‹ Contes populaires de la Haute-BretagneChapitre 64 sur 91 · LA CITROUILLE · texte numérisé non relu

LA CITROUILLE

U y avait une fois un gars de Plessala qui vit des citrouilles dans une ferme; c'^tait la premiere fois qu*il en voyait et il dit au fermier :

T- Qu'est-ce que c'est que cela, crapaud? — C'est la coutume des gens de Plessala de dire « crapaud » comme d'aatres disent : mon gars.

— Des (Bufs d'&ne, ripondit le fermier.

— Des (Bufs d*&ne? si on les mettait h couver, vien* drait-il des &nons ?

— Oui.

— Alors vends-m'en un.

Le gars de Plessala dit A sa femme de couver TcBuf d'dne, et elle resta quinze jours accroupie sur la citrouille ; son inari prit sa place et couva huit jours.

Au bout de ce temps, il s*ennuya et, ne voyant pas i'oBuf prfes d'iclore, il dit :

— Crapaud, il parait que ToBuf ne vaut rien.

II prit la citrouille et la jeta par dessus le talus de son jardin; elle se fendit en tombant et r^veilla un li^vre couch6 aupr^s et qui s'enfuit h toutes jambes.

— Par mafoi, crapaud, s'6cria-t-il, si j'avais encore couv6 trois jours j'aurais eu un bon petit ^non ; celuici a de longues oreilies, mais il n'avait qu'un petit bout de queue.

Cont^ par Joseph Andr^, de Tr^bry.

Plessala est une commune des Cdtes-du-Nord, dont les b tants passent pour n*6tre pas des plus fins.

CKU I yil COUPA LA TETE D'UN JEAN^:

II y avail line fois denx perruquiers de fosrfqui coupaieiil lie l.i fouaille le long du talus d'un dump; Us so iiiireot fi deviser sur la langue des femmes, el I'ttin i>uT. qui eiait marifi dit k Tautre :

— U f.iiil que jesachesi mafemmeestbavarde.

Ouatid lis eiirealfini leur ouvrage, celui qiii6Uit

uarii avi^a III) jan qui avait la tete haute, et il dit I son t'.iinar;iito :

— Jo vais I'Duper la tfete de ce Jan, et je pane que ^mnin toiitc In ville sera sens dessusdessousicanse if rel.i.

— Je parie iiue non, r^pondit son camarade.

L'aiiln^ (oiipa la t^te du Jan avec sa faucille et

quand il cntra ciiet lui, sa femme lui dit :

— Manpi' la soupe, elle est bien cbaude.

— Ab ! rt^pondiiit-il en prenant un air chagrin, je n'ai pas le ca3ur k manger.

— Qu'est-ce que tu as? es-tu malade?

J — Kon.

< Raconte-moi ce qui t'est arm^.

■^enni, tu le diraia.

coate repoie sur nne ^quivoqae de prononciktion 1 isu, amme. etjan, Is niot patois qui signiOe ajonc, W pronpn- Ift ai£me manibre.

CELUI QUI COUPA LA TftlK D'U^ JEAN. 257

— Je n'en parlerai k personne; est-ce qu'entre mari et'femme on ne se dit pas tout?

— H6 bien, j'ai coupg la t6te d'un Jean.

— Ah ! malheureux, s'6cria la femme qui se mil k pleurer.

L'horame alia se coucher sans manger sa soupe; mais quand il vit que sa femme 6tait endormie, il se leva toutdoucement, coupa un bon morceau de pain et alia le manger dans le jardin. Elle s'aperQut qu^il n'^tait plus 1^, et, pensant k ce qu'il avait fait dans la journ^e, elle se dit :

— II est sans doute k aiguiser son couteau pour m'en faire autant.

Elle ne put dormir de la nuit, et le lendemain matin, avant d'aller k sa journ^e, son bomme paraissait triste, et il ne voulut pas dejeuner.

Dans ce temps-1^, il n'y avait pas comme aujourd'bui des allumettes dans cbaque maison, vu qu'elles n'^taient pas invent^es, et le matin on allait emprunter du feu cbez ses voisins. Ce jour-l^, une voisine vint en cbercber avec son sabot cbez la femme du journa- Her. Elle lui trouva la figure toute cbang^e et la mine triste :

— Qu'est-ce que tu as? lui demanda-t-elle.

