LA CHEVRE DE TRIGAVOU
II y avail line fois k Trigavou une chfevre qu'on avait attach6e h un piquet dans une p^ture. Elle vit venir le loup, et elle eut si peur qu'elle arracha de terre son piquet et se mit k fuir. Le loup la poursuivant dans le bourg, elle ne trouva aucune porle ouverte, si ce n'est celle de T^glise ; elle y entra, et fit grand peur k une femme qui y 6tait en pri^re, et qui, la voyant courir et bousculer les chaises, crut voir le diable en personne. Mais elle eut encore une plus grande frayeur quand elle vit le loup qui 6tait entr6 k son tour. Elle grimpa dans la chaire k pt'^cher, et en ferma la porte sur elle.
Le loup poursuivait la ch^vre k travers I'^glise, et la pauvre ch^vre qui ne savait oh se fourrer retrouva la porte et sortit ; mais son piquet se prit dans la porte et la referma sur le loup.
G*est depuis ce moment qu'on dit en proverbe :
C'est comme k Trigavou, Od la chieuve print le loup.
r.onte en 1880 par Rose Renaud, de Saint-Cast.
11 y avail une fois la grand'm&re de la gi-and'mi^re de ma grand'm&re qui avail un Bis. Un soir h la nuiL close elle I'envoya au bourg, et, pour y alter, il avail k traverser un bois oil venaient souvenl les loups. Avant de partir, le gar^on se dil :
— Comma ii y a des loups dans le bois, j'emporte mon biniou; si les loups viennenl pour me manger, j'en jouerai un airavant de mourir.
Quand le gargon fut entr6 dans le bois, il enlendil les loups, qui I'avaient senti, et il chercha un arbre ot il pfil grimper pour leur ^chapper; mais les arbres ^taienl k peine gros comme le bras. 11 linil cependant par monter sur le plus grand, et n'oublia pas son biniou.
A peine ^tail-il arrive en haut de son a.rb]'e, que void une bande de vingt loups qui I'entourent, en hurlanl et en reniflanl. Puis ils se mirenl k grntter la terre avec leurs pieds, et en peu de temps ils eurent mis les racines k d^couvert, si bien que le jeune garden pensail que I'arbre allail choir. Alors il se dit:
— Ahl mon Dieul ii faul qu'avant d'etre d^vor^, je joue sur mon biniou ma plus belle chanson .
II porta I'instrument kses l&vres ; mais, ibs que lea loups eurent entendu ce son qu'ils ne connaissaient point, ils prirenl peur et s'enhiirent comme s'ils avaient eu une meute k leurs trousses.
33S LE BlfllOC.
Alors le jeane garQon descend! t de son refuge, -et reprit le chemin du bourg; mais, pour faire fuir les loups, il jooa da biniou tout le long de la route, et il put revenir chex lui sans 6tre inqui6t6.
Coai6 en 1880 par mademoiselle Bathilde Delasalle, ag^e de U aaa, qui a appris ced de sa graod'mftref n6e comme elle k Hatignon.