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TOUT DÉVOUÉ ANCIEN ÉLÈVE

Gabriel FERRAND

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e Folk-lore malgache qui n’est guère connu du monde, savant que 'par quelques contes publiés dans des revues spéciales en France, en Angleterre et au Cap de Bonne-Espérance, a été l’objet, à Madagascar même, d’une étude sérieuse de la part des missionnaires anglais et norvégiens.

En 1877, Ie Révérend Dahle publiait à Tananarive ses Specimens of Malagasy folk-lore. Dix ans plus tard, la Malagasy folk-lore Society faisait paraître le premier volume des Folk-lore and folk-tales of Madagascar. Mais ces deux ouvrages, qui font grand honneur à leurs auteurs, ne contiennent que des textes malgaches, et sont par conséquent peu accessibles aux folkloristes

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européens. La traduction française des contes qui font l’objet de ce travail comble peutêtre une lacune. Je laisse à mes savants confrères le soin d’en décider1.

Les contes, traditions et chansons populaires malgaches peuvent se diviser en six parties : i° contes d’animaux; 2° contes merveilleux ; 3° légendes et traditions ; 4° contes divers; 5° exploits de Rotofetsy et Mahaka , et 6° chansons , énigmes et proverbes.

La première catégorie occupe certainement la dernière place par le nombre. La pauvreté de la faune de Madagascar explique du reste la quantité relativement restreinte des contes d’animaux. Je n’ai même pas pu en recueillir un seul qui mentionne le fosa (ciyptoprocta ferox ) ou le aiay ( cheiromys Madagascariensis) par exemple, deux mammifères particuliers à la grande île africaine.

i. L’alphabet malgache comprend toutes les lettres du nôtre sauf c, q, u, w et x. Quelques lettres ont une prononciation particulière, ce sont : o, qui se prononce ou, comme dans doute; j, qui se prononce

: ex. jaka-d^aka, et e , qui se prononce toujours é : ex. be prononcez bc.

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Le caractère des animaux des contes populaires est assez variable. Ils ne conservent généralement pas dans les différentes fables où ils jouent un rôle, le même esprit de ruse ou d’adresse dont ils ont fait montre dans l’une d’elles. Le rat qui est mangé par le chat dans le n° 2, prend sa revanche en faisant brûler (n° 3) son ennemi. Il abuse ensuite (n° 4) de la confiance du chien, qui à son tour (n° 6) se jouera du corbeau. Le chat sauvage seul paraît destiné à être toujours victime. Une première fois, le chien le fait tuer parce qu’il avait dévoré le coq (n° 7), leur frère par alliance; puis, c’est le hérisson qui échappe à sa vengeance (n° 8) après l’avoir cruellement mystifié. Le Takatra, espèce de huppe de Madagascar, ne rappelle en rien dans les contes la répulsion dont il est l’objet dans la vie réelle. Les Malgaches craignent cet oiseau qu’ils disent être de mauvais augure et font même figurer son nom dans l’expression suivante ; Sakanan’ takatra , être arrêté par un takatra qui vole en travers du chemin, c’est-à-dire voir ses projets arrêtés par un obstacle. Les fables malgaches lui attribuent un rôle peu flatteur par l’ingratitude dont il fait preuve

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envers le Tsintsina qui l'a débarrassé du hibou (n° 9). Ce dernier, convoqué à une réunion des oiseaux pour élire un roi, prétexte l’accouchement de sa compagne (n° 1 9) pour ne pas s’y rendre pendant le jour. Il en est puni par la résolution prise par ses congénères de le traiter en ennemi. Le hibou passe pour être le commensal attitré des sorciers malgaches.

Les contes nos 6, 14 et 19 ressemblent d’une façon si frappante aux trois fables de la Fontaine qui leur correspondent, que j’ai eu d’abord quelques doutes sur leur caractère malgache. Les missionnaires catholiques ont, en effet, traduit en malgache, en les adaptant aux mœurs du pays, un certain nombre de fables de la Fontaine; et je craignais que celles-ci ne fussent du nombre. Le conte n° 6, Le Chien et le Corbeau, est surtout remarquable par sa ressemblance parfaite avec Le Renard et le Corbeau de notre grand fabuliste. Mes doutes ont été levés par l’affirmation d’indigènes âgés et absolument illettrés, qui connaissaient ces contes de longue date et n’avaient par conséquent pas pu les emprunter au recueil publié par les Pères Jésuites.

