FRÈRE ET SŒUR
N homme était marié : il avait une femme et deux enfants, un garçon et une fille. ;
En mourant, il recommanda à sa femme son fils qui était le cadet et lui dit : «Surtout ne le contredisez jamais et laissez-lui faire ses quatre volontés. »
Au bout de quelque temps la mère vint à mourir, elle dit à sa fille qui était l'aînée : « Votre père en mourant m'a fait jurer de ne jamais contrarier les volontés de notre fils; jure-moi de suivre cette recommandation. »
La jeune fille jura et la mère mourut heureuse.
Un jour, quand le jeune garçon était déjà grand, il dit à sa sœur : « Ma sœur, je veux brûler tout ce qui nous appartient : maison,
150 LES FOLK-LORES EN ÉGYPTE vaches, chèvres et tout enfin, notre zariba' et notre avoir.
— Mais, dit la sœur, que ferons-nous ensuite ?
— C'est ainsi», dit le garçon, et après avoir tout entassé, 1l y mit le feu.
La sœur avait confié à quelques voisins différents objets pour les sauver du feu. Le frère s’en aperçut et trouva les maisons où ces objets étaient déposés, en suivant sur le sable les traces des pieds de sa sœur, qui allaient de chez eux aux maisons voisines.
Quand il fut arrivé à ces maisons, il y mit le feu.
Les propriétaires sortirent en colère et voulurent tuer le frère et la sœur.
Celle-ci dit alors : &« Vois-tu, mon frère, ce que tu as fait ? Sauvons-nous tout de suite. »
Ils prirent la fuite et coururent pendant tout un jour et toute une nuit.
Ils arrivèrent enfin à une grande zariba où ils s’offrirent tous deux comme ouvriers; sur leur bonne mine ils furent engagés.
HVENCIOS:
Quelques jours après tous les habitants de la zariba allèrent aux champs. Le chef laissa le jeune homme à la maison pour prendre soin des enfants, au nombre de trois.
Dès que le jeune homme resta seul, il dit aux enfants ? ( Allons sur l'aire et jouons au battage des grains.)
Le jeune homme se fit grain et les enfants le battirent, puis le tour des enfants vint de faire le grain.
Le jeune homme les battit si bien qu'il en fit une pâtée.
La sœur ayant pensé que son frère pouvait faire quelque méchante action, prit les devants et en entrant à la zariba vit qu'il avait tué les trois enfants confiés à ses soins.
«Sauvons-nous, frère, dit-elle; tu as fait là une belle action, ma foi! Nous étions si bien dans cette zariba!... Ah ! sauvons-nous! sauvons-nous |! »
[ls partirent.
Le maîtreet ses serviteurs rentrèrent et trouvèrent les trois enfants inanimés.
« Courons sus à ces méchants à qui nous avons donné l'hospitalité et qui nous ont tué nos enfants. »
Tous s’arment et suivent exactement les sentiers qu'avaient pris le frère et la sœur dans leur fuite.
À la nuit tombante, ils arrivent au pied d'un arbre gigantesque sous l'abri duquel ils se couchent en attendant le jour.
À l'aube, le jeune homme dit à sa sœur :
(Vois, sous l'arbre, ce grand qui dort, c’est le chef, je vais lu: envoyer mes excréments sur le visage.
— Ah ! dit la sœur, ne fais pas cela, ils ne savent pas que nous sommes ici et ne le sauront jamais ; ils s’en iront et nous serons sauvés.
— Non», dit le frère, et il jette ses excréments sur le visage du chef.
Celui-ci se réveille en sursaut, aperçoit sur l'arbre le frère et la sœur, réveille ses gens et, comme l'arbre était très grand et très touffu et que les flèches ne seraient jamais parvenues à les tuer, il ordonna d’abattre l'arbre.
« Nous voilà bien, dit la sœur.
— Nous nous sauverons, reprit le frère.
— Comment ? » dit tristement la sœur.
En ce moment un immense oiseau passait au-dessus de l'arbre, il entendit la conversation du frère et de la sœur, en eut pitié, se précipita sur l'arbre, les prit chacun dans une de ses serres et remonta dans les airs !
L'arbre s’abattit avec fracas, mais nos jeunes gens n’y étaient plus.
L'oiseau avait déjà fait monter le frère et la sœur sur son dos et continuait à s'élever dans l’espace.
« Ma sœur, dit le garçon, je veux chatouiller cet oiseau sous la queue.
— Ah ! mon frère, nous serons jetés à terre et nous mourrons |!
— Non ! », dit le frère, et il fit comme :1l avait dit.
L'oiseau chatouillé fit un soubresaut et nos deux jeunes gens furent lancés dans l’espace.
Is tombèrent dans une plaine, sur le sable, et ne se firent pas de mal ; maisils ne voyaient rien, étant dans le pays des ténèbres.
Le frère ramassa à tâtons des pierres et en fit un tas, puis il en frotta deux l’une contre
l’autre si violemment qu'elles s’allumèrent ‘; avec ce feu, il alluma les autres pierres; lorsque tout le tas fut en feu, ils virent clair.
Tout à coup, ils entendirent un grand mugissement, c'était une bête énorme, une ghoule gigantesque, qui s'avançait vers eux en criant : ( Qui ose faire de la lumière dans un pays que j'ai voué à l'obscurité éternelle ? »
La sœur avait bien peur.
(« O mon frère, dit-elle, voici notre dernière heure arrivée. »
Le frère courut vers le tas de braise, prit les pierres une à une et tout enflammées qu'elles étaient il les jeta dans la gueule de la ghoule.
