter la

maison. Dans la cuisine des marmiles ^taient sur

le leu, mais 11 ne voyait point de cuisinier; la table

de la salle ii manger £tait couverte de belles as-

siettes avec des morceaux de pain blanc & r,6t£ \ mais

ni U, ni dans les autres cbambres qu'il visita, il ne

put apercevoir aucun habitant, ce qui le surprit

^trangemeut.

ii reviiit !i la salle ii manger, et comme il avail

■' be mil k table, aprfes avoir pris un peu de

dans Icsmarmites; mais au moment oil il

It to iioni <iu'on donne en Haute -Bretagne aoi chiffon-

|jUlllI>l>-

LE PILLOTOUS 163

portait a sa bouche les premiers morceauxy il entendit una voix qui, par trois fois, prononQa distiDCtement son nom. II se leva, et parcourut encore les appartements sans voir personne. Quand il eut recommence h manger, il s'entendit de nouveau appeler, et cetie fois, il d^couvrit dans une des chambres une ch^vre qui lui pr^senta du tabac et lui demanda s*il 6tait un homme courageux.

— Oui, certes, r6pondit-il, et je ne sais encore si la peur a du poil ou de la plume sur le dos.

— En ce cas, dit la ch^vre, tu peux rendre un grand service k une personne afflig^e : reviens h la nuit dans cette chambre, et quoi qu*on te fasse, quoi que tu entendes dire, ne prononce pas une parole, et ^aisse-toi m^me au besoin mal trailer.

A minuit, le chateau retentit d'un bruit de chaines aglt^es avec violence, et quatre diables descendirent par la chemin^e ; ils se jet5rent sur Sans-Quartier qui fut roul6 par terre, bern6 dans une couverture, pinc6 et mal traits de la fagon la plus Strange. Mais, comme il voyait que dans tout cela il y avait de Tenchantement, il ne prononga pas une parole et ne fit entendre aucune plainte. Les diables disparurent par ou ils^taientvenus, et il dormit lereste dela nuit.

Au matin, il vit venir la ch^vre qui marchait sur deux pieds pareils k ceux d'une femme, et avail depuis la ceinture jusqu*& terre une belle robe; mais la tete et toute la partie sup6rieure de son corps conservait la forme d'une ch5vre.

Elle lui demanda s'il consentait encore k passer la nuit prochaine dans la Qhambre oil ii avait vu les diables. Sans-Quartier, bien que meurtri, ne voulut pas refuser, et la ch^vre lui donna encore du tabac*

Les diables furent bien plus m6cbants cette f ' quela pr6c6dente; mais le pillotous souiFrit ^

164 LE PILLOrOUS-

fnauvais traiteraents avec courage, et ne poussa p^s line plainte. Quand le jour fut venu, il vit que la t^te seule de la jeune fille avait Tnpparence d'une •ch^vre : tout le corps, depuis le cou jusqu'aux pieds, ressemblait ^ celui d'une belle dame. Commeil se doutait que les 6preuves qu'il subissait contrlbuaient i achever la metamorphose, il consentit encore ^retourner passer la nuit dans la chambre aux enchantements.

A minuit, un bruit horrible de chaines se fit entendre, et les diables parnissaient plus irrit^s que de <ioutume. Apr^s avoir tracass6 et roul6 Sans-Quartier, Tun d'eux s'^cria :

— 11 faut mettre ce pillotous ii la broche ; nous verrons bien si, quand il tournera et grillera devant le feu, sa langue fmira parse duller.

— Excellente id6e, r6pondit un autre ; va chercher •une broche bien pointue, pendant que moi j'allumerai un brasier capable de rdtir un bceuf.

Les deux autres diables continu5rent h. tourmenter Sans-Quartier jusqu*au moment oil le coq chanta pour annoncer les premieres lueurs du jour, et ils sen all^reiit sans avoir mis leur menace k ex6cution : mais le pauvrehomme 6tait si moulu qu'il pouvail ^ peine se remuer.

