LA BIQUETTE ET SES PETITS BIQUETS
Il^tait une fois une ch^yre qui demeurait dans une cabane au milieu de la for^t, et elle avait avec elle ses petits biquets.
Un jour d'hiver qu'il faisait grand froid, 11 n'y avait plus rien k manger ^'la maison : la ch^vre alia chercher des choux pour ses petits dans le jardin d'un grand seigneur qui se nommait le Vilain. Le Yilain, qui se trouvait dans son j^lrdin et tenait k la main une faucille d'or, coupa une jambe k la ch^vre. Lapauvre biquette s'en revint sur ses trois pattes, comme elle put, bien en ahanant(l), jusqu*^ sa petite maison, et dit k ses biquets :
II faudra m'ouvrir, mes petites fillettes, Mais avant je vais aller t Sainte-Nouveite
Faire remettre ma jani^bette
Que le Viiain m'a coup^
Avec son petit faucillpn dor^.
Gomme la ch^vre allait sur ses trois pattes k Sainte- Nouvette, du mieux qu'elle pouvait, bien en ahanant, ellerencontra la sceur du Yilain qui lui dit :
— Bonjour, comm^re la Ghi^vre, oh allez-yous ? . La ch^vre, sans la connaitre, lui r^pondit :
Je vais k Sainte-Noavette Paire remettre ma jambette Que le Vilain m'a coup4 Avec son petit faucillon dor^.
. La sGBur du Vilain s'en alia chez son fr^re, et lui ra-
(I) Ce vieux mot, si expressif, est encore employ^ ^ la camps'-
3'tO LA BIQUETTE ET SES PETITS BIQUETS.
conta ce que la ch^vre lui avait dit. Alors le Yilain vint h la porte de la maison de la comm^re Biquette et dit :
Ouvrez, mes petites flllettes, A voire yieille m^re biquette Qui vient de Sainte-Nouvette Faire remettre sa Jambette Que le VHain lui avait coup6 Avec son petit faucillon dor^.
Les petites chfevres oiivrirent au Vilain, croyant que c'6tait leur m6re ; il les tua toutes. et il s'enferma dans la maison.
Deux ou troisheures apr^s, la vieille chfevre arriva et dit k spn tour :
Ouvrez, mes petites flllettes, A votre vieille m^re biquette Qui vient de Sainte-Nouvette Faire remettre sa Jambette Que le Vilain lui avait coupS Avec son petit faucillon dor6.
Le Vilain ouvrit la porte k la chfevre et, d^s qu'elle fut entr6e, il tua la pauvre m^re biquette et s'en alia.
En retournanl chez lui, il rencontra une f6e qui s'6tait chang6e en chevre. EUe ressemblait conantie deux gouttes de lait k celle qu'il avait tu^e. II crut que c'^tait elle qui 6tait revenue, et il voulut la tuer de nouveau. II leva sa faucille d*or en disant :
— II n'y a pas une chfevre qui ^chappera de dessous ma main.
Mais, tout k coup, il fut d6sarm6 etemmorphos6 en kne. La f6e cessa d'etre chevre et devint une belle, belle dame. Elle emmena Vkne et le fit travailler aux travaux les plus durs; pour nourriture, il avait des chardons et pour dessert des coups de b&ton.
Cont^ en 1880 par Arsfene Cocheril, de Saint-Cast, &g6 de 10 ans.
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