Lorsque la dernière pierre enflammée fut lancée, la terrible ghoule éclata et le soleil éclaira de nouveau ce pays des ténèbres.
1. Ce serait curieux que dans le pays d'origine (Afrique centrale, Haut-Nil) de ce conte on connut le charbon de terre ? (charbon de pierre).
Cela ne serait pas impossible depuis que Schweinführt a trouvé le Lepidodendron mosaïcum au Sinaï,et constaté le devonian au Wady-Araba. Voir Bulletin de l’Institut Egypbtien de 1885 et de 1887.
Cette ghoule était une sorcière qui, ayant tourné son derrière vers le soleil, empêchait sa lumière d'éclairer cette terre.
Le roi dece pays voyant reluire, comme par enchantement, le soleil, se mit en campagne pour trouver le courageux auteur de ce miracle.
Il trouva la bête en mille morceaux et à côté une sandale de femme.
« Cherchez, dit-il, vous trouverez celle qui a fait ce prodige. »
Le frère et la sœur voyant arriver le roi suivi de son armée, se réfugièrent dans une grotte.
On les découvrit.
La sœur, tout émue, se jeta à terre et implora le pardon du roi qui comprit que la sandale appartenait à cette fille. Il la fit | relever et la rassurant, lui dit : « Qui
a tué cette bête > — C'est mon frère. — Où est-il? — Vous ne lui ferez pas de mal? — Non. »
Après ce dialogue la jeune fille rentra dans la grotte et ramena son frère.
- Le roi lui dit :
« Tu es plus digne que moi d'occuper mon trône; viens, je te le donne, je te fais roi. »
Le jeune homme s'excusa et lui dit : (Sire, si tu le permets, je serai ton vizir, mais à la condition que ma sœur ne me quitte jamais.
— Ainsi soit fait ! » dit le roi.
Et ils ‘vécurent de longues années et toujours heureux !
PP
FONI ET FOTIA
NE Veuve avait une très jolie fille qui s'appelait Foni.
Lorsqu'elle fut près de mourir, elle fit venir son ami Gada et, devant lui, elle dit à sa fille Foni : «Ma fille, le vieux sorcier ta demandée en mariage, j'ai refusé. Ne te marie jamais avec lui, quoi qu'il arrive. Mais, pour ne pas exciter sa colère, refuse de te marier avec qui que ce soit, sans cela il t'arriverait malheur.»
Elle mourut.
Foni avait plusieurs vaches et quelques chèvres.
Elle les faisait paître sur la montagne de Ladoune, au pays de Bari.
Ces bestiaux étaient gros et gras, les femelles étaient toutes pleines.
Le sorcier vint un jour lui demander sa main ; elle refusa.
Toutes ses bêtes mirent bas des petits mortnés.
Elle pleura et alla conter sa mésaventure à Gada.
( Que faire ! ne dis rièn, fit celui-ci, peutêtre le sorcier sera-t-il satisfait avec cette vengeance. )
Quelques jours après, le sorcier la redemanda en mariage.
& Non ! » dit la fillé: et aussitôt une dé ses vaches mourut.
Foni sé mit à pleurer.
Pendant qu'elle pleurait, Fotia, un beau et brave garçon, passait par là.
« Foni, dit-il, épouse-moi et je te défendrai contre ce méchant sorcier. »
Foni consentit.
Le sorcier qui les avait entendus, les changea de suite, Fotia en lion et Foni en oursé.
Tous deux allèrent sur la montagne.
Le lion alla chasser, il prit une antilope et l'apporta à l’ourse. |
Foni lui dit : (O mon ami, moi je ne peux
manger que du miel ou des fruits. »
Le lion Fotia mangea l’antilope tout seul et repartit à la chasse.
Il apporta une charogne.
Foni recula d'horreur.
«O Fotia, ne m'apporte plus de choses pareilles, je ne mange que des fruits et du miel. »
Fotia mangea encore seul la chair pourrie.
Un jour le lion apporta un enfant vivant.
«© Foni, voici de la chair fraîche et bonne, tu ne peux refuser cela, mange avec moi.
— O Fotia,donne-moi cet enfant, ne le mange pas et va chercher autre chose pour toi; quant à moi ne t'en occupe pas, je vivrai comme je l’'entendrai, de fruits et de miel. »
Fotia, le lion, eut de la peine à se séparer de sa proie; mais enfin, pour ne pas mécontenter Foni, l’ourse, il lui donna l'enfant.
L'’ourse sortit et rapporta du miel; un jour même, elle attrapa une chèvre et, de son lait, elle nourrit l’enfant.
Le roi du pays voisin avait une sœur qu'il aimait beaucoup.
Chaque fois que le roi avait un fils, sa sœur le faisait étrangler ou tuer pour que le
roi en aimant son fils ne fût enclin à aimer la mère de ce fils plus qu'elle, sa sœur.
Un jour le roi eut un fils d'une grande beauté, il l'aima dès sa naissance. La sœur du roi ne put arriver par ses artifices à tuer le nouveau-né.
Mais dès qu'il grandit elle l'envoya promener dans la forêt avec un de ses favoris qui le perdit.
C'était ce jeune prince que le lion Fotia avait rapporté à l'ourse Foni.
Cependant le roi avait commandé une battue pour retrouver ce fils chéri.
Les archers arrivèrent à la grotte où demeuraient Foni et Fotia.
L'ourse tenant dans ses mains l'enfant, le déposa aux pieds du roi.
Le roi ordonna de ne pas tuer l'ourse; mais il la fit conduire dans sa zariba"!.
L'ourse alla chercher le lion au fond de la grotte et tous deux furent amenés par le roi.
Arrivés là, un vieux reconnut que le lion et