Au matin, il vit parailre la jeune fille dont la t^le ^e chfevre avait disparu pour faire place h une figure la plus jolie du monde; elle ressemblait^ une grande dame, si belle et si bien faite que le pillotous demeura ^bloui.

Elle le remercia de Tavoir, par son courage, d61ivr6e de son enchantement, et lui ordonna d'aller •chez un marchand de corbeaux qui demeurait assez loin, et qui avait sept de ces oiseaux. Quand le pillotous fut arriv6 k la maison du marchand, celui-cl lui

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LE PILLOTOUS. 165

dit que ses corbeaux ^taient b. manger du grain dans an champ qu'il lui indiqua.

Sans-Quartier ne vit d'abord que six corbeaux, qu*il appela et qui accoururent h lui : peu apr^s il apergut le septi^me qui revenait h tire-d'aiies.

— D^oil viens-lu, corbeau? lui demanda le pillotous?

— Des fiangailles de la princesse de S^r^sie.

— Viens avec moi, dit Sans-Quartier, qui comprit que la princesse 6tait cette dame dont il avail rompu renchantement.

II arriva, conduit par le corbeau, au palais du roi oil tout le monde 6tait en f^te. La princesse le reconnut et trouva moyen de lui parler secr^tement : elle lui ditqu'avantd'avoir 6t^ transform^e en ch^vre par une m^chantef^e, elle 6tait promise h un prince; mais que si pendant trois matins de suite Sans-Quartier Youlait se trouver h trois heures pr5s de la fontaine, elle lui accorderait pour sa recompense tout ce qu'il voudrait.

Le pillotous consentit encore k cette nouvelle ^preuve, car la princesse ^tait si belle qu'il se serait laiss6 hacber en morceaux pour lui plaire.

Le premier matin, il s'endormit et ne se r^veilla quelorsqu'il sentitqu'oi) leplongeait dans Teau froide ; quand il ouvrit les yeux il vit une belle dame dont il ne distinguait pas les traits k cause de Tobscurit^, et qui, avant de le quitter, lui mit dans la poche un mouchoir. Le lendemain et le jour sui vant pareille avr lure lui arriva : et quand vint le matin du der jour, il vit aupr^s de lui une vieilie femme qui In

166 LE PILM>TOUS. .

que la princesse elle-m^me lui avait mis les trois iiiouchoirs dans la poche, et elle lui cooseilla d'aller au palais du roi et d'y enlrer hardiment.

Quand il y arriva, on y faisail un grand festin poor c^i^brer la d^livrance de la princesse : son p^re, la voyant toute triste, lui demanda si elle 6tait contrari6edese marieravecle prince sonfianc6. Eller^pondit d*abordqu'elle agirait suivant la voIont6 de son p^re ; mais ensuite, press^e de questions, elle finit par avouer qu'elle d6sirait, k moins que^ le roi ne s*y opposd^t, 6pouser son lib^rateur qui avait souffert pour elle. Le Pillotous parut en ce moment, et comme c'6tait un homme de bonne mine, k Tair ouvert et h la figure intelligente, ilne d6plut pas au p^re de la princesse, qui consentit volontiersau manage. IlsQrent de belles noces, auxquelles furent invites bien des gens^ et ils v6curent heureux jusqu'^ un dge avanc^.

Cont6 en 1879, par Marie Huchetz d'Erc^, &g^e do 13 ans.

! 11 suit une fois un homme qui avail uoe petite I fiUe; 11 lui avail donn6 une f^e pour marraine et il I Taimait bien. Mais sa femme mourut, et comme il etait encore jeuae, il se remaria et de son secoad . manage il eut une fille.

La femme, comme c'est I'ordinaire des bellesm^res, n'aimail point renfant de son mari, et elle itait jalouse d'elle parce qu'elle ^tait plus jolie que sa fitle. Elle I'enToyait garder les moulons et lui donnait seulement un petit morceau de pain sec pour a a journ^e.

