‹ Contes populaires de la Haute-BretagneChapitre 46 sur 91 · L'ENFANT QUI VA CHERCHER DES REMEDES · texte numérisé non relu

L'ENFANT QUI VA CHERCHER DES REMEDES

II y avait une fois une femme veuve qui avail trois enfants ; Taiii^ avait douze ans, le second onze ans et le plus jeune neuf. Elle n'6tait pas riche et elie travaillait tant qu*elle pouvait pour les Clever et leur donner du pain ; mais un jour elle tomba malade, et ses petits enfants, qui n'avaient point d'argent pour payer le m6decin et acheter des rem^des, se d6so* laient et ne faisaient que pleurer.

La pauvre femme allait de mal en pis, et, un jour que les enfants 6taient tous les trois h pleurer dans le foyer, ils virent descendre par la chemin^e une petite bonne femme qui n'^tait pas plus baute que la botte d'un cavalier :

— Qu'avez-vous h vous d^soler ainsi, mes enfants ? leur demanda-t-elle.

— Depuis quinze jours notre pauvre mfere est malade, r^pondit Tain^ ; elle va de mal en pis, et nous ne Savons que lui faire.

— Eb bien ! mes petits enfants, dit la bonne femme, qui etait une f6e, cessez de vous d6soler; il y a sur le Mont-Blanc une herbe h trois coutures qui est sous un chat-buant ; si vous pouvez la rapporter, ^''

rira votre m^re ; mais il y a des obstacles T

i7<5 LE ROI DES CRAPAUDS

— Si je suis laid, r6pondit-il, je ramasse le venin de la terre et jepurifie I'eau qui te nourrit (1).

Lareinedes Grenouilles promit au roi desCrapauds de se marier aveo lui le lendemain :

— Ah I disait-elle, depuis que la guerre dure, j'ai d^ji perdu plus de dix mille grenouilles.

— Et moi, r^pondit le Crapaud, plus de vingt mille de mes sujetssont mortsk la guerre.

lis invit5rent h leur noce le meunier et la meuni^re, •en leur disant :

— Apr6s la noce, nous vous donnerons une recompense. •»

Le lendemain soir, le roi des Grapauds arriva le premier sur le bord de T^tang accompagn§ de tous ses sujels; il s'^tait fait beau pour le mariage : il avail les yeux rouges et le corps couvert de boutons gros comme des oBufs de poule; c'6lait 1^ sa beaut6 et il avait mis son plus bel habit. La reine des Grenouilles se pr^senta k son tour, qui 6tait bien belle aussi : elle avait mis sa plus belle robe verte et ses yeux 6taient gros comme des verres de montre, et toutes les grenouilles chantaient parce que la guerre 6tait finie.

Le repas eut lieu au bord de r6tang; il y avait des (nets et des friandises h la mode des Grapauds et des Grenouijles : une table 6tait dress6e pour le meunier, ia meuni^re et I'homme qui entendait le langage des b^tes, et il y avait dessus tovt ce qu'on pent d6sirer de meilleur comme nourriture et comme boisson.

Quand le repas fut termini, les Grapauds invil^rent les Grenouilles h danser, et la danse dura jusqu'au matin. Lorsqu'elle fut termin6e, le Grapaud dit au meunier.

— G'est toi qui es cause que j'ai 6pous6 la reine

(1) Les crapauds passent poai* prendre le niauvais air.

ET LA REINE DBS GBENOUILUS. 177

des Greaouilles; pour te r^corapenstir, je chasserai de sur tes terres tous les v'lins (1), je les empecherai de ravager tes champs, et ta auras toujours da boones recoltes .

La reine des Grenouiltes lui dit :

— Meunier, pour te rdcompenser de m'avoir laigs6 la vie, tu auras toujours de I'eau dans ton dlang et du b\6 dans ton moulin, et je vais te d^couvrir an ir^sor qui a ^l^ cacb6, ily a deux cents ans, parun autre meunier.

Le roi des Crapa'uds et la reine des Grenouilles lui montiirent le trdsol-, puis Sis s'en allferent ensemble : depuis ce temps le meunier fit toujours de bonnes affaires, et il ne revit plus jtimais le roi des Crapauds et la reine des Grenouilles.

[1) Reptites.

Coat6 en 1880, par Rose Hentad, de Saint-Cut. Etle tient ca conte de Harie Jeanne Carfanuii, igie de iS ana, femme de Ha- Ihurin Renault, labonreur k Soint-Cast. Harie Jeanne Carranian, et £lev£e 1> HenanbiheJi, canton de Matignon, avait appri» ce conte de son grand-p6re.

180 CENDROUSE.

comme elles avaient raauvais coeur, elles dirent que si cela continuait, elles iraient avec leur mfere chasser la bonne femme qui voulait du bien k Cendrouse.

Quand le lendemain GendrouseTit venir la Ke, elle lui raconta les propos de ses soeurs, et elle pleurait en pensant k leur m^chancet^.

— Voudrais-tu, dit la f6e, 6ire mieux habill6e que tu n*es, et avoir de beaux T3temenls bien chauds h la place de tes haillons parens?

—Ah I oui, r^pondit-elle, j'en serais bien contente, quand ce ne serait que pour rendre jalouses mes soeurs qui sont si m^chanies.

— 11 ne Taut pas leur souhaiter du mal, il faul au contraire leur d6sirer du bien, dit la vieille.

— Je tAcberai, r^pondit Cendrouse, de ne plus les dStester, puisque tel est voire d6sir.

La bonne femme lui donna une baguette blanche en disant :

— Ton p&re a fait pousser sur son fumier de belles citrouilles qu'il a soigneusement ramass^es quand elles ont M milres : prends la plus grosse et porte-la dans I'aire. Quand tu Tauras frapp^e d*un coup de baguette, elle se transformera en carrosse : appelle le chat qui se chauffe dans les cendres et qui n*a pas peur de toi, car tu ne lui as jamais fait de mal; en trois coups de baguette tu le feras devenir un cheval tout attel^ ; et quand au lieu de tes vieuz haillons tu auras des habits plus beaux que ceux de tes soeurs, tu monteras dans ta voiture pour

^romener, et la baguette te fournira tout Targent u d^sireras.

GSNDROUSE. 181

Gendrause ne savait comment remercier la vieille femme t elle retourna k la maison, el bienl6t elle moQta dans un beau carrosse atlel^ d'un cheval vigoureiix : elle elait aussi bien v6tue qu^une dame de la ville, et elle commenQa h se promener.

Sur la route elle rencontra la vieille femme qui marcbait p6nibiement appuy^e sur un b&ton : aussit6t elle arrfeta sa voiture et invita la pauvresse d y monler. Celle-ci accepta, et, dhs qu'elle fut assise aupr&s de Gendrouse, elle rede\int jeune et belle et ses v^tements ^taient magnifiques ; elle dit ^ la petite fille :

— Tu as bien fait de ne pas avoir honte de secourir une pauvre vieille mal v6tue : si tu avals il& iagrate et orgueilleuse, tu aurais tout perdu, et personne ne t'aurait plus prot6g6e contre ta belle-m^re el tes sGBurs.

Cendrouse voyagea quelque temps avec la f6e qui» ravie de son bon nalurel, lui Qt ^pouser un beau monsieur avec lequel elle v6cut heureuse.

Conic en 1879 par Aim6 Pierre, do Liflfr^, &g^ de 19 ans,

garQon de ferme h Erc6.

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