LES BQEUFS DES FEES
Les f^es de la Brousse (i) rendaient volontiers service h leurs voisins, et elles ne demandaient point de recompense ; mais, quand elles donnaient un avis h quelqu'un, il fallait faire comme elles disaient. Tant pis pour celui qui ne leur ob64ssait pas, car elles s*en souvenaient.
Elles avaient des boeufs, et quand les gens du Fr^ne (2) voulaient faire leurs labours, ils venaient les leur emprunter ; mais elles leur recommandaient bien de ne pas les faire travailler avant le soleil lev6 ni aprfes le soleil couch6. Pendant longtemps les gens du Frfine *ob6irent aux f6es ; mais, un soir qu'ils 6taient h labourer, il ne leur restait plus que les fori^res (3) ^.charruer pour terminer la pi^ce de terre — c'est un champ qu'on nomme la Garenne, — ils firent travailler les boeufs aprfes le coucher du soleil, et les bceufs crev^rent aussit6t.
Alors les f^es vinrent au champ oh leurs boBufs 6taient morts, et elles dirent :
(i) A la Brousse il y a un groupe important de m^galithes qui jadis 6taieDt la demeure des f^es.
(2) Le Fr^ne est une ancienne gentilhommi&re. [3] Espace entre le talus et la culture.
188 ' LES BffiUFS DES FfiES,
Faine, Faine(l)
La Brousse et le Frdne,
Jamais ton bien ne passera ton mat,
Et, tandis que tu vivras,
En pauvret^ tu iras.
Et de fait, toujours depuis ce temps jamais les habitants du Fr6ne n'ont prosp6r6.
Cont^ au ch&teau de la Saudraie en Penguilly, en 1886, par
Francois Maliet, du Gouray, cultivateur propri^taire, kgi de 60 ans
environ. N6 aupr^s de la Brousse, et y ayant pass^ toute sa vie,
il a entenduracohter beaucoup de cboses sur les f^es qui, d'apr6^
/ la tradition, y faisaient leur deraeure.
On raconte une l^gende assez semblable k Vieux-Bourg Quintin, sur la limite de la langue frangaise et de la langue bretonne: « A Kerfolben, oil Ton voyait jadis an tumulus, vivait un Korandon qui ^tait fort riche en tFOupeaux de boeufs. Lorsque les gons du pays avaient besoin d'un attelage. ils se rendaient aupr6s du tumulus k la tomb^e de la nuit, et demandaient une paire do boeufs au Korandon. Lo lendemain, k Taube, les boeufs so trou-' vaient au pied du tumulus, li^s sous le joug. Ils 6taient absolument noirs. Mais il fallait avoir soin, lorsque le jour baissair^ de les reconduire k Tendroit m6me od on les avait pris le matin, et Ton mettait sous leur joug cinq sous pour le Korandon ». (Communique par M. Lionel Bonnem^re).
(1) Sort jet6, sort jet<5! Faiiier veut dire jeter un sort.