‹ Contes populaires de la Haute-BretagneChapitre 72 sur 91 · LE PACTE · texte numérisé non relu

LE PACTE

— Oui) r^pondit-elle, Ya-t*en bien loin, peut-6t quMl ne pourra te retrouver.

Le charpentier s*einbarqua ^ bord d'un navire q partait pour le long cours ; quand on fut en mer, capitaine s'aperQut que son nouveau matelot n*6ta pas un marin :

— Vous ne connaissez rien au mStier, lui dit-i pourquoi vous 6tes-vous embarqu^, i votre Age?

— Jamais je n'avais navigu6, r6pondit-il, ma j'avais fait un pacte avec le diable : tous les jours devais aller jurer au pied de la croix et cracber sur figure du Christ, j'y ai manqu6 une journ^e ; j'ai ( peur d'etre emport6, et je suis parti.

— Ah I bah I dit le capitaine, tu crois qu'il y a i diable?

— Oui, il est bien certain qu'il y en a un ; tene void mes papiers.

— Laisse-le va venir, dit le capitaine aprfes avo examine le pacte ; il a manqu^ trois fois, et toi ur seule : il n'a plus de pouvoir sur toi.

Gependant le diable alia chez le charpentier^ et n trouva que sa femme qui lui dit que son mari eta ' parti.

— Je sais oti il est, r6pondit-il, moi aussi je va prendre un embarquement.

II s'embarqua sur un navire, mais ne se monti que quand ils furent en mer. Et bient6t les ir s'aperQurent quHls avaient le diable k bor ils j uraient, il riait et gringait des dents, du pi

294 LE PaCTE.

avail h les entendre, et il ^tait toujours fourr6 dans le haut de la mllture oh il grimpait comme un chat. II ne mangeait point avec les autres, et quand les matelots lui disaient :

— Balthasar — e'est ainsi qu'il s*6tait nomm6, — viens manger avec nous.

II r6pondait : — Non, non, jamais je ne mange.

Unjourlecapitaines'apergutquesonmatelotn'avait point d'ongles, mais des griffes, et que c'6tait pour cela qu'il grimpait dans la mMure sans s^aider avec les cordages.

— Balthasar, se dit-il, je ne sais pourquoi tu es venu ici, mais nous allons bien voir.

II alia chercher de Teau b^nite, et dit :

— Balthasar, descends sur le pont.

— Non, je suis bien ici.

— Descends, te dis-je, c'estmoi seulqui commando h bord de mon navire.

.Quand il fut sur le pont, il lui dit :

— D*oii es-tu venu k mon bord? il faut que je le sache.

— Je suis venu au moment oh vous m*avez vu, je ne me suis point cach6.

— Comment t'appelles-tu?

— Balthazar.

— Ton autre nom? tu t'appelles le diable?

— Oui, Lucifer de Tenfer.

— Sur qui as-tu droit ici?

— Sur personne du navire; je vais chercher un homme avec lequel j'ai fail un pacte.

Les matelots Tattach^rent sur la chaine du guindal et ils Tenroulferent autour delui; ils lui jetaient de Teau b6nite, etil poussait des cris effroyables. Quand ils furent lasses de le tourmenter, ils le laissferent aller, et il disparut, on ne sail comment.

LE FACTE. 295

Le charpentier qui voyageait au long cours ne voulait pas s*en revenir; mais son capitaine lui dit :

— Tes papiers sont bien en rfegle, le diable n'a plus aucun pouvoir sur toi.

Le charpentier retourna chez sa femme qui fut bien contente de le voir; mais presque aussit6t, voil& le diable arriv^ :

— Tu t'es sauv6 de moi, lui dit-il.

— Tu n'es pas venu signer tons les jours le papier.

— Mais tu as manqu^ une fois de cracher sur le Christ.

— Si j'ai manqu^ un jour, tu as manqu6 trois fois.

— G'est 6gal, je vais t'emporter.

Le charpentier dit h sa femme :

— Cherche ton eau bdnite.

Elle se mit h en asperger le diable, qui flnitpar dire :

— Puisqu'il faut que je parte; comment faut-il m*en aller ? en feu ?