— Je n'ai rien .

— Si, on voit que tu as pleur6 : pourquoi?

— Abl si je te le disais, tu irais le redire.

— Non, s'6cria*t-elle, est-ce qu'entre voisines on ne se garde pas le secret ?

— H6 bien, dil-elle, mon bomme a coup6 la t^te d'un Jean.

L'aulre emporta du feu dans son sabot et ne dit rien; la femme regarda oil elle allait, et la vit courait du c6t6 de la gendarmerie. Ab I se dit-elle homme est perdu! et elle se mit k pleurer k sa

258 CELUI ftlJI COUPA LA T^TE fi'UN JEAN.

Bient6t la voisine revint avec les gendarmes :

— Ahl malheureuse, s*^cria la femme du journalier, pourquoi disais-tu cela? tu m'avais promis le secret.

— Elle a eu raison, dit le brigadier; on doit d^noncer les criminels ; venez nous conduire oil est voire homme.

Elle fut oblig6e d'accompagner les gendarmes, et quand ils arriv^rent k Tendroit oh travaillaient les deux perruquiers de foss6, le brigadier dit h Thomme:

— C'est done vous qui avez coup6 la tftte d'un Jean?

— 11 n*y a point grand mal h cela, r^pondit le journalier.

— Comment, vous ne vous en repentez pas davantage ! En quel endroit avez-vous fait le crime ?

— Regardez dans la contre-douve.

— Je lie vols rien.

— Vous ne voyez pas la tftte d*un jan qui a it6 coup6e?

— Si, r^pondit le gendarme, je vols la t6te d'un ajonc.

— H6 bien, dit Thomme, k c6t6 est \ejan dont j*ai coup6 la t^te.

— Ahl malbeureux, s'6cri6rent les gendarmes, comment avez-vous eu le coeur de faire courir toute la ville pour une t^te dejan coup6eI

— Ce n'est pas moi, r6pondit-il, qui vous ai fait venir; ce sont les femmes qui ne savent relenir leur langue. Quand j'aurai un secret, je ne le dirai pas h la mienne, et, vous tons qui m*6coulez, je vous engage h en faire autant.

Cont^ en 1880 par Joseph Mac^, mousse, &g6 de 14 ans.

J'ai recueilli dans rille-et-Vilaine, un petit conte tr^s court qui

GELUI QUI COUPA LA iftlE D'UN JEAN. 259

a plasieurs points de ressemblance avec celui-ci ; comme lui, il repose et sar le bavardage des femmes et sur un jeu de mots: on I'appelle le conte du Mercier.

U y avail une fois un homme qui voulait savoir si sa femme 6tait bavarde. II alia dans son jardin,'et ayant trouv6 un mercier — c'est ainsi qu'on appelle les limas h coque parce que, comme les merciers, ils portent leur hotte sur le dos, — il le tua; el I'ayant envelopp^ dans une feuille de chou, il le cacha dans un coin de son jardin. Quand il rentra' le soir k la maison, sa femme lui demanda ce qu'il y avail de nouveau :

— Ahl dil-il ; il m'esl arriv6 un grand malheur, J'ai tu6un mercier: n*en dis rien, car lu me ferais prendre par les gendarmes.

La femme promit de se laire ; mais le lendemain, d^s que son homme ful parti pour sa journ6e, elle alia chez sa voisine el lui raconta ce que son mari lui avail dit. Un quart d'heure apr^s, les gendarmes en 6laienl inform6s, et ils vinrent chercher Thomme pour savoir od il avait mis le cadavre du mercier. II les conduisit dans son jardin, el leur montranl le colimagon qu'il avait envelopp^ dans une feuille de chou, il leur dit :

— Voilk le mercier que j'ai tu6 ; mais si vous m'en croyez, quand vous aurez quelque chose que vous voudrez qui ne soil pas su, n'en parlez point h vos femmes.

Cont^ en 1881 par Fran^oise Dumont, d'Erc^, kgie de 31 ans.

LES DIABLES, LES SOIiCIKIIS

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