LA GRANGE DU PIABI.E
II y avait une fois un laboureur qui 6tail mari6, et il demeurait avec sa femme dans une jolie ferme.
Une ann^e sa moisson commenQait h jaunir dans les champs, et il avait Tesp^rance d'une bonne r6colte ; mais voici qu'un orage monta (1) qui fut bien mauvais pour lui; car le tonnerre toihba sur sa grange et la brtlla entierement.
Le fermier 6tait d6sol6, car il ne savait oil mettre ses gerbes; il ne dormait pas la nuit, tant il ^tait d^pit£, et il allait et venait comme un homme qui va perdre la t6te.
Un soir qu*il se promenait en songeant h son malheur, il entendit autour de lui comme un souffle de vent, et il vit un monsieur bien mis et de bonne mine, mais qui avait des pieds difiormes.
— Qui vous afflige lant? demanda-t-il au fermier.
— Ah! monsieur, r6pondit-il, ce n'est pas la peine de vous le dire ; car vous ne pourriez me consoler.
— Peut-6tre, j'ai plus de credit que vous ne croyez.
— Le tonnerre est tomb^ sur ma grange, et il est impossible qu'elle soit relev6e k temps pour y mettre mes gerbes : je suis ruin^.
— H6 bien ! si vous voulez faire march6 avec moi et me donner ce que je vais vous demander, je vou«
(1) C'est Texpression dont se servent les paysans poar d qu'on orage se forme.