— Non.

— En vent?

— Non.

— Comment veux-tu done que je sorte ?

— En pluie.

Aussit6t un torrent d*eau se mit h tomber, qui enleva une partie de la maison ; mais ils furent d6barrass6s du diable, et ne le revirent plus.

Gontd en 1880, par Rose Renaad de Saint-Cast, 4g^e de ^ Elle a appris ce conte dans sa jeunesse d'un matelot venon, nomm^ Mariton Petitbon.

298 benedigite:.

ceinte, et c'est Tenfanl que je porta que tu lai as donn^.

Le fermier fut bien plus navr6 de cela que s'il avail perdu tout son argent ; il alia h confesse au pr^tre qui lui dit de ne pas se d6soler, et qu'il arrangerait tout cela.

— Mais, ajouta-t-il, quand votre femme sera pr6te d*accoucher, venez vite me chercher.

Le mari n*eut garde de ne pas le faire quand le moment fut venu ; h Tinstant oh le prfitre arrivait, le diable.se pr^sentait aussi : h mesure que le pr6tre approchait du lit, le diable en approcbait aussi, mais il ne pouvait en fttre si procbe que le prfitre.

Celui-ci dit au fermier :

— AUez chercher un parrain et une marraine, et choisissez-les tous les deux les meilleurs et les plus saints que vous pourrez trouver.

Sur sa route, le fermier rencontra une femme qui lui demanda oh il allait.

— Chercher un parrain et une marraine pour mon enfant, les plus saints et les meilleurs qu'il se pourra.

— Veux-tu que je sois sa marraine?

— Je le voudrais bien, mais je ne sais qui vous 6tes, ni quel est votre genre de vie.

— Tu peux, r6pondit-elle, fttre assur6 que tu ne trouveras pas une personne plus sainte que moi.

Le fermier accepta, et continuant sa route, il vit un peu plus loin un jeune homme qui lui demanda oh il allait :

— Chercher un parrain pour mon enfant : je viens de trouver une marraine; mais il mefaudraitun parrain le plus saint qui se puisse rencontrer.

— Veux-tu que je sois parrain de ton fils ?

BgN£DlCIT£. S

monsiear ce qu'il demattdait, et le gros monsieur I dil;

— Pose k terre ton chapelet etton coutoau, uu ton pied snr le mien. Oil je te prends, je Vy ra porie.

11 le mena dans un endroit oix 6tait son matt qui £tait assis dans un fauteuil cossu, et v6tu A\ beau paletot.

— Ah ! mon maitre, dit le fermier, je vois av plaisir que vous 6tes bien ici.

— Je ne suispas si k Taise que tu pensos, r^pondi il; il entr'ouvrit son paletot, et le fermier vit on di sons du feu et des serpents.

— Je vous ai pay6, mon maitre, et vos l^firilie i^e demandent de Targent : youlez-vous me sign une quittance?

Le maUre prit une plume et fit une quittance, mt elle n'^tait pas bonne, et le fermier la jett^ k terre ; ne Toulut pas davantage d'une seconde, mais il a cepta la troisi^me qui ^tait en r&gle.

Le monsieur, qui 6tait le diable, le reporta k Te droit oh il Tavait pris.

Quand le fermier fut de retour chez lui, il ()it sa n^mme :

— J'ai trouv6 un monsieur qui m'a dit qu*il me rait avoir une quittance de notre d6funt mait k la condition que je lui donnerais ce que je ne savj pas qui 6tait cbez nous ; j'y ai cqnsenti, et quittance.

— Malheureux, r^pondit la femme; je

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.aidin^cie, dit-il.

- « contiia dans un Ut .jifratliDslai-heminee.

'-jiijit:pouf!c'etait un

~-^j(tJ:"iJrt la cuisine; ^eiuires.arrira ea- .;-__,irMni i jouer atis

,„ -fnedicite leur dit :

^'..-lirrijnscecliiileau?

