‹ Contes populaires inédits de la vallée du NilChapitre 27 sur 39 · I. Sorte de chemise ou de blousé longue jusqu'aux pieds · texte numérisé non relu

I. Sorte de chemise ou de blousé longue jusqu'aux pieds

présenta, au troisième jour, devant le Sultan. Celui-ci devina, en le voyant, que la troisième fille du marchand de fèves n'avait qu'une pensée, celle de de contrarier, en conseillant son père afin de le tirer d'embarras. De dépit, il jura d'en finir avec le marchand de fèves. Il lui ordonna donc de revenir dans trois jours, mais de ne se présenter devant lui que monté sur un animal et en même temps marchant sur ses pieds.

En ce temps-là, le voisin du marchand de fèves avait une ânesse qui avait mis bas, depuis quelques jours seulement, d’un ânon.

La fille cadette du marchand de fèves, en apprenant le dernier ordre du Sultan, dit à son père :

« N'aie nul souci, mon père, va de ce pas chez le voisin, emprunte-lui son ânon nouveau né. Lorsque tu monteras dessus, tes pieds toucheront le sol: de la sorte, tu marcheras tout en étant monté sur un animal !

Le Sultan furieux, mais ne pouvant rien contre le marchand de fèves, n1 lui couper le cou, jura de tuer sa fille. Il l’aimait bien, cependant il voulait s'en venger à cause de son dédain.

La troisième fille du marchand de fèves se douta bien de son côté que le Sultan voudrait se venger d'elle.

Avant donc qu'il n’agît, elle alla chez un armurier et se fit faire. à sa taille, un costume tout en fer; ce costume une fois surelle faisait, dès qu'elle marchait, un bruit assourdissant et effrayant. Elle se déguisa en chezkh, prit un gros bâton à la main et se dirigea vers le palais.

Le portier et les gardes, en voyant venir cet étrange personnage, prirent une si belle peur qu'ils se sauvèrent.

Dans l'intérieur du palais, tous les domestiques et les esclaves, effrayés du bruit affreux que faisait le costume en fer de la fille du marchand de fèves, et du gros bâton qu'elle tenait à la main, se cachèrent tous de ci, de là, sous les meubles, partout, tant et si bien, qu'elle parvint dans le salon où se trouvait le Sultan, sans être inquiétée, ni même rencontrer personne.

Le Sultan, en voyant ce cheikh bardé de fer, fut saisi d'effroi! Il faillit perdre ses sens, mais l'excès de peur lui donnant du

courage, il voulut crier pour avoir l’aide de ses hommes.

La troisième fille du marchand de fèves l’arrêtant d’un geste lui dit :

« Je suis le diable, fils du diable ! Täis-toi, ou je te tue !...»

Au même moment, elle sortit de sa poche une trousse de barbier, en tira un grand rasoir, s’'approcha du Sultan et lui rasa les sourcils, la moitié de la barbe et la moitié des moustaches, sans que celui-ci, plus mort que vif, osât lui opposer la moindre résistance.

Après cela, elle lui fit manger une pâte amère et dégoûtante !... Le Sultan tomba en défaillance !.…

Elle sortit alors du palais, rentra chez elle, se déshabilla, reprit ses vêtements ordinaires, en moins de temps que le Sultan et ses serviteurs, son portier et ses gardes n'en mirent pour se remettre de leur frayeur grande.

Le lendemain, les trois filles du marchand de fèves, en allant chez leur maîtresse, virent le Sultan, comme tous les jours, à sa fenêtre; mais il était emmitouflé dans une

kouffieh", de façon qu'on ne voyait, de toute la figure, que les yeux.

€ Hé! bonjour, les filles du marchand de fèves ! » leur cria le Sultan, dès qu'il les eut aperçues.

La cadette, prenant cette fois la parole, lui dit :

& Bonjour, seigneur ! que sont devenus tes sourcils, et la moitié de ta barbe où est-elle ? Qu'as-tu fait de la moitié de tes moustaches ?.. As-tu trouvé bon ce que tu as mangé hier ?.… J'espère que cela t'a fait du bien! »

Le Sultan comprit tout de suite que celui qui s'était annoncé comme « le diable, fils du diable » n’était autre que cette troisième fille du marchand de fèves, et il jura de la perdre sans plus tarder.

Il fit donc venir le marchand de fèves en sa

I. Sorte de serviette en soie, généralement jaune, rayée de couleurs vives. Les hommes s’en servent pour envelopper leur tête, leur nuque et leurs épaules, pour les garantir contre les ardeurs du soleil. Le nom est dérivé du nom de la ville de Kouffa, dans la basse Mésopotamie, où cette étoffe se travaillait et d’où la mode de s’en envelopper la tête se répandit dans les pays arabes.

Yo LES FOLK-LORES EN ÉGYPTE

présence et lui dit qu'il voulait se marier avec sa fille cadette: il ajouta qu'il ne souffrirait pas de refus.

Le marchand de fèves rentra chez lui tout bouleversé. Il raconta à sa fille le désir du Sultan, et lui dit que si elle refusait, lui, elle et ses sœurs auraient le cou tranché. Il la supplia donc de consentir à ce mariage.

Sa fille lui dit :

( Très bien ! » et elle consentit.

On fit les préparatifs des noces, on les commença et la nuit du doukhoule ‘ étant proche, la fiancée fit faire par un confiseur habile, une statue tout en sucre qui lui ressemblait entièrement comme traits, formes et tout *.

Elle renferma la poupée en sucre dans une de ses caisses et la fit porter ainsi, avec son trousseau, au palais du Sultan.

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