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Les Malgaches croient à l’existence des êtres et des animaux des contes merveilleux. Quelques indigènes affirment avoir vu le Tsyaombyaomby , les Kinoly , le nain Kalanoro ,, le petit Koto. Leur témoignage n’a jamais été mis en doute ; il fait foi au contraire. On en appelle à eux pour essayer de convaincre les étrangers à l’endroit de la faune fantastique de Madagascar. C’est un des côtés, non le moins curieux du folk-lore malgache, que le peuple considère ses héros comme existant encore et qu’en maintes circonstances il cherche à se les rendre propices où à se prémunir contre leurs maléfices.

La superstition la plus bizarre est celle qui a trait aux caïmans. Ils vivent, dit-on, avec des sorciers dont ils sont les esclaves et dévorent les personnes que leur désignent leurs maîtres. Il y a même, ajoutent les indigènes, des mariages entre homme et caïman femelle et femme et caïman mâle. Lorsque l’homme ou la femme se déplacent, le caïman les suit par eau ou même par terre, si l’itinéraire du voyage ne permet pas d’utiliser les rivières. Les Betsimisaraka racontent que quelques sauriens femelles

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portent aux griffes de leurs pattes des anneaux donnés par leurs maris.

L’histoire de Madagascar, depuis ses origines jusqu’au commencement de ce siècle, n’est parvenue jusqu’à nous que grâce aux légendes et traditions populaires. Elle relève par conséquent beaucoup plus du folkloriste que de l’historien. Le Père de la Vaissière a reproduit, dans ses Vingt ans à Madagascar (Paris, 1 885 , in-8°, p. 60 et suivantes), tous les lovantsofina (héritage de l’oreille) qui ont trait à l’établissement de la tribu des Hovas dans l’Imerina. Ceux que nous publions ont été recueillis chez les Betsimisaraka de la côte orientale. La légende du Dauphin (n° 44) raconte l’origine des indigènes de Sainte-Marie de Madagascar que la plupart des auteurs se sont plu, sur le témoignage de Flacourt (. Histoire de la grande isle de Madagascar. Paris 1661, in-8°, p. 22 et suivantes), à représenter comme les descendants d’une ancienne colonie juive. La concordance du nom de Borahy avec celui d’Abraham et Ibrahim ne me semble pas suffisante pour justifier une pareille hypothèse. Le Docteur Poulain [Souvenirs d’un séjour à Sainte-Marie de

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Madagascar, Lyon, 1886, in-8°, p. 23-24) nous aprend au contraire que, « d’après la légende la plus accréditée, le fils de Borahy épousa, en 880, la fille d’un Arabe qui avait guerroyé contre les khalifes. Il s’ensuivit une fusion des castes où domina peu à peu l’élément hétérogène de Zanguebar ». Les Sainte-Mariens auraient donc une origine musulmane et non israélite. L’erreur qui s’est produite à leur sujet, est facilement explicable par la communauté aux Musulmans et aux Juifs de certaines pratiques sémitiques.

La légende du Ravinala (arbre du voyageur (n° 38), qui se trouve dans l’enceinte des cimetières, donne la mesure du respect que professent les Malgaches pour les morts. Aucun d’eux ne se risquerait à s’approcher des tombes après le coucher du soleil, de peur d’être aperçu par les âmes, des décédés qui retournent quelquefois auprès de leur corps, quand la nuit vient. Les feux follets qui se produisent très fréquemment dans les pays chauds ont dû contribuer pour beaucoup à accréditer cette superstition à Madagascar. La tradition qui donne babakoto (lémurien à courte queue, YIndris brevicau-

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datus de Geoffroy Saint-Hilaire) pour ancêtres à quelques tribus malgaches n’est pas particulière à Madagascar. Certaines peuplades africaines voient dans les singes des descendants des premiers hommes qui ont perdu volontairement l’usage de la parole pour ne pas être réduits en esclavage et obligés au travail.

Les contes de la quatrième partie, Contes divers, ont en général une tendance satirique. Ils montrent jusqu’où peuvent mener l’avarice et la gourmandise, ou plus exactement la gloutonnerie, ces deux vices malgaches par excellence. Le jeune paysan du conte n° 45 obtient la main d’une riche et belle héritière en donnant une piastre (5 francs) à son esclave qui lui demande quelque argent pour acheter du riz. Ce don d’une piastre est considéré par la jeune fille comme l’indice d’une grande fortune, et elle consent immédiatement à s’unir à l’auteur de cette libéralité. Kotokofafa (n° 47) ne peut épouser sa femme qu’après lui avoir montré ses richesses ; la gourmande (n° 48) quitte le toit conjugal parce que son mari, croit-elle, n’a pas eu sa part de viande au repas des funérailles. Le père de famille qui cache son

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sel pour être seul à en user (n° 46), le mari (n° 5o) approuvant une de ses femmes qui lui attribue deux parts au lieu d’une, font preuve tous deux d’un égoïsme féroce dont on rencontre encore souvent des exemples dans la vie malgache.