, J,.- Je* diables, en

, :;,dr Tenia eer i ne 1 ;-)iyuceri tout

me biHles dur, B^n^dicil^,

a appris mon nom ?

s U quaDd tu es n& : laisse>moi, je vais si-

l^lnt tendit ud papier. B^nMicit^ le jeta & terre

.ml :

-- il ijc vautrien.

— Si, il est bon.

— oi^nes-en un autre.

Ill gars se mit eacore k le frapper de sa ba- . ''I le diable criait :

■c Ui me bridles dur, B^n^diciU ; je vais signer. ;i;i im second 6crit que B£n6d)citi jeta fi lerre, , iruid^me qu'il ramassa dana sa poche, car .III le boa.

Miiienant, dit B^n^dicit^, vous allet partir de —.Laii Hi vous n'y reviendrez jamais.

iiij>?[naia, il alia dire aux gens de la ferine qiie .1 :nt ils pourraient venir demeurer dans le 1. 1.1 que d6sormais personne ne leur ferait ;al.

iireiit si aises qii'ea ?igne ie r^jouissance, I iin grand repas, et ils donndrent & B^n6dinelit cheval pour s'en retourner chez ses pa-

Lvn

LE REgU

Un propri6taire 6tait mort snbitement, et n'aTait point eu le temps de donner h son fennier nn regu de la somme que celui-ci avait payie.

Les hiritiers la lui r^clam^rent, et comnie le d6funt itait un homme soigneux, queiiean'^taitport^ sur 868 registres, et que le fermier ne ponvait montrer aucune pidce justifiant le paiement de son fermage, il se voyait forc6 de payer une seconde fois, et cela le chagrinait fort.

Gomme il s'en revenait le soir tout soucieux, il rencontra sur la route un 6tranger avec lequel il chemina pendant quelque temps, et il finit par lui raconter le sujetde son chagrin.

L'autre lui dit :

— Je sais oti est votre maitre, et je vais vous mener k lui si vous avez le courage de vous confier k moi. Mais quand vous serez en sa presence n'acceptez ni le premier ni le second re^u qu'il vous fera, mais settlement le troisieme quiseul serabon. Si vous voulez " — -^Ast votre maitre, posez votre pied sur le mien, us ferme et sans crainte.

>T fit ce qui lui avait ^t^ propose ; T^trana jusqu'au ciel, et le d^posa dans une

jChambre oEi il aper(;uL son inailrn qui paraissait semibtable h ce qii'il 6tait do son rivant.

- Mod maltre, dil-il, ne vous souvenez-vous pas Vque je vous ai I'autre jour pay6 mes fermages?

- Si, je me le rappelle parfaitemeot, elje regrette n'avoir pas eu le temps de te signer une quil-

Ptance.

- Mais je suis venu en chercher une, etj'esp6re I qne vous voudrez bien nie la donner.

■ Volontiers, dit le mailre en s'asseyant k line I table.

e mit h ^crire ; et quelques instanls apr^s, il Ii IteDdit UD reQU. Le fermier rerusa de le prendre, et dil f qu'il en dfsirait un autre ; quand le second fut fait* ft II le refusa ^galement ; mais il aecepta le troisi&me^'

remercia « son bourgeois » de le lui avoii

— Je suis content, dit'il, en regardant I'apparte-! neat, de voir que vous Stes bien id, et j'en suis aise,

F car vous avez toujours 6t6 bon pour nous.

— Hfilas ! rfipondit-il, je ne dois pas deme [ longtemps id, et void I'heure oii j'en dois sortir.

A ces mots, il se leva et s'enveloppa d'un ntanteailj ' rouge; une porle s'ouvrit par laquelle on voyait ui immense brasier qui s'6tendait A, perte de vue, el dans lequel son maltre disparut k ses yeux.

Le lendemain, le fermier put montrer <k ses nouveaux proprietaires la quittance qui lui avait Hi donn^e par le d^funt, et qui dtait parfaitement en r^gle. Mais il avait ^prouv4 une telle Amotion I 'dans cette terrible nuit, que jamais personne ne put le faire sourire, et il mourut peu d'ann^e: aprgs.

Coni6 oil 1878, iinr Jcnii Boucliorj, i

. annees - i

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