Un jour la petite lllle £lail & regarder son morceau depain ; elle songeaitqu'il glaitbien petit el bien dur, et que, pendant que sa scBur restait k la maison bien cboy^e el bien nourrie, elle ^tait dans les cbamps, trait6e comme une mendiante. Bile se mit ft pleurer et elle vit sa marraine qui passait par U, d^guis^e en chercbeuse de pain.

— Qu'as-tu il pleurer, ma petite fllle?lui demandatelle. .

-^ Regardez, r^pondit-elle, ce que j'ai pour me nourrir toute la journ^e.

— Ce n'est gu&re, mon enfant ; mais tu en as encore plus que moi : veux-tu m'en donner un petit morceau ?

L'enfant partagea son paia avec la vieille, et elle

'«8 LK HETIT MOCTOS MARTINET.

loi rwonu commeDt sa belle-mere la trailait et

leDTorait garrfer sod Iroopeaa sans lui donner de

qi'oi maager son content.

la J^*^™""^"' ^ nomment les moutons? demaada

- Celui-ci se nomme Martinet, I'autre TWbaud lantre Isar.

- Lequel aimes-tu le mieux?

- C-e?l mon peUt mouton Martinet, car Jl n'est point farouche, et il se laisse caresser

- Hd bien, dit la Ke ; void une baguette. Quand lu entendras sonner la clocbe, tu fiapperas surle dos de ton mouton en disant:

Pir i> vertu do mon njoown MJHinet,

Qu ]1 tientio une Ubie oil j'aie lout i souhait,

et tu verras se dresser devant toi une table bien gamie, que tu feras disparaitre qoand tu serasrassasi6e. Mais garde-toi bien que ta belle-mfire ne sache que lu as la baguette, car elle te ferait encore du mal. La petite fllieremercia la fie qui s'^loigna. Quaod elle entendit sonner I'Ang^lus, elle appela son pelit mouton, et elle hii frappa dooeement sur le dos en disant :

Aussitflt elle vit devant elle une jolie table servie el les plats qui ^taient dessus ^taient tout chauds. Elle mangea de bon app6til, puis quartd elle n'eut plus faim, elli: joua de sa baguette en disant :

s jours elle ^tait serrie quand elle voulait,

LB PETIT M0CT05 MimXTT- %$»

et loin de maigiir, elle derenait de plus en plus fraiche et jolie ; sa belle-m^re en etait faien najrrce, et elle dit h sa fille :

— Demain, ta iras aax champs arec ta somr, et la lui diras : a Ma siBor, cherdie-moi mes poaz dans Iat6te et je te chercherai les tiens aprte. » Tu feias mine de dormir et ta verras si qae1qa*an loi appoite h. manger.

La vilaine petite fille alia anx champs aTec sa s<Biir, et lui dit :

— Ma sGBur, si ta yeux noas allons nous chercher

DOS pOUX ?

— Yolontiers, ripondil la petite fille.

Elle se mit k peigner sa sceur, mais comme celle-ci se doutait qu'elle 6tait venae poor I'dpier, elle se tint sur ses gardes. La petite fille eat faim et elle dit h sa soeur :

— Qu*est-ce que tu as ^manger?

L'autre lui montra son morcean de pain sec ; inais quand elle le vit, elle fit la grimace, et retourna diner k la maison. Dhs qu'elle fut partie, la petite fille appela son monton, et le frappa de trois coups de baguette en disant :

Par la vertu de mon mouton Martinet,

Qu'il Vienna une table od j'aie toat k soabait.

Le lendemain la m^chante belle-m^re envoya encore sa fille ; mais elle lui donna un gros morceau de pain bien beurr^ pour qu'elle n*etlt pas besoin de revenir Stmidi.

La vilaine petite fille se mit k peigner sa soBur; mais elle fit mine de s'endormir. Fanchette prit la t^te d'un vieil kne qui n*avait plus que les os, et mit entre les mains de sa soeur, puis elle aj

son mouton et fit jouer sa baguette en disant tout bas :

Par la vertu de mon mouton Martinet, QuUl vienne une table od j'aie tout k souhait.

