L'ENFANT QUI VA CHERGHER DES REMEDES
et il faudra vous d^fier d'une tte qui est mon ennemie mortelle.
La f^e donna k Tain^ une bague en or et lui dit :
— C'est ktoi de partir, car tu es rain6; tiens, voici line bague ; tout ce que tu montrefas avec disparaitra aussit6t.
La f^e s'en alia par la chemin^e, et le plus dg6 des enfants se mit en route ; il rencontra sur son chemin un gros serpent qui se trainait vers lui en sifilant:
— Ah ! pensa-t-il, jo vais fttre aval6 !
Mais il se souvint de la bague que la f§e lui avail donn6e ; il la lira de sa poche etla montra au serpent qui disparut aussit6t, et il ne le revit plus. II continua de marcher et rencontra un tigre qui s'avauQait vers lui la gueule b^ante :
— Ah 1 pensa-t-il, cette fois je vais Mre d6vor6. Mais il se rappela qu'il avait une bague en or que
la f6e lui avait donn^e; il la montra au tigre qui disparut aussit6t, et il ne le revit plus.
II se remit en route, et alia loin, bien loin; il vit un grand precipice qui 6tait devant lui, et, k mesure qu'il avangait; le pr6cipice grandissait ; il essaya d'en faire le tour, mais le precipice grandissait k mesure. Le petit gars ne songea plus k sa bague, et il revint sur ses pas.
A peine ^tait-il rentr^ k la maison, que la petite f6e descendit par la chemin6e :
— Te \oi\k de retour, lui dit-elle, tu n*as pas fait tout ce que je t'avais dit.
• — Non, r6pondit-il ; quand j'ai vu le grand precipice, j*ai eu si peur que je n'ai plus pens6 k la bague.
— G'est k ton tour de partir, dit la f6e au cadet ;
LB PREISENT DB LA FilE; . 183
11 afriva h la lisi^re de la for6t, il se faisait tard, et la Duit commenQait h tomber.
— Ah! mon Dieu, dit-il, ma mfere qui m'avait tant recommand^ de passer la for^t avanl la nuit; comment ferai-je si je suis attaqu6 par les brigands?
II hita le pas, et marcha dans la for^t, qui 6tait large dedeux lieues. En arrivant au milieu, il vit une pauvre vieille bonne femme ^tendue par ierre sans connaissance.
— Si je m'arr6te h. la secourir, pensa-t-il, la nuit va me surprendre; si je la laisse, c'est Uchet^. Ma foi, tant pis; je vais voir si je peux lui 6tre utile.
II alia k ell&, et lui versa sur la figure un peu d*eau qu'il avait dans sa gourde : elle ouvrit les yeux, et laidit:
— Ah ! mon Petit Pierre, je savais bien que tu avals I bon CGBur ; il y a longtemps que je te connais.
Ellese leva, et aussit6t, de vieille qu'elle ^tait, elle devint jeune et belle, et elle 6tait v6tue comme une grande dame.
— Je ne savais pas qui vous 6tiez, dit le jeune gar- Qon; comment savez-vous mon nom?
— Ne te souviens-tu plus que, lorsque ta m^re te disait des contes, tu aurais bien voulu voir des f6est Je suis une f6e, et je m'appelle Truitonne (1); pour te souvenir de moi, je vais t'accorder un don ; d6sire ee que tu voudras, et ton soubait sera accompli.
— Bh bien, r6pondit-il aprfes avoir un peu r6fl6chi, je voudrais fttre invisible.
— Quand tu auras envie d'etre invisible, dit la Ke, tu
(t) La f^e Truitonne est assez connue des narrateurs gallots; i<> ne crois pas quails aient emprunt^ ce nooi aux contes de mad d'Aulnoy,