Les exploits de Kotofetsy et Mahaka, deux célèbres brigands malgaches, tiennent une grande place dans le folk-lore de la grande île africaine. Un indigène, M. Rabezandrina, a réuni dans une brochure tous les contes populaires de l’Imerina dont ils sont les héros. Cet ouvrage n’est malheureusement pas dans le domaine public et il m’a été impossible de m’en procurer un exemplaire. Il ne contient du reste que des textes malgaches.

Les vingt contes que j’ai recueillis dépeignent suffisamment le caractère de Kotofetsy et Mahaka. Ce sont en somme des voleurs très ordinaires, spirituels quelquefois, lâches et bas toujours, et sans ce côté généreux et chevaleresque qui nous rend parfois sympatahiques nos légendaires bandits d’Europe. Cartouche et Mandrin, Robin Hood ou Rob Roy, n’auraient certainement pas tué et emporté les quelques moutons de la

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vieille pauvresse qui leur eût donné l’hospitalité.

La chanson malgache, dont quelques spécimens terminent ce volume, n’existe à proprement parler qu’à l’état d’air. Les paroles changent avec le chanteur. Elles sont généralement improvisées sans aucun souci de rime ni de mètre. La poésie est du reste inconnue à Madagascar.

La musique malgache est au contraire fort intéressante. On y trouve comme dans la nôtre, les deux modes majeur et mineur (celui-là est le plus ordinairement employé) et les tons et demi-tons. Le quart de ton ne se rencontre jamais. Je n’en ai, en tous cas, trouvé aucun exemple dans les nombreuses chansons que j’ai entendues pendant six ans de résidence sur les deux côtes de Madagascar. Les airs malgaches sont faciles à noter; et il est préférable — j’en parle par expérience — d’adopter la tonalité de fa majeur, dont je me suis servi pour le rondeau suivant. La mesure manque le plus souvent; et le maître de chant dirige ses choristes en battant des mains pour en tenir lieu. Dans le rondeau que j’ai reproduit, le commencement et la fin doivent se chanter allegreto ,

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c’est-à-dire en donnant à chaque note la valeur de durée qu’elle a dans ce mouvement. Les deux mesures intermédiaires sont chantées en mouvement de valse. Les chanteurs battent ensemble du pied avec le premier temps et tournent pendant ces deux mesures.

La musique malgache mériterait plus que les quelques lignes qui précèdent; mais tin plus long développement ne rentrerait pas dans le cadre de cet ouvrage. Je me propose de l’examiner dans tous ses détails dans une prochaine étude.

J’ai traduit des Specimens of Malagasy folk-lore de M. Dahle les nos io, 19, 40, 41, 5 2, 55 et 81 ; du Folk-lore and folk-tales of Madagascar les nos 2, 1 1, 18 et 53 ; et le n° 82 des Ohabolan ny ntaolo. Les autres contes que j’ai recueillis, et qui sont pour la plupart inédits, appartiennent à six tribus : Betsileo (nos 3, 4, 7, 8, 9, 12, 20, 26, 28, 49, 5o, 5 1 , 54, 56 et 80); Sainte-Mariede-Madagascar (n° 44) ; Betsimisaraka (nos 1 ,

1 5, 25, 27, 29, 3o, 3 1 , 36-39, 42, 43, 47 et 48) ; Imerina (nos 5, 32, 45, 57, 60-79) ; Antambahoaka (nos 6, i3, 14, 16, 17, 21-24, 33-35, 46 et 58), et Antaimorona (n° 59),

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Les notes ne contiennent que les explications nécessaires à l’intelligence du récit malgache. A l’exemple de certains folk-loristes, je me suis abstenu de toute comparaison entre les contes ci-après et ceux d’Orient ou d’Occident dont ils pouvaient être rapprochés, me contentant du rôle modeste de collectionneur et de traducteur. Je laisse à de plus compétents confrères en folk-lore, le soin de rechercher les origines et les parentés de ces quelques contes et traditions populaires de la grande île africaine.

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