L'enfant, qui ne dormait pas^ vit sa soeur manger des meilleurs plats et faire ensuite disparattre la table. Quand elle rentra k la maison, elle raconta ce qu*elle avaitvu, et sa m^re en fut si irril6e, qu'elle tomba malade de colore et se mit au lit.

En revenant, son mari la trouva couch^e et lui demanda ce qu'elle avait :

— Ah ! r^pondit-elle, je suis bien malade.

— Qu'est-ce que je ferais bien pour te guirir, dit le mari.

— Si je mangeais un morceau du petit mouton Martinet, il me semble que je serais soulag^e.

— Ah ! dit le mari, ce serait dommage de le tuer, car il est gentil et ma fille Taime bien ; il vaudrait mieux tuer Isar ou Th^baud, qui sont aussi gras.

— Non, r6pondit-elle, c'est Martinet que je veux manger.

Quand Fanchette apprit que son mouton allait 6tre tu6, elle alia chez sa marraine, et lui dit en pleurant :

— Ah I ma marraine, ma m^chante belle-m&re qui veut manger mon pauvre petit Martinet I

— Puisqu'elle veut le manger, r6pondit la Ke, je n'y peux rien ; mais tu demanderas k ton pere sa t^te et ses quatre pieds, et tu me les apporteras.

Quand la f^e eut la t^te et les pieds de Tagneau Martinet, elle les toucha avec sa baguette, et dit :

Je veux quMci s'^l^ve un beau ch&teau, OCi se trouve dedans tout ce quil faut.

Alors la t6te devint la charpente et les pieds form^rent les marailles. On voyait le chateau de la mer, et il ^tait plus beau que celui du roi.

Quelque temps apr5s le fils du roi alia h la chasse, et il se trouva h passer aupr^s du chateau :

— Voil^, dil-il, un cMteau qui a 6t6 construit depuis peu.

II y entra et dit k Fanchette :

— Voulez-vous me permettre d'allumer mon cigare. Mademoiselle. ^^

— Oui, Monsieur, entrez.

Jamais le fils du roi n'avait vu rien de si beau, el, comma Fanchette lui plaisait, il se mit k lui faire la cour. En s'en allant, il lui dit :

— Je voudrais bien revenir ici ; que faudra-t-il vous apporter?

— Un peu du gibier que vous aurez tu6, r6ponditelle-

Quand il fut de retour chez son p^re, il lui dit :

— J'ai fait bonne chasse, et j'ai vu sur ma route un chiteau qui est plus beau que le n6tre ; il faudra que vous veniez le voir avec moi.

lis vinrent au chateau, et virent sur le balcon la jeune fille qui chantait. lis lui demand^rent la permission d'entrer; et elle y consentit : pendant quails descendaient de cheval, elle se h^ta d'^pousseter le salon, puis elle vint leur ouvrir et les invita k s*asseoir dans des fauteuils tout dor6s.

— D6sirez-vous vous rafraichir? leur demandat-elle; il fait chaud.

— Avec plaisir, Mademoiselle, dit le roi.

Elle alia dans sa salle k manger, et pren

i'i LE PETIT MOUTON MARTISET.

foaguelle que lui avail doonde sa marraiae, elle dil :

Ptr li Tertu de nion moaUm Htrtinet,

Qa'il Tfean« une ubie oil J'ue tont k aoahyt

U viat line lable couverte de patisseries et de liqueurs ; jamais le roi n'avatt vu rien de mieus servi. En s'en allanL le prince dit k son pgre :

— CommeDt trouvcz-vous cette jeune fille?

— Elle me plait beaucoup, r£pondit-il.

— Gl & moi anssi; si elle y coasent, noDS nous marierons ensemble.

Ill revinrent le lendemain, et Fanrbette consentit A jpousar le Ills du roi. Quand elle uvait besoin de quelque chose, el!e desceiidait dans sa cave pour jouer de sa baguette, et sa belle-mCre, qui en eut connaissaoce, trouva moyen de s'y cacher.

