‹ Contes populaires de la Haute-BretagneChapitre 43 sur 91 · LB PRESENT DB L\ F£E · texte numérisé non relu

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il arriva h la lisi^re de la for^t, ii se faisait tard, et la Duit commenQait h tomber.

— Ah! mon Dieu, dit-il, ma m^re qui m'avait tant recommand^ de passer la for^t avant la nuit; comment ferai-je si je suis attaqa6 par les brigands?

II h^ta 1e pas, et marcba dans la for^t, qui ^tait large de deux lieues. En arrivant au milieu, il vit une pauvre vieille bonne femme 6tendue par lerre sans connaissance.

— Si jem'arr6te k la secourir, pensa-t-il, la nuit va me surprendre; si je la laisse, c'est l&chet6. Ma foi, tant pis; je vais voir si je peux lui 6tre utile.

II alia k e\\&, et lui versa sur la figure un peu d'eau qa'il avait dans sa gourde : elle ouvrit les yeux, et luidit:

— Ah ! mon Petit Pierre, je savais bien que tu avais bon coeur ; il y a longtemps que je te connais.

Ellese leva, et aussil6t, de vieille qu'elle 6tait, elle devint jeune et belle, et elle 6tait vfttue comme une grand e dame.

— Je ne savais pasqui vous 6tiez, ditle jeune gar- Qon; comment savez-vous mon nom?

— Ne te souviens-tu plus que, lorsque ta m^re te disait des contes, tu aurais bien voulu voir des f^es^ Je suis une f6e, et je m'appelle Truitonne (i); pour te souvenir de moi, je vais t'accorder un don; d6sire ce que tu voudras, et ton soubait sera accompli.

— Eh bien, r6pondit-il apr^s avoir un peu r6fl6chi, je voudrais 6tre invisible.

— Quand tu auras envie d'etre invisible, dit la f6e, tu

(I) La f^e Truitonne est assez connue des narrateurs gal' ne crois pas qu*ils aient emprunt^ ce nom aux contes de a d'A^lnoy.

184 le; present de la fee.

h*auras qu*i souhaiter de le devenir et persoiine ne te verra ; mais prends bien garde d'abuser de ce don,

Jpa belle dame disparut, et Petit Pierre se remit en route. Bient6t il vit paraitre des brigands; il en vcnait de tous c6t6s, et Ton aurait dit une fournaili^re. II soubaita devenir invisible, et il passa au milieu d'eux sans 6tre vu.

11 arriva au regiment, et, eomme c'6tait un bon gargon, ilse fit aimer desescamarades et deses chefs. Bient6t Tarm^e partit pour la guerre,'etun jour elle se trouva dans une position difficile. Le g6n6ral disait :

— Si on pouvait savoir comment I'ennemi est embusqu6, nous Tattaquerions par son c6t6 faible, et nous serions victorieux ; mais ^comment pourrait-on, 8ans dtre tu6, alter reconnaitre ses positions ?

Petit Pierre alia trouver son commandant et lui dit:

— Si vous voulez, j*irai reconnaitre la ville et je «aurui comment elle est faite.

— Non, r(pondit le commandant, tu serais tue ; roste ioi, tu es un trop bon soldat pour que je veuille to pordre.

— Si vous voulox me laisser, je vais parlir, dit PeliL

< * Vu> men gar^on, puisque c*est ton id^e ; mais j'atuuM\dH mioux que tu restasses ici.

Ovi«uu) IVlit Pierre se miteu route, tous ses cama-

*^^» viui^nU lui dire adieu et lui serrer la main, pen-

\\m\ qu'iUne lo reverraient plus jamais.

LE PRESENT DE LA FEE. i85

-^ A bientdt, leur cria-t-il.

Avant d'arriyer h la forteresse des ennemis, il souhaita d'etre invisible ; il pnssa au milieu d'eux sans Stre apergu, et il les entendait se r^jouir et dire qu*ils tueraient tous les FranQais. II fit le tour des remparts, et vit un endroit faible. Quand il Teut bien remarqu6, il dit :

— Je ne suis jamais alI6 dans la ville, j*ai envie de la visiter.

II se mil k se promener au milieu des rues, et il vit que tout le monde se dirigeait vers la grande place. II y alia comme les autres, et vit un grand bilcher sur lequel ^taient attaches deux prisonniers frangais. On se disposait h les briller, ct le peuple dansait de joie autour d'eux.

Petit Pierre avait apport6 son sabre, il le d^gaina, et se mit h sabrer les ennemis k droite et h gauche, et, comme ils ne le voyaient point, ils ne savaient d*ou cela venail; il alia au biicher, coupa les liens qui altachaient les deux Frangais, et leur dit :

— T4chez de vous sauver.

Ils 4taient bien etonn^s de Tentendre parler, car ils ne le voyaient point; mais ils se mirenl h courir de ieurmieux, et Petit Pierre sortit de la ville, et revint a son regiment. Comme il 6tail redevenu visible, son commandant Tapergut et lui dit :

— Ah ! te vo'iih, mon Petit Pierre, je suis bien aise cle te voir.

— Menez-moi au g6n6ral, r6pondit-il ; j'ai trouve le c6t6 faible des ennemis.

II raconta au g6n6ral ce qu'il avait vu et s'offrit ill conduire Tattaque.

. — Ahl dit le g6n6ral, si nousr6ussissons, gr^ce h loi, je te fais passer colonel d'embl6e.

A onze heures du soir, le regiment se mit en m

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