MIS£:RE
— Demands le paradis, lui disait tout bas saint
> Pierre.
— J'ai bien le temps, r^pondit le forgeron ; je voudrais que rien de ce qui sera entr^ dans ma blague k tabac ne puisse sortir sans ma permission.
— Soit, dit le bon Dieu, et le deuxi^me don?
— Demande le Paradis, soufflait saint Pierre.
■ — Laisse-moi tranquille, vieuxr^bacheur, j'ai bien le temps. Je voudrais que tous ccux qui s'assi6ront dans ma chaise ne puissent se lever que quand je Taurai permis.
— Accord^, dit le bon Dieu ; tu n'as plus qu'un souhait h faire, choisis bien.
— Demande le Paradis, murmurait saint Pierre.
— Tais-toi done, vieux diot, r^pondit le forgeron. I Quand je serai mort, on me mettra oh Ton voudra,
Je desire que tous ceux qui monteront dans mon noyer ne puissent en descendre sans ma permission.
Le bon Dieu lui accorda encore ce don, puis il remonta sur son &ne, et continua sa route avec saint Pierre.
Mis^re avec ses trois dons n^^tait pas plus riche qu'auparavant ; il ne mangeait pas toujours son content, et son petit chien Pauvret^ 6tait maigre comme un clou.
— Ah! pensait-il souvent, que j'6tais b6te de ne pas demander la richesse ; pour un rien je me donnerais au diable !
Un soir il vit enlrer dans sa forge un beau monsieur qui lui dit :
— Puisque tu veux vendre ton ^me, fais march6
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avec njoi et je te la payerai bien ; je te donnerai de Tor et de Targent, tout ce que tu voudras.
— Je veux bien, r^pondit Mis^re, combien d'ann6es m*accordes-tu?
— Vingt ans.
— Virigt ans soit, marcb6 conclu.
Le diable donna h Mis^re de I'or et de Targent, et il v^cut ill son aise ; mais vingt ans se passent vite quand on ne s'ennuie pas et qu*on a le gousset bien garni. Lorsque la vingti^me ann6e fut6coul6e,le diable vint chercher Mis^re.
— Je te suis, dit Mis^re, mais je voudrais me d6barbouiller un pen et me mettr^ propre ; assieds-toi dans ma cbaise, je ne serai pas long.
Le diable s'assit dans le si^ge de Mis^re ; Mis^re ne fut pas longtemps k faire sa toilette, et quand il eut fini,ildit au diable :
— Viens-tu?
Le diable essaya de se relever; mais il semblait viss6 h la chaise et ne pouvait bouger.
— Je t'attends, lui disait Mis^re, ne viens-tu pas?
— Je ne peux me relever, r^pondait le diable.
— Gombien d'ann^es m'accordes-tu encore pour queje te laisse aller?
— Vingt ans, r^pondit le diable.
Le diable sortit de la chaise de Mis^re. Mais vingt •ans se passent vite quand on ne s'ennuie pas et qu*on a le gousset bien garni. Lorsque la vingti^me ann^e fut 6coul4e, le diable vint avec trois autres diables pour chercher Misfere.
— Ah I lui dit Mis6re, laisse-moi faire un bout de toilette ; si tu veux manger des noix, il y en a dans mon noyer qui sont bien mtlres, jamais tu n'as rien mange de meilleur.
Les quatre diables grimp^rent dans le noyer, et se