Pour le jour du manage, elle dit au roi :

— II n'est pas n^cessaire que vous apportiez rien jci.Je me procurerai lout ce qu'il fau>lra.

Quand le roi et son Ills furent arrives, elle descendit ii la cave pour commander k sa baguette un beau repas; mais sa belle-m^re qui la guettait )a saisit par la ceinture; Fanchette cria au secours, le 6Is du roi accourut et vit la m^chante betle-m£re qui levait nil gniTiil couteau pour dgorger sa belle-fllle. Le prince tuu la m6chante femme et jeta son cadavre il pourrir [laniii les broussailles.

II 36 ninna avec la jeune SlJe, et ils Tirentde belles "'snfholte (It ensuitfi venir son ptre qui dec elle, et ils v^curent heureui.

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LE ROI DES GRAPAUDS £T LA RELNE DE8 6REN0DILLES

Au temps jadisil y avail an Moulin delaMer, en la paroisse de Malignon, un meunier qui fut oblig^ de cesser d'babiter la maison aupr^s de son moulin : toutes les nulls les crapauds el les grenouilles Tenaient se batlre sur le bord de T^tang, et lis faisaienl un lei vacarme qu*il 6lail impossible de fermer ToBil dans le voisinage.

Gela dura dix huil mois, el comme le bruil s*en r£pandit dans le pays, il venail des gens de tr^s loin pour voir la balaille des Crapauds el des Grenouilles.

Parmi ceux qui vinrenl alors au Moulin de la Mer setrouvait un homme qui comprenail le langage des crapauds el des grenouilles ; il dil au meunier :

— Si vous voulez, je vous d6barrasserai des grenouilles el des crapauds qui vous emp^chenl de dormir la nuil dans voire moulin ?

— Ah! r6pondil le meunier, j'en serais bien aise : combien me demandez-vous pour cela?

— Cenl francs, diirhomrae.

— Si vous pouvez m'en dibarrasser, ce n'esl pas cenl francs, c'esl mille francs que je vous donnerai.

Le meunier emmena Thamme au moulin; quand Tint le soir, les grenouilles commenc^rent h coasser dans r6lang, et les crapauds descendaienl la montagne en faisanl entendre leur cri ; ils se baltir"-

i74 LE ROI DES CHAPAUDS

le comtat avail lieu partout, sur la chaussde, dans r^tang, dans lacourdu moulin, etjusquedans la maison.

L*homnae qui entendait le langage des b6tes ne disait rieh et 6coutait. Quaud le combat fut terming, 11 dit au meunier :

— Savez-vous la cause de celte balaille?

•^Non.

— G*est une guerre qu'il y a entre les Grapauds et les Grenouilles; le roi des Grapauds est devenu amoureux de la reine des Grenouilles et Ta demand^e en manage ; mais elle a refuse, et c*est pour cela qu*a lieu tout ce carnage. Mais demain, si vous voulez, je prendrai la reine des Grenouilles.

— Comment ferez-vous ?

— Peu vous importe; avez-vous un filet un peu grand?

Le meunier lui donna un filet grand comma un carrelet; Thomme qui entendait le langage des b^tes le graissa avec une pommade qu*il avait dans une petite bouLeille, puis il tendit son carrelet, et la reine des Grenouilles vint s'y prendre. Elle pesait plus de dix livres et elle 6tait toute verte : elle avait les yeux comme des verres de montre et les pattes aussi grosses que les mains d'un bomme de grande taille. lis furent bien 6tonn6s de la voir, et le meunier en eut peur.

La reine des Grenouilles dit k I'bomme qui avait tendu le carrelet :

— Abl pScheur, pourquoi ton filet m'a-t-il prise?

— Parce que je voulais f avoir en ma puissance, r6pondit-il.

— Qui t'a d6voil6 le secret que tu as?

— G'est le phre Lampoudrie.

— Abl s'6cria-t-elle, c'est mon grand ennemi ;

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